Les Kurdes de Syrie, pour l’instant à l’écart du mouvement de contestation, ont manifesté aujourd’hui à Qamishli (nord-ouest du pays), se joignant ainsi à la lutte de leurs compatriotes arabes pour réformer le régime syrien.
 
Les Kurdes sont l’une des plus importantes minorités de Syrie, avec près de 2 millions d’individus, soit environ 10 % de la population. Ils vivent principalement dans le nord-est du pays, non loin de la frontière turque.
 
La marche du vendredi 1er avril à Qamishli a rassemblé, selon les organisations kurdes, près de 2 000 manifestants.
 
Manifestations de Kurdes à Qamishli.
 
 
 

"Nous voulons signifier à nos compatriotes que nous sommes tous Syriens"

Khaled Jamil Mohamed est Kurde. Il habite Qamishli et a participé aux manifestations.
 
Les manifestants sont sortis aujourd’hui dans trois des principales villes du Kurdistan syrien : Qamishli, Amouda et Haské. Les partis politiques kurdes ne sont pas à la base de ce mouvement, qui est plutôt organisé par le Mouvement des jeunes de l’intifada kurde. Nous avons défilé avec des banderoles noires, en signe de deuil pour les martyrs tombés à Daraa et à Lattaquié.
 
Les slogans écrits ou scandés étaient en arabe et en kurde. Par contre, nous avons choisi de ne sortir que les drapeaux syriens, pas ceux du Kurdistan. Notre principal souci durant cette marche était en effet d’insister sur notre union, de bien signifier à nos compatriotes que nous sommes tous Syriens. Mais nous avions aussi des mots d’ordre spécifiquement kurdes.
 
Beaucoup parmi les jeunes présents aujourd’hui étaient des enfants de Kurdes dont les parents ont été déchus de leur nationalité [En 1962, près de 150 000 Kurdes ont été déchus de leur nationalité suite à la publication par le régime d’un rapport intitulé "statistiques exceptionnelles".
 
Ce rapport mettait en garde le gouvernement syrien contre les dangers posés par la progression démographique kurde]. Ils avaient une banderole qui disait qu’ils voulaient la "liberté, pas seulement la nationalité".
 
Notre communauté souffre d’une politique de ségrégation. Par exemple, je suis professeur, et je sais qu’on ne me laissera jamais publier de textes en kurde. Pour des célébrations ou des cérémonies de mariage, nous devons obtenir une autorisation officielle. Nous devons passer par des démarches administratives interminables pour déclarer une naissance ou inscrire nos enfants à l’école. Et je pourrais vous citer bien d’autres exemples de ce genre…"
Cet article a été rédigé par Sarra Grira, journaliste à FRANCE 24.