CÔTE D'IVOIRE

Quand les jeunes des quartiers s’improvisent gendarmes

Les Abidjanais vivent dans la peur des réglements de comptes et des pillages. Dans ce climat d'insécurité, des jeunes se sont autoproclamés "présidents de la sécurité" de leur quartier.  

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Les Abidjanais vivent dans la peur des réglements de comptes et des pillages. Dans ce climat d'insécurité, des jeunes s'autoproclament "présidents de la sécurité" de leur quartier.

 

Depuis que les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI, fidèles à Alassane Ouattara) sont entrées dans Abidjan, le 31 mars, les Abidjanais se terrent chez eux. Dehors, les cadavres abandonnés, les magasins saccagés et les carcasses de voitures témoignent du chaos dans lequel s’est enfoncée la capitale économique ivoirienne.

Billet rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à France24. 

"Les armes qu’ils exhibent fièrement, ils les ont récupérées en saccageant les commissariats"

AldoCIV est un habitant de Treichville.

 

Hier matin, en allant au marché, j’ai vu des femmes porter des cartons entiers de poissons congelés. J’aimerais qu’on me dise dans quel supermarché d’Abidjan il est encore possible d’acheter du poisson congelé ! Ce sont les pilleurs qui revendent leur butin. Et ces pilleurs, on les retrouve dans les rues de Treichville, en train de surveiller les allers et venues de chacun.

 

Photo prise par un Observateur sur le marché de Treichville, jeudi 7 avril. 

 

"Ils jouent aux gendarmes et aux voleurs"

 

Des jeunes se sont autoproclamés ‘présidents de la sécurité’. Ils s’organisent en unité, chacune étant dirigée par un ‘commandant’. Ils tirent en l’air avec leur Kalachnikov mais ne sont pas violents envers les ‘leurs’ [les habitants de Treichville, majoritairement pro-Ouattara]. Je me sens en sécurité quand je sors de chez moi.

 

Les armes qu’ils exhibent fièrement, ils ne les ont pas trouvées par hasard : c’est en saccageant les commissariats qu’ils les ont récupérées. Ils jouent aux gendarmes et aux voleurs, ce qui donnera du fil à retordre à Alassane Ouattara [Dans une allocution télévisée jeudi 7 avril, Alassane Ouattara s’est inquiété du climat d’insécurité régnant à Abidjan et a appelé ses forces à mettre tout en œuvre pour assurer un 'retour à la normalité']. 

 

 

Photos prises par un Observateur, à Treichville.

"Toute la journée, ils assurent une présence à l’extérieur pour dissuader les miliciens pro-Gbagbo de venir nous attaquer"

Niangtrech, 30 ans, habite Treichville, une commune du sud d’Abidjan acquise à Alassane Ouattara.

 

Hier, j’ai dû sortir pour trouver des médicaments pour ma mère, qui est malade. Mon appareil photo a attiré l’attention des jeunes du quartier. Ils m’ont interrogé plusieurs minutes, j’ai eu peur. Mais quand j’ai pu leur prouver que j’habitais bien Treichville, ils m’ont raccompagné jusqu’à chez moi, sans me faire aucun mal. J’ai alors compris qu’ils étaient là pour ma sécurité.

 

"Ils portent parfois des treillis"

 

Photo prise par un Observateur, à Treichville, mercredi 6 avril. 

 

Ces jeunes sont devenus les gendarmes du quartier. Ils ne sont pas militaires mais ils portent parfois des treillis. Le plus souvent, ils sont armés de gourdins et de machettes, mais certains ont des Kalachnikov. Ils récupèrent des tables et des pneus pour fabriquer des barrages. Et toute la journée, ils assurent une présence à l’extérieur pour dissuader les miliciens pro-Gbagbo de venir nous attaquer [Issa Bamba, un proche d’Alassane Ouattara joint par téléphone, affirme que des 'comités civils d’autodéfense' s’organisent dans certaines communes du sud d’Abidjan : 'À Koumassy et Treichville, les patrouilles des FRCI se font rares, ce qui incite les jeunes à sécuriser eux-mêmes leur quartier. Ces actions ne répondent à aucun ordre provenant de l’hôtel du Golf, elles sont évidemment spontanées']. 

 

 

Photos prises par un Observateur, à Treichville.