BURKINA FASO

La mutinerie au Burkina Faso, plus qu’une affaire de soldats mal payés ?

 Quelques heures après l’attaque du palais du président Blaise Compaoré par des mutins de la garde présidentielle, le soulèvement des soldats s’étendait à trois autres camps militaires. Ce matin, les habitants de Ouagadougou s’interrogent sur les véritables objectifs de cette insurrection.

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Photo prise le 14 avril 2011 par un de nos Observateurs au Marina Market de Ouagadougou après les pillages.

 

Quelques heures après l’attaque du palais du président Blaise Compaoré par des mutins de la garde présidentielle, le soulèvement des soldats s’étendait à trois autres camps militaires. Ce matin, les habitants de Ouagadougou s’interrogent sur les véritables objectifs de cette insurrection.

 

Dans la nuit du 14 au 15 avril, des soldats ont tiré à l’arme automatique aux abords du palais présidentiel de Blaise Compaoré. Le mouvement de mutinerie avait commencé jeudi soir dans la caserne de la garde présidentielle située à l’intérieur même du palais du président. Les militaires réclameraient le paiement d’une indemnité de logement ainsi qu’une augmentation de salaire. Dans la nuit, les soldats de trois autres camps militaires de la capitale ont rejoint la mutinerie. 

 

Le chef de l’État, qui a dû fuir les lieux dans la nuit pour se réfugier dans son village natale à 30 km de la capitale, est rentré ce matin à Ouagadougou où des discussions auraient été entamées entre les chefs de l’armée et les mutins. 

Depuis un mois, le régime de Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 1987, fait l’objet d’une forte contestation. En mars, des étudiants de plusieurs villes de province se sont révoltés contre les autorités. A la fin du mois de mars, une première mutinerie avait eu lieu suite à la condamnation de cinq soldats dans une affaire de mœurs. Et le 8 avril, la population a manifesté massivement dans la capitale contre flambée des prix des aliments de première nécessité. 

"Si l’armée devait prendre le pouvoir, le peuple en serait la première victime"

 

Daniel C vit au Burkina Faso depuis plus de 10 ans.

 

Je travaille à quelques centaines de mètres du palais présidentiel. Hier, en quittant le travail à 20h50, j’ai entendu les premiers coups de feu. Il y avait des tirs d’armes légères mais aussi des sons beaucoup plus sourds. J’ai immédiatement sauté dans ma voiture et me suis mis à l’abri chez moi. Des soldats ont tiré en l’air, saccagé les magasins, pillé les stations essence. Je crois que l’objectif, au-delà d’obtenir des augmentations de salaire, c’est de semer le chaos pour déstabiliser le pouvoir de Blaise Compaoré. Et il faut préciser que les gardes présidentiels ne sont pas les moins biens lotis. En général, ils sont mieux armés et mieux payés que dans les autres casernes donc leurs objectifs ne peuvent pas être seulement financiers.  

 

Rien de bon ne peut sortir de cette histoire car l’armée et la police sont détestées par le peuple burkinabé. Les habitants sont en permanence rackettés et brimés par les représentants des forces de l’ordre. Si l’armée devait prendre le pouvoir, le peuple en serait la première victime."

"Les soldats sont très secrets et nous ne savons pas ce qu’ils trament"

 

Wankoye (pseudonyme) est journaliste à Ouagadougou.

 

Je suis resté en alerte jusqu’aux derniers tirs vers 5 heures du matin. Je n’avais jamais entendu ça. Dans la matinée, je suis allée faire le tour de la ville. Les pillages continuaient. Les militaires ont leur part de responsabilité, mais des civils aussi ont essayé de profiter du chaos. Les commerçants qui sont sortis ce matin, sont tous rentrés chez eux depuis parce que la situation reste tendue. J’ai vu des soldats tirer sur des véhicules. Visiblement, ils cherchent à récupérer un maximum de voitures, essentiellement des voitures "fond rouges" [De la couleur de la plaque d’immatriculation des véhicules appartenant à l’Etat ] et nous ne savons pas pourquoi.

 

A la base, il s’agit d’une histoire de militaires. En plus de la question des soldes, la garde présidentielle estime que ses chefs ne sont plus représentatifs. C’est pour cette raison que les gardes se sont attaqués à la maison du chef d’Etat major des armées, le général Diendéré. Mais aujourd’hui, je crains qu’ils ne souhaitent aller plus loin.

Les gardes ont passé la nuit à gaspiller des caisses de munitions en tirant en l’air et sur le palais. Ils ont fait fuir le chef de l’État. Ils savent très bien qu’ils ne peuvent plus retourner en arrière.

 

En Afrique, les dictateurs tombent les uns après les autres. Aujourd’hui, Blaise Compaoré à son tour ne maîtrise plus du tout la situation. Le peuple est très déçu de son incapacité à gérer le pays.  Mais actuellement, seule l’armée a le pouvoir de le faire tomber. Le problème c’est que les militaires sont très soudés, mais aussi très secrets, et nous ne savons pas ce qu’ils trament."

 

Photos prises le 14 avril 2011 par un de nos Observateurs au Marina Market de Ouagadougou après les pillages.