JAPON

"J’ai filmé ma traversée du ‘no man’s land’ de Fukushima"

 Il y a un mois, un séisme de magnitude 8,9 suivi d’un tsunami frappait le nord-est du Japon provoquant des fuites dramatiques dans les réservoirs de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiishi. Alors que les caméras de télévision ont déserté le périmètre d’exclusion, un Japonais a traversé la zone fantôme qui entoure la centrale. …

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Il y a un mois, un séisme de magnitude 8,9 suivi d’un tsunami frappait le nord-est du Japon provoquant des fuites dramatiques dans les réservoirs de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiishi. Alors que les caméras de télévision ont déserté le périmètre d’exclusion, un Japonais a traversé la zone fantôme qui entoure la centrale.

 

La catastrophe du 11 mars a entraîné l'évacuation obligatoire des 70 000 personnes qui vivaient dans un rayon de moins de 20 km autour de la centrale de Fukushima-Daiishi. Deux semaines plus tard, les 130 000 Japonais qui habitaient dans un périmètre de 20 à 30 km ont été invités à quitter les lieux ou à ne pas sortir de chez eux. Finalement, dimanche 10 avril, le gouvernement a annoncé qu’il allait devoir ordonner aux habitants de certaines localités, dans ce même périmètre de 20 à 30 km, de quitter leur domicile dans le mois à venir. 

 

Le tremblement de terre et le tsunami du 11 mars ont fait 27 000 morts ou disparus.

 

Lire le dossier de France 24 sur les évènements au Japon.

 

 

Vidéo postée par Tetsuo Jimbo sur la chaine Videonews.com le 5 avril.

Billet écrit avec la collaboration de Lorena Galliot, journaliste à France 24.

"J’étais face à un ennemi invisible"

 

Tetsuo Jimbo est le fondateur de la Web TV japonaise videonews.com. Il a traversé la zone de confinement (20 à 30 km de la centrale) et il est l’un des premiers à avoir filmé dans la zone d’exclusion de 20km au tour de la centrale.

 

Avec un collègue, nous sommes allés jusqu’à 2,4 km de la centrale. Selon les deux compteurs Geiger que j’avais amenés, les taux de radioactivité atteignaient à cet endroit 125 microsieverts par heure [Le taux normal de radioactivité dans l’air est de 0,1 microsievert/heure] ce qui rend la zone inhabitable. Les compteurs n’arrêtaient pas de biper et la tonalité devenait de plus en plus stridente à mesure que nous nous approchions de la centrale.

 

Le plus effrayant, c’est que les radiations avaient beau être extrêmement dangereuses, on ne pouvait ni le voir, ni sentir quoi que ce soit dans l’air. Tout semblait normal. J’étais comme face à un ennemi invisible.

 

Je portais un masque et un imperméable à capuche, rien de plus. J’avais pris des capsules d’iode et discuté avec plusieurs spécialistes avant de partir. Ces derniers ne m’ont clairement pas encouragé à partir et, si je le faisais tout de même, m’ont conseillé de ne pas rester plus de deux heures dans le périmètre des 30 km. J’ai calculé que j’avais été exposé à l’équivalent d’une année de radiation "normale" en deux heures.

 

“Il n’y a aucun réseau téléphonique”

 

Les rues étaient entièrement désertes. Pendant les deux heures que j’ai passées dans ce rayon de 30 km, je n’ai croisé que quatre groupes de véhicules : un camion isolé, un convoi de camions qui avait l’air de venir de la centrale, un véhicule transportant des hommes en combinaisons de protection – probablement des ouvriers de la centrale – et deux voitures.

 

Il n’y avait aucun réseau téléphonique, pas de courant et les feux de circulation ne fonctionnaient plus. A certains endroits, les routes étaient très endommagées et j’ai eu peur qu’on se retrouve coincés dans une fissure sans pouvoir prévenir personne. Mais on a été très prudents et finalement, les dégâts sur les routes étaient moins importants que ce que j’imaginais. Beaucoup de maisons étaient encore debout, mais on avait l’impression de traverser des villes fantômes. 

 

Dans ce "no man’s land" , on croise encore beaucoup d’animaux. J’ai vu un groupe de chiens errants ainsi que du bétail. Les vaches devraient arriver à survivre seules car il y a beaucoup d’herbe et des cours d’eau (même si l’eau est probablement contaminée). Et trois semaines après la catastrophe, les chiens n’avaient pas l’air particulièrement maigres. Soit les propriétaires leur ont laissé de la nourriture en partant, soit ils ont réussi à trouver à manger dans les maisons à l’abandon, ou peut-être que quelqu’un les nourrit.

 

"J’y suis allé parce que cet endroit existe et que personne d’autre n’y va"

 

Je ne sais pas ce qui m’a poussé à partir là-bas malgré les risques. J’y suis allé parce que cet endroit existe et que personne d’autre n’y va. Tout le périmètre qui entoure la centrale de Fukushima ne sera plus habitable avant un long moment, peut-être même jamais. En postant ces images, j’essaye aussi de montrer ce que l’on risque en continuant à construire des centrales nucléaires."