LIBYE

Le vrai visage de Seïf al-Islam Kadhafi

 Une vidéo qui circule depuis ce week-end sur le Net montre Seïf al-Islam, le fils de Mouammar Kadhafi, haranguant, fusil d'assault à la main, un groupe de policiers. Une image qui tranche avec celle du porte-parole ouvert et modéré qu’il tentait de se fabriquer avant le début du soulèvement populaire qui agite son pays.

Publicité

 

Une vidéo qui circule depuis ce week-end sur le Net montre Seïf al-Islam, l'un des fils de Mouammar Kadhafi, haranguant, fusil d'assault à la main, un groupe de policiers. Une image qui tranche avec celle du porte-parole ouvert et modéré qu’il tentait de se fabriquer avant le début du soulèvement populaire qui secoue son pays.

 

Seïf al-Islam Kadhafi était présenté comme l’homme des réformes du régime libyen, un homme que l’on disait même tombé en disgrâce en raison de ses prises de position jugées trop libérales. Trois jours après le début de la révolte en Libye, son premier discours télévisé avait déjà montré un autre visage du personnage. Cette vidéo amateur vient confirmer que Seïf al-Islam est tout aussi autoritaire et va-t-en guerre que son père.

 

Seïf al-Islam Kadhafi a 38 ans. Il est le deuxième des huit "enfants terribles de Kadhafi" et le plus en vue sur la scène politique libyenne. Homme d’affaires, il est également à la tête de la Fondation Kadhafi pour le développement.

 

Vidéo postée sur Youtube

 

Traduction

 

Seïf al-Islam : "Je ne vous demande qu’une seule chose, je veux que votre moral soit au beau fixe. Écoutez-moi mes frères : les forces ennemies colportent des rumeurs. Pour vous obliger à baisser les armes, ils disent que la police a rejoint les émeutiers. Aujourd’hui, nous leur montrerons que la police est avec la Libye."

La foule : "Dieu est grand ! Levez vos armes !"

Seïf al-Islam : "Vous aurez l’appui qu’il faut, les moyens, les armes. Tout est au point."

La foule : "Dieu, Mohammed, la Libye et c’est tout !"

Seïf al-Islam : "C’est votre pays ! Il faut leur montrer de quel bois on se chauffe !"

La foule : "Le peuple veut Mouammar comme leader !"

Seïf al-Islam : "Ce ne sont que des gamins ! Ils ne peuvent rien faire !"

"La Libye, avec la complicité de certains médias et hommes politiques européens, a vendu une image très positive de Seïf al-Islam"

Hassan Aldjahmi est un opposant libyen exilé en Suisse.

 

Cette vidéo prouve bien que le gouvernement libyen est en position de faiblesse. Seïf al-Islam cherche à galvaniser les policiers en démentant les informations selon lesquelles beaucoup des leurs ont rejoint les manifestants.

 

Voir cet homme haranguer la foule avec une kalachnikov à la main a sans doute étonné beaucoup d’internautes étrangers, de même que ses discours très agressifs depuis le début de la révolte. Il faut dire que la Libye, avec la complicité de certains médias et hommes politiques européens, a vendu une image très positive de cet homme. On le présentait comme un homme moderne, ayant fait ses études en Autriche et en Angleterre. Une personne ouverte et plus sensible aux questions de la démocratie et de droits de l’Homme que son père. Beaucoup de journaux et de magazines européens en avaient fait la figure de la future Libye, plus jeune et plus dynamique. Mais toute cette mascarade n’était destinée qu’à assurer une transition pacifique au sein de la même famille, avec la bénédiction occidentale.

 

Les Libyens, eux, ne sont pas du tout étonnés de son discours ni du rôle qu’il a joué jusque-là. D’abord, chacun de nous sait l’implication des enfants de Kadhafi dans la politique de leur père. Chacun d’entre eux a une milice à son nom, y compris sa fille Aïcha. Seïf al-Islam s’est toujours imposé comme l’héritier de son père. Cela fait aussi quelques années qu’il est responsable de tout ce qui touche à la communication officielle de la Libye. Il possède trois chaînes de télévision ainsi qu’une agence de presse Libya Al Ghad [La Libye demain].

 

On sait bien que les chiens ne font pas des chats. Avec les récents événements, Seïf al-Islam a montré au monde son vrai visage."

 

 

Billet rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à France 24