Le policier s'approche du riverain pour lui arracher sa caméra. Capture d'écran de la vidéo ci-dessous.
 
Alors qu’il procède à une arrestation, un policier réalise qu’il est filmé par un habitant du quartier. Il sort alors de ses gonds, tabasse le riverain et finit par le traîner, le visage en sang, au poste de police. La bavure policière aurait pu ne jamais être révélée … si l’officier avait pensé à supprimer le film de la caméra.
 
La scène a eu lieu il y a plus d’un mois dans le quartier de Commanche à Las Vegas, dans le Nevada. Micthell Crooks, âgé de 36 ans, filme depuis près d’une heure l’arrestation de plusieurs personnes accusées de cambriolage dans son voisinage.
 
Vidéo sous-titrée en anglais et postée sur YouTube par policebusters.
 
Derek Colling, un des officiers, l’aperçoit et lui demande s’il vit dans le quartier. Crooks, nerveux, répond que non. L’officier s’approche de lui et lui intime l’ordre d’éteindre sa caméra. Crooks dit qu’il est sur le pas de sa porte et rétorque au policier qu’il a le droit de filmer. Le ton monte d’un cran. L’officier l’attrape par l’épaule et le jette à terre. Crooks tente de récupérer sa camera mais l’officier le frappe au visage en criant "Arrêtez de résister !". Il hurle de douleur. L’officier vient de lui casser le nez.   
 
Mitchell Crooks est emmené au poste de police, où il est accusé de coups et blessures sur un fonctionnaire de police et d’obstruction à la justice. Il est relâché le lendemain. Les accusations qui pesaient contre lui ont toutes été levées quelques jours après qu’un journal local a relaté son histoire. Un mois plus tard, sa camera lui est rendue… avec l’intégralité du film. La vidéo a permis l’ouverture d’une enquête interne sur l’officier Derek Colling. 
 
Crooks a déclaré qu’il avait filmé cette scène en essayant sa nouvelle caméra. Pourtant selon un journal local, en 2002, le vidéaste avait déjà filmé un officier de police en train de frapper un garçon de 16 ans. Des images qui avaient mené au renvoi de l’officier.
 
Billet écrit avec la collaboration de Ségolène Malterre, journaliste à France 24.

"L’officier Colling a déjà tué deux citoyens dans l’exercice de ses fonctions"


Clear Thinker [pseudonyme] est américain, il écrit pour le blog The Just Nation, "La Nation Juste", un site qui préconise "une pensée claire et franche". Il a écrit ce billet suite à la diffusion de la vidéo. 
 
Cette vidéo devrait révolter tous les citoyens. Mitchell Crooks a filmé le policier de sa propriété privée. D’ailleurs filmer la police est tout à fait autorisé, que ce soit dans un lieu public ou dans un lieu privé. [Il peut exister des restrictions à ce droit si les personnes interfèrent dans le travail d’enquête].
 
 […] L’accusation s’est par la suite transformée en coups et blessures sur un fonctionnaire de police et obstruction à la justice [dans la vidéo le policier indique à Crooks qu’il l’arrête pour obstruction à agent de police]. J’imagine que l’officier a dû dire : "Son nez a brutalement frappé mon poing, et son ventre a attaqué mon pied."     
 
Heureusement qu’il a été trop idiot pour effacer l’enregistrement. Aujourd’hui, nous pouvons tous entendre ses railleries triomphantes, notamment quand il menace de faire subir à Mitchell Crooks un "monde de douleur" [en anglais dans la vidéo : ‘a world of hurt’]
 
Colling en connaît un rayon sur la violence envers les citoyens. Au cours de ses cinq années et demi de service, il a déjà tué deux citoyens, deux meurtres qui n'ont pas été sanctionnés par la justice. [En 2006, avec quatre officiers, il a tiré sur un homme de 43 ans qui avait sorti son arme à une station essence. En 2009, il a tué d’une balle dans la tête un jeune déficient mental de 15 ans qui menaçait sa mère et des agents de police avec un couteau]. […]
 
"Pendant le temps de l’enquête, le policier reste en fonction et continue à toucher l’intégralité de son salaire"
 
Le département de Police de Las Vegas a mis un mois pour ouvrir une enquête sur l’incident et sur le tissu de mensonges retranscrit par l’officier dans le rapport de l’arrestation. Et tant que l’enquête est en cours, ce policier reste fièrement en fonction et continue à toucher l’intégralité de son salaire.
 
Ce genre de violences dépasserait déjà les bornes dans la plus despotique des dictatures. Ça n’aurait pas dû prendre plus d’une minute aux supérieurs de Colling de réaliser ce qui s’est passé et de prendre des mesures appropriées. Un tel comportement n’a pas sa place aux États-Unis. L’officier Colling doit être jugé sévèrement. Et le même sort doit être réservé à ses supérieurs hypocrites qui font tout pour ralentir le procédure contre Colling.  
 
La dernière chose qu’il faut noter c’est que Crooks hurlait à l’aide. On l’entend dire : "Tous mes voisins savent ce que vous êtes en train de faire ". Mais est-ce que un seul d’entre eux est sorti ? Non, pas un seul. Vivre dans un état policier est terrifiant et les voisins avaient trop de bon sens pour prendre le risque de se faire tabasser."