Ouganda

En Ouganda, aller au bureau à pied est un délit

 Dans ce pays d’Afrique subsaharienne, le prix du carburant a doublé en un an et les habitants n’ont plus les moyens de se déplacer en voiture ou en deux-roues. En signe de contestation, les leaders de l’opposition ont annoncé qu’ils iraient deux fois par semaine au travail à pieds. Une initiative qui n’a pas plu aux autorités.  

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Le leader d'opposition Kizza Besigye interpelé par la police ougandaise, le 11 avril 2011.Photo publiée sur Twitpic par @cdanny_ug.

 

Mise à jour le lundi 18 avril 2011 : Le leader de l'opposition Kizza Besigye a été arrêté lundi matin alors qu'il se rendait au travail à pieds pour protester contre la vie chère. Deux autres responsables de l'opposition, Norbert Mao et Olara Otunnu, ont également été arrêtés.

 

Dans ce pays d’Afrique subsaharienne, le prix du carburant a doublé en un an et les habitants n’ont plus les moyens de se déplacer en voiture ou en deux-roues. En signe de contestation, les leaders de l’opposition ont annoncé qu’ils iraient deux fois par semaine au travail à pieds. Une initiative qui n’a pas plu aux autorités.

 

Lors d’une marche rassemblant plusieurs centaines de manifestants, le 14 avril à Kampala, la capitale, Kizza Besigye, une des figures emblématiques de l’opposition ougandaise, a été légèrement blessé par balle. Selon un porte-parole de la Croix rouge locale, Catherine Ntabadde, Besigye aurait été touché par un des policiers qui tiraient à balles réelles pour disperser la foule rassemblée autour du chef de l’opposition. Interpellé puis relâché sous caution, l’opposant sera jugé le 11 mai prochain pour troubles à l’ordre public. D’autres figures de l’opposition ont été victimes de violences policières jeudi 14 avril.

 

Des manifestations contre la vie chère ont eu lieu dans quatre autres villes du pays. A Mbarara, à 300 kilomètres à l’ouest de Kampala, des taxis ont bloqué les routes en signe de protestation. La police affirme que ces manifestations sont illégales car elles n’ont pas été autorisées par les autorités. Elle a déclaré que toute personne qui participerait à ces "marches pour le bureau" serait arrêtée.

 

Au pouvoir depuis 1986, le président ougandais, Yoweri Museveni, est actuellement accusé de corruption et d’autoritarisme par ses détracteurs. En février 2010, il a été réélu pour un quatrième mandat sur fond de contestation de l’opposition.

Billet rédigé avec la collaboration de Lorena Galliot, journaliste à France 24. 

“Le président parle beaucoup mais n’agit pas”

Anna (pseudonyme) travaille pour un centre de formation de journalistes à Kampala.

 

Avant, le président Museveni était perçu comme un réformateur. Mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. C’est en fait un dictateur (ce qu’avouent ses alliés occidentaux à demi-mot). La liberté d’expression est bafouée, tout comme celle de la presse. La preuve, les autorités ont interdit les ‘marches pour le bureau’ et ordonné que les manifestations ne soient pas couvertes par la télévision nationale.

 

La corruption, généralisée jusqu’au plus haut rang, agace franchement la population. Le président parle beaucoup mais n’agit pas. Il promet que les ministres englués dans des scandales seront remplacés, mais sans jamais les congédier. Tout récemment, on a appris que l’argent d’un programme d’aide aux quartiers défavorisés avait été détourné par des hauts fonctionnaires du secteur de la santé. Comme d’habitude, l’enquête policière ne s’attaque jamais aux vrais coupables.

  

"Les Ougandais ont compris que se taire n’était plus la seule option"

 

Mais aujourd’hui, ce sont les problématiques économiques qui inquiètent le plus. Les Ougandais, même ceux qui ont un travail, ont des difficultés à joindre les deux bouts, entre le carburant, la nourriture et le reste. Quand les gens voient qu’un litre d’essence coûte aujourd’hui le double de ce qu’il coûtait l’année dernière, ils sont furieux.

 

Le gouvernement craint que ce mouvement de contestation ne prenne une trop grande ampleur. C’est pourquoi il a interdit les marches et arrêté les leaders d’opposition. La population ougandaise a suivi de très près les événements en Tunisie, en Egypte et en Libye. Les révolutions arabes nous ont appris que, quelque soit le dictateur, le peuple peut le renverser. Les Ougandais ont compris que se taire n’était plus la seule option. Le gouvernement a interdit que les médias nationaux couvrent les révolutions arabes, donc les populations des campagnes, sans accès à Internet et sans chaînes satellites, sont moins informées. Mais cela n’empêche pas les nouvelles de circuler."

 

  

 

Image canular d'un "permis de marcher", postée sur Twitter par @3double8 avec la légende "La police ne s'en prendra pas à nous, c'est déjà ça".

"Les manifestants se battaient avec les policiers pour les empêcher d’arrêter Besigye"

John Njoroge est journaliste pour le Daily Monitor, un journal indépendant ougandais. Jeudi 14 avril, il a assisté aux arrestations à Kampala.

 

Besigye voulait une marche pacifique. Lundi, quand la police l’a empêché d’avancer, il a commencé un sit-in puis a été arrêté pour ‘troubles à l’ordre public’. Jeudi, lors de la seconde marche de la semaine, la police s’est une nouvelle fois interposée, il s’est assis dans un fossé sur le bord de la route, affirmant qu’ainsi il ne bloquerait pas la circulation. Rapidement, une foule de manifestants l’a entouré.

  

 

Besigye est entouré par la police et les manifestants lors d'une marche jeudi 14 avril. Image capturée d'une vidéo postée sur YouTube par Ugandan001.

 

La tension est montée d’un cran, vers 9 heures du matin. Sans prévenir, un policier a tiré en l’air, provoquant une panique. Les gens couraient et criaient, il y avait du gaz lacrymogène partout. Il est difficile de dire si Besigye a reçu une balle perdue, si le policier a tiré pour créer la panique ou si c’était le signal pour un début d’assaut. Les manifestants se battaient avec les policiers pour les empêcher d’arrêter Besigye, mais à force de gaz lacrymogène et d’eau, la police a fini par l’attraper. Une douzaine de personnes [une trentaine selon les agences] ont été blessées et encore plus ont été arrêtées."

 

 

Image capturée d'une vidéo postée sur YouTube par Ugandan001.

 

 

Besigye se protège des gaz lacrymogènes avec un masque et des lunettes. Image capturée d'une vidéo postée sur YouTube par Ugandan001.

 

Besigye a tenté une première manifestation le 11 avril. Vidéo postée sur YouTube par independentug.