CÔTE D'IVOIRE

Témoignages de Français à Abidjan : "On se terre et on serre les dents"

 Depuis jeudi après-midi, Abidjan est le théâtre de violents combats entre les forces fidèles à Alassane Ouattara et les partisans de Laurent Gbagbo. Et des pillards profitent de la confusion pour s’attaquer aux magasins et aux habitations des quartiers aisés. Terrés chez eux, nos Observateurs, des expatriés français, entendent les balles siffler et attendent l’évacuation.

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Patrouille française avenue Valéry Giscard d'Estaing au sud d'Abidjan. Photo envoyée par un de nos Observateurs.

 

Depuis jeudi après-midi, Abidjan est le théâtre de violents combats entre les forces fidèles à Alassane Ouattara et les partisans de Laurent Gbagbo. Et des pillards profitent de la confusion pour s’attaquer aux magasins et aux habitations des quartiers aisés. Terrés chez eux, nos Observateurs, des expatriés français, entendent les balles siffler et attendent l’évacuation.

 

Après une nuit de combats à l’arme lourde contre les forces de Laurent Gbagbo, les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) de Ouattara ont pris le contrôle du siège de la Radiotélévision ivoirienne (RTI), dans le quartier de Cocody, avant de s’attaquer à la cité Mermoz, quartier général du mouvement pro-Gbagbo des jeunes patriotes. Une Suédoise de 34 ans, employée par l'ONU, a été tuée à son domicile à Abidjan, probablement d'une balle perdue. Ce matin, les combats se concentraient autour de la résidence du président sortant, toujours dans le quartier de Cocody. 

 

Les militaires français de la force Licorne ont renforcé jeudi leur dispositif de surveillance dans certains quartiers d'Abidjan où ont été signalés des pillages. Quatre patrouilles ont circulé dans les quartiers de la zone 4 et celui des Deux Plateaux pour prévenir d'éventuels incidents. 500 étrangers, dont 150 Français, ont déjà trouvé refuge dans le camp militaire français de Port-Bouët. L'ambassade de France à Abidjan a demandé aux ressortissants français de limiter leurs déplacements au strict nécessaire et de ne plus sortir la nuit. 

 

Billet redigé en collaboration avec Ségolène Malterre, journaliste à France 24.

Scènes de pillages aujourd'hui au sud d'Abidjan

Scène de pillages avenue Valéry Giscard d'Estaing, au sud d'Abidjan, vendredi. Images envoyées par un de nos Observateurs.

 

Patrouille de l'armée française, au sud d'Abidjan, vendredi. Images envoyées par un de nos Observateurs.

 

"J’attends l’aide de l’ambassade"

Yves C. (pseudonyme) habite à Marcory, un quartier du sud d’Abidjan où résident de nombreux ressortissants étrangers.

 

J’ai entendu dans les medias que les expatriés français n’avaient pas de raison de se sentir en danger, mais c’est entièrement faux. Il y a dix jours, j’ai été tout bonnement kidnappé par des miliciens pro-Gbagbo alors que j’allais à mon travail. Juste parce que je suis blanc et parce que j’ai une allure de militaire. Ils m’ont séquestré pendant dix heures, déshabillé, humilié et battu. Ils n’arrêtaient pas de me parler de leur haine du "sarkozysme" et j’ai bien senti à quel point les Français n’étaient pas les bienvenus.

 

"Si je voulais rejoindre le camp militaire de Port-Bouët, je risquerais ma vie aux barrages"

 

Le quartier de Marcory a été relativement sécurisé hier, mais comme on est au centre de la ville, on entend tout ce qui se passe. Ce qui me désole, c’est l’incompétence de l’ambassade. Je me suis inscrit sur leur site pour qu'ils viennent me chercher en cas d’évacuation, mais ils m’ont dit que je n’en faisais pour l’instant pas partie. C’est très inquiétant cette organisation. Moi je n’ai pas de famille, très peu de contacts, je ne sors plus de chez moi, alors s’il y a un problème je ne sais même pas si je serai prévenu. Si je voulais rejoindre le camp militaire de Port-Bouët, je risquerais ma vie en essayant de passer les barrages. Je me sens complètement abandonné."

"Tous les ressortissants étrangers qui sont là depuis un certain temps sont armés"

 

Cherstin vit dans le quartier de la Riviera, un quartier résidentiel d’Abidjan.

 

Hier, des ressortissants étrangers des quartiers de la Zone 4 et les Deux Plateaux ont été évacués par les forces Licorne dans leur camp militaire. Mais il ne s’agit que de deux quartiers et les forces françaises ont beaucoup de mal à atteindre les quartiers plus au nord de la ville.

 

Moi, je suis barricadé chez moi. Depuis la guerre de 2004 [crise politico-militaire au cours de laquelle des ressortissants français ont été pris pour cible par des nationalistes], j’ai fait installer autour de ma maison des murs de 5 mètres de haut avec des barbelés. La période est aux pillages dans les beaux quartiers d’Abidjan, alors je peux vous dire que tous les ressortissants étrangers qui sont là depuis un certain temps sont armés.

 

Photo envoyée par notre Observateur.

 

"Des bandes de voyous masqués vont de maison en maison pour essayer de voler ce qui a de la valeur"

 

Je pense que le plus dur des combats est passé, mais nous sommes toujours dans cette phase de transition où les forces de l’ordre des deux camps sont trop occupées à combattre et un sentiment d’impunité parcourt la ville. Des bandes de voyous masqués vont de maison en maison pour essayer de voler ce qui a de la valeur. Certains propriétaires tirent en l’air pour les en dissuader, d’autres tentent de négocier avec les malfrats et se font au final saccager leur domicile.

 

On savait que ce moment transitoire serait difficile. On n’a plus qu’à se terrer et à serrer les dents. Je n’ai aucune idée de qui s’affronte en ce moment en bas de chez moi. Tout à l’heure le deuxième étage de ma maison a été touché par un projectile, sans faire trop de dégâts. J’ai en revanche un voisin dont le compteur électrique a été complètement explosé par une roquette. "