YÉMEN

"Saleh doit partir, les snipers ne nous arrêteront pas"

 Le Yémen, parent pauvre du Golfe persique, connaît depuis deux mois des manifestations anti-gouvernementales qui ont déjà fait une centaine de morts. Selon notre Observateur, l’opposition n’a pas été découragée par la répression et elle prendrait même l’avantage sur le gouvernement, grâce à des manifestants de mieux en mieux organisés.  

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Manifestations à Sanaa, jeudi 5 avril. Photo publiée sur Facebook.

 

Le Yémen, parent pauvre du Golfe persique, connaît depuis deux mois des manifestations anti-gouvernementales qui ont déjà fait une centaine de morts. Selon notre Observateur, l’opposition n’a pas été découragée par la répression et elle prendrait même l’avantage sur le gouvernement, grâce à des manifestants de mieux en mieux organisés.

 

Le conflit entre le président Ali Abdullah Saleh, cramponné au pouvoir après 32 ans de règne, et ses opposants, dure depuis plus de deux mois mais la tension est encore montée d’un cran cette semaine.

 

Mercredi 6 avril, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de Taiz, au sud du Yémen, pour réclamer le départ de Saleh. Pendant ce temps, à Sanaa, la capitale, des milliers de manifestants poursuivaient l’occupation d’une place qu’ils ont rebaptisée ‘Change Square’. Deux jours auparavant, à Taiz et dans le port d’Houdaïda sur la mer Rouge, les forces de sécurité et des civils armés ont tiré dans la foule, tuant 21 personnes. Le 18 mars, 52 manifestants avaient déjà été tués à Sanaa par des tirs de snippers postés sur les toits. 

  

Le 18 mars, des tirs de snippers près de Change Square. Vidéo postée sur Youtube par newstweet.

 

Après avoir refusé une transition de pouvoir que demande l’opposition, le président Saleh a fini par accepter la médiation proposée par ses voisins du Golfe. Les pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont donc rencontré les figures de l’opposition yéménite à l’ambassade de l’Arabie saoudite à Sanaa, dans l’espoir de mettre fin aux semaines d’agitation.

 

Les États-Unis ont longtemps perçu Saleh comme un allié stratégique dans la lutte contre Al-Qaida, qui aurait à partir du Yémen déjoué plusieurs attaques terroristes. Mais le gouvernement américain a aujourd’hui cessé de soutenir le président yéménite, lui demandant d’accepter une transition de pouvoir.

 

Des manifestations anti-gouvernementales à Taiz le 5 avril. Vidéo publiée sur Youtube par alrogaibi.

Billet rédigé avec la collaboration de Lorena Galliot, journaliste à France 24. 

"La situation peut exploser à chaque minute "

Nourdu (pseudonyme) travaille pour l’ambassade de France à Sanaa.

 

Je suis prête pour quitter le Yémen ce soir [mercredi 6 avril]. Le gouvernement français a donné l’ordre au personnel de l’ambassade de quitter le pays. On nous a dit que c’était une mesure de précaution, mais il n’y a aucun moyen de savoir comment les choses vont évoluer. La situation est très incertaine, elle peut exploser à chaque minute. À Sanaa, pratiquement tout le monde possède une arme, et dans un pays aussi pauvre que le Yémen, ce n’est pas dur de donner de l’argent pour tourner les gens les uns contre les autres, comme l’a montré la fusillade du 18 mars. Ceux qui ont tiré n’ont pas été identifiés officiellement, mais il est plus que probable qu’il s’agisse de personnes qui ont été payées par le parti au pouvoir CPG (Congrès populaire général).

 

Le mouvement d’opposition gagne visiblement plus d’élan chaque jour. Saleh compte encore, c’est vrai, des partisans aux quatre coins du pays, qui viennent protester à Sanaa tous les vendredis. Même si Saleh paye les chefs de tribu pour inciter les villageois à manifester en sa faveur, il ne peut pas payer des centaines de milliers de personnes. Je pense qu’en terme de volume, l’opposition est plus nombreuse, et elle le sait.”

"Notre mouvement est plus prometteur et organisé que jamais "

Rafat Al-Akhali vit à Sanaa. Il participe aux manifestations de ‘Change Square’. Il est membre de la Coalition civique de la jeunesse révolutionnaire, un réseau de plusieurs mouvements d’opposants.

 

La fusillade du 18 mars et les affrontements d’hier à Change Square ont motivé davantage les manifestants. Nous nous sentons en sécurité à Change Square, parce que depuis le 21 mars une partie de l’armée fidèle à Ali Mohsen [un grand général qui a fait désertion après la fusillade des snippers] nous protège.

 

"Nous sommes en train d’organiser une campagne de désobéissance civile à travers tout le pays"

 

J’ai l’impression que le mouvement a vraiment fait du chemin depuis ses débuts, quand une poignée d’étudiants, encouragés par les révolutions tunisienne et égyptienne, faisaient des actions spontanées. Aujourd’hui, cinq ou six coalitions de manifestants, qui rassemblent au moins 50 000 personnes, travaillent ensemble. Samedi, nous avons tenu une table ronde pour recueillir les revendications. Nous sommes d’accord sur 90 % d’entre elles, la principale étant un changement de régime immédiat.

 

Il y a quelques divergences mineures, mais je crois que nous sommes capables de les dépasser. En ce moment, nous nous concentrons sur l’organisation d’une campagne de désobéissance civile à travers tout le pays, encourageant les commerces, les écoles et les administrations à fermer leurs portes une partie de la journée, en guise de protestation.

 

Nous sommes vraiment motivés depuis que les États-Unis et l’Europe ont changé de discours. Globalement, je dois dire que notre mouvement est plus prometteur et plus organisé que jamais, et absolument déterminé à ne rien céder, tant que Saleh n’aura pas démissionné.

 

 

Manifestations à Change Square, mardi 5 avril. Publié sur Youtube par 20,000,000 Yemeni.