SYRIE

En Syrie, la vague de protestation s’étend à tout le pays

 Dans un premier temps, le gouvernement syrien a nié les troubles et la répression en cours depuis le vendredi 18 mars dans la ville de Deraa, au sud du pays. Le régime a changé de stratégie jeudi 24 mars, reconnaissant l'existence d'un mouvement de contestation et promettant des réformes. Mais loin de calmer une contestation jusque-là confinée à Deraa, ce volte-face a mis le feu aux poudres dans tout le pays.  

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Manifestations à Banyas. Capture d'une vidéo postée sur Youtube le 25 mars 2011.

 

Dans un premier temps, le gouvernement syrien a nié les troubles et la répression en cours depuis le vendredi 18 mars dans la ville de Deraa, au sud du pays. Le régime a changé de stratégie jeudi 24 mars, reconnaissant l'existence d'un mouvement de contestation et  promettant des réformes. Mais loin de calmer une contestation jusque-là confinée à Deraa, ce volte-face a mis le feu aux poudres dans tout le pays.

 

La journée du mercredi 23 mars a été particulièrement sanglante à Deraa, faisant selon les militants des droits de l’Homme plus d’une centaine de morts. Les cortèges funèbres organisés pour les victimes de cette répression ont les jours suivant rassemblé des milliers de manifestants.

 

Jeudi 24 mars, une conférence de presse a été donnée par Bouthaina Chaabane, la conseillère du président syrien Bachar Al-Assad. Cette dernière a promis toute une série de réformes politiques et la mise en liberté de tous ceux qui ont été détenus pendant les manifestations à Deraa. Dimanche 27 mars, lors d'une deuxième intervention, la conseillère a par ailleurs annoncé que l'état d'urgence, en vigueur depuis 1963, sera bientôt levé, sans pour autant donner de date précise. Elle a également déclaré que le Président Bachar Al Assad s'adressera bientôt au peuple syrien.

 

À l’image des autres régimes arabes, le gouvernement syrien semblait ainsi céder à la pression de la rue. Forts de ce constat, les Syriens ont redoublé de colère. Après la prière du vendredi 25 mars, des milliers d’entre eux ont répondu à l’appel du "vendredi de la dignité" et sont sortis battre le pavé à Damas, Alep, Homs, Jablah et Banyas. Des arrestations s’en sont suivies ainsi que des affrontements meurtriers avec les forces de l’ordre, notamment à Sanameïn, dans la région de Deraa, où l’on a dénombré plus de 20 morts. Dimanche 27 mars des troupes ont été envoyées en renfort dans la ville portuaire de Lattaquié (nord du pays), où, de source officielle, 12 personnes (10 policiers et 2 manifestants)

auraient été tuées la veille dans des affrontements entre la police et des manifestants.

 

Manifestations dans le quartier de Baramkeh à Damas. Vidéo postée sur Youtube le 25 mars 2011.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à FRANCE 24.

 

"Le gouvernement syrien a raté l’occasion de mettre fin à ces violences lors de sa première intervention"

Omar habite Damas, il a participé aux manifestations. Mercredi dernier, il nous faisait part de ses doutes quant à une éventuelle propagation de la contestation. Aujourd’hui, il avoue sa surprise mais explique les raisons de cette montée de colère.

 

Je pense que tout est parti de la conférence de presse donnée jeudi 24 mars par Bouthayna Chaabane. Il était clair que les questions étaient préparées à l’avance et tout était étudié, ce qui a agacé les gens. Le gouvernement a certes fait un geste en reconnaissant que des morts étaient tombés à Deraa et en présentant ses condoléances aux familles des victimes. Mais il croyait pouvoir contenir la colère de la population avec de simples promesses. Or, cela fait dix ans que l’on entend parler de ces mêmes réformes sans en voir la couleur. Pourquoi les choses changeraient-elles aujourd’hui ?

 

Damas

Manifestations dans la grande Mosquée de Damas. Vidéo postée sur Youtube le 25 mars 2011.

 

Vendredi, après la prière, deux groupes sont sortis manifester : ceux qui avaient appelé aux protestations du "vendredi de la dignité" d’un côté, principalement les fidèles dans les mosquées, et de l’autre, des jeunes qui voulaient tester la sincérité des déclarations émises hier par le pouvoir. Ces derniers ont alors pu faire l’expérience du discours mensonger qui nous a été livrés hier. Les manifestations étaient pacifiques et les slogans de ces jeunes n’appelaient pas à la chute du régime mais rendaient hommage aux martyrs de Deraa. Pourtant, des arrestations violentes ont eu lieu. Les policiers ne s’étaient pas groupés dans des endroits précis. Ils étaient habillés en civil et se déplaçaient en bus pour mater les manifestations. Je les ai vus de mes propres yeux arrêter de jeunes manifestants. Ensuite, ils faisaient descendre des bus des partisans du régime qui défilaient avec des photos de Bachar Al-Assad et des drapeaux syriens.

 

Alep

Manifestations dans la grande mosquée d'Alep. Vidéo postée sur Youtube le 25 mars 2011.

 

 

Je pense que le gouvernement syrien a raté, lors de sa première intervention, l’occasion de mettre fin à ces violences en adoptant la voie d’une véritable réforme. Au lieu de cela, les responsables restent campés sur leurs positions et ne font que reprendre le même discours officiel en totale rupture avec la réalité du terrain. Néanmoins, je continue à espérer qu’ils se reprendront à temps. J’ai peur de voir le pays s’enliser de plus en plus dans un bain de sang."

 

Homs

Manifestations à côté de la vieille horloge de Homs. Vidéo postée sur Youtube le 25 mars 2011.

 

Jablah

Manifestations devant la mosquée d’Abou Baker. Vidéo postée sur Youtube le 25 mars 2011.

 

Banyas

Vidéo postée sur Youtube le 25 mars 2011.