CÔTE D'IVOIRE

Dans un collège d'Abidjan, des civils s'improvisent geôliers

 Plusieurs témoins ont rapporté à FRANCE 24 qu’un collège de Treichville a été réaménagé en prison, où de présumés miliciens de Laurent Gabgbo sont détenus. Notre Observateur a pu s’introduire dans cette école, où quelques militaires et des habitants du quartier s'improvisent geôliers et interrogateurs.  

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Photo prise par notre Observateur, vendredi 8 avril, au Collège Treich-Laplene de Treichville, à Abidjan. 

 

Plusieurs témoins ont rapporté à FRANCE 24 qu’un collège de Treichville a été réaménagé en prison, où de présumés miliciens de Laurent Gabgbo sont détenus. Notre Observateur a pu s’introduire dans cette école, où quelques militaires et des habitants du quartier s'improvisent geôliers et interrogateurs.

 

Selon les témoignages, les prisonniers seraient enfermés depuis une semaine et seraient environ une cinquantaine.

 

"Un des prisonniers a expliqué qu’il s’était engagé dans les rangs des FDS parce qu’on lui avait promis une kalachnikov et 30 euros par jour"

Notre Observateur souhaite rester anonyme.

 

Devant le collège, il y avait plusieurs hommes armés qui surveillaient. A l’intérieur, j’ai vu une petite vingtaine de détenus, assis parterre, et répartis dans des salles de classe. J’ai pu assister à l’interrogatoire de cinq d’entre eux.

 

 

Ceux qui se présentaient comme les ‘commandants’ leur posaient beaucoup de questions pour savoir d’où ils venaient et quand ils avaient été enrôlés par l’armée [Charles Blé Goudé, chef des Jeunes patriotes pro-Gbagbo, a lancé en mars un appel aux jeunes de Côte d’Ivoire, pour prendre les armes et ‘libérer’ le pays. Des milliers d’hommes avaient alors répondu à l’appel]. Un des cinq prisonniers a répondu qu’il était agriculteur dans un village de l’Ouest ivoirien, et qu’il s’était engagé dans les rangs des FDS [Forces de défense et de sécurité, fidèles à Laurent Gbagbo] parce qu’on lui promettait une kalachnikov et 30 euros [20 000 Francs CFA] par jour.

 

"Un homme filmait la scène avec une petite caméra, il a dit qu’il travaillait pour l’hôtel du Golf"

 

Les surveillants disaient que ces prisonniers avaient été pris en embuscade alors qu’ils étaient en train de commettre un viol. Ces derniers ont dit que c'était vrai. Un homme filmait la scène de l'interrogatoire avec une petite caméra, il a dit qu’il travaillait pour l’hôtel du Golf [le quartier général du camp d’Alassane Ouattara, situé à Cocody. Selon plusieurs sources, le gouvernement du président internationalement reconnu mandate des informateurs à travers Abidjan, équipés de téléphones portables et de caméras, afin de rapporter des informations au siège du pouvoir. Interrogé par FRANCE 24, un responsable du camp Ouattara a toutefois affirmé n'avoir pas connaissance de l'envoi d'un observateur dans ce collège de Treicheville].

 

Les surveillants disaient qu’une fois la crise politique terminée, la justice trancherait sur le sort des miliciens qui avaient commis de telles atrocités. Ces cinq hommes ne seraient donc pas libérés, contrairement à la plupart des autres détenus du collège, qui n’ont rien fait de grave.

 

 

 

Les détenus que j'ai vu ne semblaient pas maltraités. J’ai vu plusieurs assiettes et de l’eau. Mais je n'ai pas pu entrer dans certaines salles, où il y avait d'autres détenus.

 

 

Ceux qui surveillent les prisonniers sont des habitants du quartier. Ils se sont organisés pour défendre Treichville des exactions commises par les hommes de Gbagbo. Parmi les hommes qui tiennent cette prison, j’ai toutefois vu quatre militaires. Ils se présentent comme des lieutenants de la Garde républicaine [dont la base est à Treichville] qui ont déposé les armes et ont rallié le camp Ouattara [les défections de généraux proches de Laurent Gbagbo ont en effet entraîné celles de nombreux militaires].

 

 

 

Toutes les photos ont été prises par notre Observateur, vendredi 8 avril, au Collège Treich-Laplene de Treichville, à Abidjan. 

 

Billet rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à France 24.