CÔTE D'IVOIRE

À Yopougon, la population toujours prise au piège des combats

Depuis plusieurs jours, les forces d’Alassane Ouattara et des groupes de miliciens et de mercenaires s’affrontent dans les ruelles du quartier de Yopougon à Abidjan. Pris au piège du dernier champ de bataille d’Abidjan, un habitant témoigne.

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Les habitants de Yopougon fuient les violences. Par Lookman, Observateur à France 24, le 19 avril 2011.

 

Depuis plusieurs jours, les forces d’Alassane Ouattara et des groupes de miliciens et de mercenaires s’affrontent dans les ruelles du quartier de Yopougon à Abidjan. Pris au piège du dernier champ de bataille d’Abidjan, un habitant témoigne.

 

De nombreux combattants pro-Gbagbo sont retranchés dans cette commune de l’ouest d’Abidjan, où plusieurs quartiers vivent encore privés d’eau courante et d’électricité. Le 15 avril dernier, l’un des chefs des FRCI (Forces républicaines de Côte d’Ivoire, fidèles à Alassane Ouattara) donnait à son armée 48 heures pour sécuriser Yopougon. Pourtant, les combats n’ont fait que s’intensifier ces derniers jours.

 

Mercredi 20 avril, les FRCI ont ouvert un deuxième front dans la commune d’Abobo, au nord d’Abidjan. L’armée ivoirienne y a attaqué certaines positions du ‘commando invisible’, une milice jusqu’ici alliée au camp Ouattara, au motif que ses membres n’avaient pas respecté la date butoir pour intégrer l’armée nationale. Lors d’une conférence de presse, Ibrahim Coulibaly, général autoproclamé et chef du ‘commando invisible’, dit IB, a assuré sa loyauté à Alassane Ouattara. Pourtant, il est accusé par les FRCI de soutenir les miliciens de Yopougon, ce qu'il a démenti aussitôt. 

"Des miliciens emprisonnés après la chute de Gbagbo ont été relâchés à Yopougon"

Lookman (pseudonyme) habite à Wassakara, un quartier pro-Ouattara de la commune de Yopougon. 

 

Depuis que les FRCI ratissent le quartier, c’est le jeu du chat et de la souris avec les miliciens pro-Gbagbo. Le pic des violences a été atteint mardi. Une colonne de 4x4 de miliciens a envahi le marché de Wassakara. Ils ont braqué un vendeur pour lui extorquer trois sacs de riz (le sac de riz coûte 30 euros [20 000 Francs CFA]).

 

Images tournées par Lookman, mardi 19 avril, à Yopougon. 

 

Des habitants ont aussitôt appelé les FRCI, qui ont rappliqué très vite. Puis de 11h à 19h, les FRCI ont pourchassé les miliciens. Les échanges de tirs ont duré toute la journée. Mercredi, les accrochages ont repris de 8h à midi et aujourd’hui, ça tire de manière sporadique.

 

Ces derniers jours, de nouveaux fidèles de Laurent Gbagbo sont venus gonfler les rangs des miliciens de Yopougon. Mardi, j’ai vu deux camions de l’Onuci [la force des Nations unies en Côte d’Ivoire] déposer des miliciens qui avaient été faits prisonniers à l’Hôtel du Golf après la prise du bunker [Hamadoun Touré, porte-parole de l'Onuci, joint par FRANCE 24, confirme que les miliciens ayant déposé les armes sont régulièrement ramenés dans leur quartier d’origine par les forces de l’Onuci, à la demande des nouvelles autorités ivoiriennes]. Les soldats de l’ONU leur ont donné un morceau de pain et les ont lâchés là, dans la commune. Ils étaient environ une centaine et la plupart, démunis, ont dû rejoindre la milice.

 

"Dans mon immeuble, nous étions seize familles avant la crise. Il n’en reste plus que cinq"

 

Images tournées par Lookman, mardi 19 avril, à Yopougon. 

 

Quand les soldats et les miliciens se courent après, les habitants se planquent chez eux. Mais parfois, il y a des loupés. Depuis mardi, il y a six cadavres au carrefour près de chez moi et parmi eux, une personne âgée, qui a dû se retrouver malencontreusement au milieu de tirs. Plusieurs habitants décident de partir, aux heures d’accalmie, pour fuir ces violences. Dans mon immeuble, trois familles viennent de partir en prenant le strict minimum. Avant, seize familles vivaient ici. Maintenant, il n'en reste que cinq."

Billet rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à France 24.