SYRIE

L’armée syrienne peut-elle basculer du côté des manifestants ?

 Sur cette vidéo filmée à Deraa, au sud de la Syrie, des manifestants piétinent un poster du président Bashar Al-Assad sous les yeux de soldats qui semblent passifs. Des images qui poussent les internautes syriens à s’interroger sur un éventuel revirement de l’armée.

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Sur cette vidéo filmée à Deraa, au sud de la Syrie, des manifestants piétinent un poster du président Bashar Al-Assad sous les yeux de soldats qui semblent passifs. Des images qui poussent les internautes syriens à s’interroger sur un éventuel revirement de l’armée.

 

L’armée joue un rôle majeur en Syrie depuis l’accession au pouvoir de Hafez Al-Assad, en 1971, à la faveur d’un coup d’État. Le père de l’actuel président était d’ailleurs lui-même un militaire, chef d’État-major de l’armée de l’air entre 1964 et sa prise du pouvoir.

 

Le noyau dur de l’armée syrienne est toujours aujourd’hui principalement issu de la communauté alaouite, une minorité religieuse, chiite, qui représente environ 10 % de la population.

 

Contrairement à ce qui s’était passé en Tunisie ou en Égypte, l’armée syrienne a participé à la répression des manifestants, notamment à Lattaquié, région dont sont originaires les Assad et à Banias, où les chars maintiennent la ville en état de siège.

 

Vidéo publiée surYouTube.

Article rédigé en collaboration avec Sarra Grira.

"Si la contestation se poursuit, on pourrait avoir une scission au sein de l’armée"

Revolt Forurlife est un Syrien expatrié au Canada. Il est originaire de la ville de Hama où l’armée, conduite par Refaat Al-Assad, le frère de Hafez, avait perpétré en 1982 un massacre qui a fait au moins 25 000 morts.

 

L’armée est la pierre angulaire du régime des Al-Assad. Cependant, je pense que les temps ont changé et que le mythe de l’armée alaouite totalement acquise au pouvoir commence à se fissurer. Les alaouites ne représentent que 10 % de la population. Donc tous les militaires ne sont pas alaouites - par exemple, le ministre de la Défense est sunnite. Le noyau dur alaouite de l’armée restera fidèle à Bashar, mais le reste de l’armée pourrait basculer du côté de la population.

 

En 1982, lors du massacre de Hama, des officiers alaouites avait refusé de prendre part au bain de sang et ont été fusillés. Un scénario à la yéménite ne m’étonnerait donc pas, c’est-à-dire une scission au sein de l’armée. Cela ferait alors basculer le rapport de forces en faveur des manifestants."

"Rien ne permet de dire jusqu'à présent que l’armée peut basculer du côté de la population"

Aymen Al Aswad vit à Deraa.

 

Le fait que les soldats ne fassent rien pour empêcher les manifestants de détruire le portrait de Bachar ne veut pas dire qu’ils soutiennent ou approuvent ce qu’ils font. Regardez la vidéo : on y voit à peine une dizaine de militaires, face à une foule en colère. Je pense tout simplement que s’ils n’ont pas réagi, c’est parce que le rapport de force n’était pas en leur faveur.

 

L’armée syrienne est constituée de militaires de carrière et de jeunes soldats qui font leur service militaire. Ces derniers sont moins enclins à prendre des risques pour défendre l’État. S’ils sont obligés de faire leur service, c’est qu’ils n’avaient pas l’argent nécessaire pour payer un pot de vin...

 

Mais rien ne permet de dire jusqu'à présent que l’armée peut basculer du côté de la population. Cela paraît improbable, notamment lorsqu’on voit ce qui se passe à Baida et à Banias. Peut-être que certains appelés pourraient déserter. Mais les officiers eux appartiennent à la communauté alaouite. Ils resteront fidèles au régime de Bachar jusqu’au bout."