COTE D'IVOIRE

Abidjan : la situation quartier par quartier au lendemain de la chute de Gbagbo

 Au lendemain de l’arrestation du président sortant Laurent Gbagbo, certains quartiers de la capitale économique du pays reprennent leur souffle après des semaines de pénurie et de violences. D’autres sombrent dans le chaos.  

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Dans la commune d'Abobo à Abidjan le mardi 12 avril.

 

Au lendemain de l’arrestation du président sortant Laurent Gbagbo, certains quartiers d'Abidjan, la capitale économique du pays, reprennent leur souffle après des semaines de pénurie et de violences. D’autres sombrent dans le chaos.

 

Vingt-quatre heures après l’arrestation de Laurent Gbagbo, les Forces républicaines (FRCI) d’Alassane Ouattara disent être débordées par la généralisation des pillages et des violences à Abidjan. Lundi 11 avril, le nouveau président ivoirien a pourtant demandé à son peuple de "s'abstenir de tout acte de représailles" et lancé un appel au calme et à la réconciliation.

 

La crise postélectorale en Côte d’Ivoire a fait plus d’un millier de morts et un million de déplacés.

 

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Lire le dossier de la rédaction de FRANCE 24 sur la Côte d’Ivoire

 

"Les miliciens pro-Gbagbo tentent de maintenir une poche de résistance dans la cité Mermoz à Cocody"

 

Isaac habite à Cocody à deux pas de la cité universitaire de Mermoz devenue le quartier général de la Fesci, un syndicat étudiant réputé pour être le bras armé de Laurent Gbagbo. 

 

Ce matin, j’ai croisé plusieurs barrages de miliciens pro-Gbagbo. Certains sont toujours armés de Kalachnikovs. Les pro-Gbagbo sont concentrés dans la cité Mermoz où ils tentent de maintenir une poche de résistance. Un peu plus loin, on croise les barrages des FRCI. Pour le moment, il n’y a pas eu de combats entre les deux camps. Je ne crois pas qu’une bataille s’engagera ici car les chefs vont demander aux partisans de se calmer.

 

Certains miliciens libériens ou angolais payés par Gbagbo vont pouvoir partir avec le butin des pillages. Je pense qu’aujourd’hui ceux qui sont vraiment prêts à se battre sont en minorité. Ils ne feront pas le poids face aux FRCI, même si pour les habitants, ils restent menaçants."

"J’ai fait la fête toute la nuit à Abobo"

Dieudonné K. habite dans le quartier d’Abobo, bastion des partisans d’Alassane Ouattara.

 

Je n’ai pas dormi, j’ai fait la fête toute la nuit. Je suis très content, on a tellement souffert ici. Petit à petit les gens reprennent leurs activités. J’ai réussi à acheter des tubercules ce matin. On croise toujours des groupes de combattants armés, mais j’ai bon espoir qu’ils déposent leurs armes bientôt.

 

Ce matin, les véhicules des FRCI faisaient des rondes pour sécuriser le périmètre et empêcher les pillages, car hier les magasins du quartier d’Angré [au sud d’Abobo] ont été pillés par des inconnus."

 

Aujourd'hui, dans la commune d'Abobo. Vidéo filmée par notre Observateur Dieudonné K.

"À Treichville, on voit enfin de la viande sur l’étale des marchés"

AldoCIV est commerçant. Il habite à Treichville, une commune du sud d’Abidjan majoritairement acquise à Alassane Ouattara.

 

De mon balcon, je vois les gens qui se promènent dans la rue. La vie reprend son cour. On trouve à nouveau des produits que l’on n’avait pas vus depuis longtemps sur l’étal des marchés. Des chargements ont dû être envoyés du nord du pays dans la nuit. [Pendant la crise, le commerce était bloqué entre la zone nord acquise à Alassane Ouattara et la zone sud, dont Abidjan, tenue par les forces de Laurent Ggbagbo]. J’ai vu qu’il y avait du charbon et même de la viande. Mais on attend encore le gaz butane.

 

Ce matin, j’ai entendu quelques tirs. Je sais que des pillages ont eu lieu hier dans le quartier de Cocody. Donc moi je n’ouvrirai mon magasin que lorsque l’ordre sera vraiment revenu dans mon quartier. Pour le moment, ce sont toujours les partisans d’Alassane Ouattara qui contrôlent le quartier. Il va falloir remettre en service les commissariats et la gendarmerie qui ont été pillés."

 

Des tubercules sur le marché de Treichville, vendredi 8 avril. Photo envoyée par un de nos Observateurs.

Sur le marché de Treichville, vendredi 8 avril. Photo envoyée par un de nos Observateurs.

"Les pro-Gbagbo de Yopougon se réfugient dans les églises"

Eloi B. habite dans la commune majoritairement pro-Gbagbo de Yopougon, au  nord-ouest d’Abidjan.

 

Tout au long de cette crise, la commune de Yopougon a été le théâtre d’exactions commises par des miliciens pro-Gbagbo. Des hommes ont même été brûlés parce qu’ils étaient soupçonnés d’appartenir au RHDP, le parti d’Alassane Ouattara . Maintenant la peur a changé de camp. Les pro-Gbagbo ont été nombreux à fuir leur domicile pour se réfugier dans les églises catholiques des environs. Dans mon quartier, il reste les sympathisants du RHDP et ceux qu’on appelle les "républicains", c'est-à-dire les habitants du quartier qui soutenaient Laurent Gbagbo, mais qui ont finalement accepté la victoire d’Alassane Ouattara. Il reste également certains miliciens étrangers qu’avait fait venir Laurent Gbagbo. On les entend tirer en l’air pour semer la panique et ils pillent les maisons de ceux qui ont quitté le quartier.

 

Aujourd’hui, Yopougon n’a toujours pas été sécurisé par les FRCI. Des cadavres à demi calcinés jonchent les rues. C’est le chaos.

 

À la différence de Marcoury ou de Treichville, notre commune est enclavée, nous sommes loin du port et nous serons les derniers à être approvisionnés. Même l’huile est devenue une denrée rare. Le riz est passé de 250 francs CFA (0.37euros) le kilo à 1200 francs CFA (1.83 euros). On a tous faim, mais il est impossible d’aller faire ses courses dans d’autres quartiers car aucun transport ne fonctionne."