LIBYE

Le cri de détresse d’un médecin de Misrata

 Depuis 40 jours, la ville de Misrata est assiégée par l’armée du colonel Kadhafi. Pour l'heure, les rebelles semblent résister à l’assaut, mais un médecin nous alerte sur la situation humanitaire extrêmement préoccupante dans sa ville.

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Capture d'écran d'une vidéo des dégâts à Misrata le 3 avril.

 

Depuis 40 jours, la ville de Misrata est assiégée par l’armée du colonel Kadhafi. Pour l'heure, les rebelles semblent résister à l’assaut, mais un médecin nous alerte sur la situation humanitaire extrêmement préoccupante dans sa ville.

 

Située à 200 kilomètres à l’est de Tripoli, Misrata est devenue le nouveau symbole de la résistance libyenne aux forces de Kadhafi. La ville est pilonnée sans relâche depuis un mois et demi par l’artillerie de l’armée loyaliste. L’Otan comme l’ONU promettent de faire de la ville leur priorité, mais les aides peinent à arriver. Et très peu de journalistes sont parvenus à  se rendre sur place. 

 

Après avoir subi un nouveau bombardement, le jeudi 7 avril, les chefs des rebelles ont critiqué le peu d'empressement des forces de la coalition à intervenir.

 

Sur cette vidéo filmée aux alentours de l’avenue Tripoli de Misrata, on découvre une ville fantôme dont les bâtiments sont criblés de balles. La vidéo a été tournée le 3 avril et postée sur YouTube par miusrata17miusrata.

"Il nous est difficile d’établir avec exactitude le bilan des victimes"

 

Rachid (pseudonyme) est médecin à l’hôpital de Misrata.

 

Les lignes téléphoniques, l’eau et l’électricité ont été coupés [de nombreux témoignages rapportent des coupures d'électricité et une pénurie d'eau]. Alors les gens s’entraident. Certains bricolent les circuits électriques, d’autres mettent en place des générateurs de secours. Ceux qui ont des puits distribuent de l’eau, de même que les propriétaires d’usines d’assainissement d’eau.

 

Nous manquons de vivres et de médicaments. Des Libyens et des organisations humanitaires basées à Malte, comme la Croix-Rouge ou Médecins sans frontières, tentent nous faire parvenir de l’aide, principalement par la mer. Avant le renforcement du siège, on recevait également de l’aide des autres villes libyennes, comme Benghazi.

 

 "Les forces de Kadhafi veulent nous maintenir sous pression"

 

Les forces de Kadhafi ont pénétré dans la ville par l’axe principale de la ville, l’avenue Tripoli. L’hôpital principal de Misrata, qui se situe à 500 mètres de cette avenue, a été touché par cinq tirs de mortier lors de l’arrivée des troupes de Kadhafi.  Nous n’étions plus capables d’y soigner les blessés, donc nous avons déménagé pour nous installer dans la petite clinique Al-Hikma. Cet établissement ne dispose que d’une soixantaine de lits, nous avons donc installé notre service d’urgences dehors sous une tente.

 

Il nous est difficile d’établir avec exactitude un bilan des victimes. Beaucoup de familles ont enterré leurs morts sans passer par l’hôpital. Notre bilan, largement en-deçà de la réalité, est de 260 morts et 1 500 blessés depuis le début des affrontements [bilan non confirmé, il n'existe pas de bilan officiel].

 

"Les habitants de Misrata n’accepteront jamais l’entrée des forces de la coalition dans la ville"

 

Le principal problème, selon moi, est qu’il n’y a pas de communication entre les forces de la coalition et les insurgés. Ce sont les combattants locaux qui savent où sont positionnées les forces de Kadhafi et où se trouvent les civils à protéger. La coalition a besoin d’eux pour savoir où bombarder. De l’autre côté, ce dont les rebelles ont vraiment besoin, c’est d’armes, car le combat est pour l’instant déséquilibré avec l’armée de Kadhafi. Pour moi, c’est à eux de se battre. Les habitants de Misrata n’accepteraient pas l’entrée des forces de la coalition dans la ville, ils vivraient ça comme une invasion étrangère."

Billet rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à France 24.