TOGO

Malgré l’interdiction, l’opposition togolaise s’obstine à manifester les jours ouvrables

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Des gendarmes togolais se sont déployés, le jeudi 14 avril, autour de la résidence de Jean-Pierre Fabre, le principal opposant du président Faure Gnassingbé, pour empêcher la tenue d’une marche de l’opposition. Une vidéo amateur montre des policiers en train de pourchasser des militants d’opposition, venus en moto réclamer la libre circulation de leur leader.

 

Faure Gnassingbé a pris le pouvoir, sans avoir été élu, le 5 février 2005, à la suite de la mort de son père, le président Gnassingbé Eyadéma. Un acte qualifié de "coup d’état constitutionnel" par l’opposition et la communauté internationale. Toutefois, il a été déclaré vainqueur de l'élection présidentielle organisée au mois de mai de la même année.

 

En 2010, il a brigué un deuxième mandat et a été réélu le 7 mars avec 60,9 % face à son rival Jean-Pierre Fabre qui a toujours refusé d’admettre la validité de ces résultats. Le candidat malheureux organise depuis, chaque jeudi et vendredi, des manifestations de protestation. Une vidéo diffusée sur YouTube par TogoVI montre la répression policière contre les militants du Front républicain pour le changement et l’alternance (FRAC), le regroupement des partis politiques proches à Jean-Pierre Fabre, qui s’étaient mobilisés, le jeudi 14 avril, pour tenter de briser l’assignation à domicile de leur leader.

 La scène de poursuite des partisans de Jean-Pierre Fabre par les gendarmes. À 1minute 51, une militante sur la moto est agressée et fait descendre sa jupe pour protester. Vidéo postée sur Youtube le 16 avril 2011 par  TogoVI

"Je trouve légitime que les gendarmes interviennent pour préserver et maintenir l’ordre public"

Folly (anonyme) est journaliste à Lomé dans la Télévision togolaise (Tvt), la chaîne officielle du Togo.

 

Toutes ces manifestations, c’est de la provocation. Au Togo, aucune loi n’autorise pour l’instant des manifestations publiques les jours ouvrables. C’est pourquoi les forces de l’ordre bloquent les résidences des opposants, afin de les empêcher de troubler la tranquillité des citoyens. Lorsqu’on sait que chaque jeudi et vendredi, la foule accompagne Jean-Pierre Fabre, de sa résidence jusqu’au point de leur rencontre hebdomadaire, je trouve légitime que les gendarmes interviennent pour préserver et maintenir l’ordre public.

 

Aujourd’hui, il y a un nouveau projet de loi en discussion sur les manifestations publiques, mais il est déjà, malheureusement, rejeté par le parti de Jean-Pierre Fabre. Pourtant, ce nouveau texte que propose Pascal Bodjona, ministre de l’Administration territoriale, assouplirait les conditions d’exercice du droit à manifester, tout en garantissant les droits des uns et des autres. Le projet de loi autorise par exemple les manifestations chaque jour de la semaine, sous réserve de l’autorisation du préfet ou de maire. Et en cas de refus, les manifestants auront la possibilité d’exercer un recours devant le tribunal administratif."

 

 

Billet rédigé en collaboration avec Trésor Kibangula, journaliste à FRANCE 24.

 

 

"Des femmes se sont alors dénudées pour exprimer leur indignation"

Kodjo Mable est l’un des responsable de TogoVI, un groupe des jeunes togolais de la diaspora et ceux se trouvant sur place au Togo.

 

La violence policière s’est déchaînée le jeudi 14 avril. Des gendarmes se sont déployés dans le quartier résidentiel de Jean-Pierre Fabre pour l’empêcher de se rendre au quartier Bè –Kodjidji, le point de rendez-vous de la manifestation. Alertés, ses partisans se sont mobilisés autour de sa résidence pour tenter de le faire sortir. C’est à ce moment là que les gendarmes ont commencé à tirer des gaz lacrymogènes sur les manifestants, même sur des femmes. Certaines d'entre elles se sont alors dénudées pour exprimer leur indignation. C’est un geste très significatif pour nous, Africains. Nous avons censuré certaines de ces images sur nos vidéos pour ne pas choquer les mœurs."

 

 

"Le problème, c’est qu’au Togo, on nous interdit de manifester les jours ouvrables"

Déo Freitas est membre de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), regroupement politique de Jean-Pierre Fabre. Il faisait partie des manifestants le jeudi 14 avril.

 

Le problème, c’est qu’au Togo, on nous interdit de manifester les jours ouvrables. Cette prescription n’est ni marquée dans la Constitution ni dans une loi, encore moins dans un acte réglementaire. C’est juste un communiqué du ministre de l’Intérieur qui date de 1994. Sur la base de ce document, le pouvoir a envoyé des gendarmes pour empêcher Jean-Pierre Fabre de circuler. Les forces de l’ordre n’ont pas hésité à s’attaquer aux femmes, sans défense, venues témoigner leur soutien à leur chef. Elles ont été agressées alors qu’elles étaient sur des motos et non armées. Deux d’entre elles ont été blessées et conduites dans les centres hospitaliers.

 

Nous ne pouvons plus cautionner que des citoyens soient brutalisés ou arrêtés parce qu’ils revendiquent leurs droits."