Liban

Au Liban, les manifestants demandent "la chute du régime confessionnel"

Ils étaient des milliers à battre le pavé à Beyrouth dimanche dernier. Mais comme les Marocains, les manifestants ne demandent pas nécessairement la chute d’un régime. Leur revendication est spécifique au pays du Cèdre : ils souhaitent la fin du confessionnalisme sur lequel reposent les institutions politiques.

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"Le peuple demande la chute du régime confessionnel". Photo prise dimanche 6 mars à Beyrouth. 

 

Ils étaient des milliers à battre le pavé à Beyrouth dimanche dernier. Mais comme les Marocains, les manifestants ne demandent pas nécessairement la chute d’un régime. Leur revendication est spécifique au pays du Cèdre : ils souhaitent la fin du confessionnalisme sur lequel reposent les institutions politiques.

 

Musulmans, chrétiens, juifs… Le Liban compte 18 confessions reconnues. Il n’existe toutefois pas de recensement exact de la population – le dernier recensement exhaustif date de 1932, à l’époque où le pays était encore un mandat français. C’est pourtant sur la base de ce recensement que les plus importants postes politiques sont distribués entre les différentes communautés. Le président de la République libanaise est un maronite, le chef du gouvernement un musulman sunnite, et le chef du Parlement un musulman chiite. Les députés sont également élus en fonction de quotas accordés à chaque communauté. Au pays du Cèdre, l’appartenance confessionnelle des citoyens est inscrite sur leur carte d’identité. Le statut personnel de l’individu est différent selon la communauté à laquelle appartient tout libanais, y compris pour le mariage, qui ne peut être que religieux.

 

C’est contre cette division confessionnelle de leur société qu’une petite dizaine de milliers de Libanais sont sortis manifester dimanche 6 mars. Leur slogan : "Le peuple demande la chute du régime confessionnel". Leur demande : l’égalité entre tous les citoyens, sans distinction, et la laïcisation du code du statut personnel, en commençant par l’instauration d’un mariage civil.

 

"A force de nous entretuer pour le ciel, nous perdons la terre" et "Malheur à un peuple où les confessions sont multiples mais où la religion fait défaut", citations de l'écrivain libanais Gibran Khalil Gibran.

  

 

 

"Pour une démocratie laïque". Photos prises par notre Observateur dimanche à Beyrouth.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à France 24.

"La corruption est l’une des conséquences directes du confessionnalisme"

Fares Halabi, 19 ans, habite Beyrouth. Il est étudiant en management. Il fait partie des administrateurs de la page Facebook qui a appelé au rassemblement de dimanche.

 

Sit-in devant le ministère de l'Intérieur. Photos prises par notre Observateur.

 

Nous avons commencé il y a deux semaines par un sit-in devant le ministère de l’Intérieur, qui se poursuit encore. Car le partage confessionnel du pays est du ressort de ce ministère et nous ne pouvons rien demander pour l’instant au chef du gouvernement provisoire car il n'est supposé gérer que les affaires courantes.

 

La marche de dimanche 6 mars a été un succès. On a terminé notre circuit devant la société de distribution d’électricité. Cela peut paraître bizarre, mais c’est parce que ce bâtiment est pour nous l’un des symboles du système confessionnel. Au Liban, la corruption est telle que cette entreprise n’arrive pas à délivrer de l’électricité 24 heures sur 24. Et nous savons tous ici que la corruption est l’une des conséquences directes du confessionnalisme : les responsables ne sont pas nommés selon leurs capacités ni leur mérite, mais selon leur appartenance confessionnelle. Du coup, beaucoup de corrompus se retrouvent à la tête d’une société ou d’une entreprise sans l’avoir mérité, mais juste parce qu’ils appartenaient à la bonne catégorie.

 

"Quand deux Libanais se croisent, la première question qu’ils se posent est ' de quelle confession es-tu ?'"

 

Au Liban, tous les postes se négocient selon l’appartenance confessionnelle et ce système régit les moindres détails de nos vies, y compris les élections. Même dans la vie de tous les jours, quand deux Libanais se croisent, la première question qu’ils se posent est  "de quelle confession es-tu ?". La notion de citoyenneté est également importante, mais c’est l’appartenance confessionnelle qui prime. Contrairement aux autres pays arabes, notre protestation ne vise pas à destituer un président ou un chef du gouvernement. C’est le système auquel toutes ces personnes sont soumises que nous voulons remplacer.

 

Ce n’est certes pas la première fois qu’une telle initiative est lancée, mais cette fois, elle a été beaucoup plus suivie et il est évident que l’actualité du monde arabe y est pour quelque chose. La caducité du système est connue de tous, mais jusque-là, personne ne voulait passer à l’action. Or, hier, pour une fois, les gens ont choisi de descendre dans la rue. Je ne m’attends pas à des résultats dans l’immédiat, mais j’espère des évolutions à moyen terme. D’ailleurs, on manifestera encore dimanche prochain !