Alors que la Côte d’Ivoire connaît un regain de violences, les femmes de Treichville, une commune pro-Ouattara d’Abidjan, ont résisté aux armes de la garde républicaine, acquise à Laurent Gbagbo. Au cours d’une manifestation organisée jeudi après-midi, ces Ivoiriennes en colère ont obtenu gain de cause, sans mort ni blessure. Pour intimider les policiers, certaines d'entre elles ont été jusqu'à se dénuder, signe de malédiction en Afrique. 
 
En appelant, le 17 février, ses partisans à se soulever sur le modèle des révoltes du monde arabe, Guillaume Soro, le Premier ministre d’Alassane Ouattara, a mis le feu aux poudres. Depuis trois jours, des combats entre partisans des deux camps éclatent dans l’ouest du pays, mais aussi dans plusieurs quartiers d’Abidjan, comme à Abobo, Koumassi et Treichville. Le même scénario se répète dans chacune de ces communes : les rues sont barrées par des barricades de fortune, les jeunes se rassemblent pour manifester et les Forces de défense et de sécurité (FDS) dispersent la foule par des tirs de kalachnikovs et de lance-roquettes.
 
À Treichville, les femmes pro-Ouattara ont décidé d’entrer dans la partie. Après deux jours d'affrontements violents dans les rues du quartier, elles se mobilisent pacifiquement depuis jeudi, défiant les policiers de la garde républicaine. 
 
Les femmes de la commune de Treichville sont descendues dans les rues, jeudi et vendredi après-midi, pour manifester contre les exactions commises par les FDS de Laurent Gbagbo. Vidéo tournée par notre Observateur AldoLaClass vendredi 25 février dans l'après-midi. 

"Nous n’avions pas peur, c’était notre mort ou la libération de nos proches"

Aurosita (pseudonyme), mère de famille de 33 ans, habite Treichville.
 
L’élément déclencheur a été cette descente de la garde républicaine mercredi après-midi. Des policiers ont forcé l’entrée des cours de nos maisons, ont utilisé des gaz lacrymogènes pour faire sortir les familles dans la rue. Une fois dehors, plusieurs personnes ont été battues puis arrêtées et embarquées dans les fourgons des forces de l’ordre. Entre 20 et 30 personnes étaient enfermées, mercredi soir, au quartier général de la garde républicaine.
 
Nous, les femmes de la commune, avons décidé d’organiser une action forte pour libérer nos maris et nos enfants. Jeudi matin, nous nous sommes rassemblées à 11 heures dans la rue. Sifflets à la bouche, armées d'ustensiles de cuisine, nous avons marché mercredi après-midi dans tout le quartier pour manifester contre les violences et les enlèvements commis par les FDS. Je pense que nous étions près de 500. Un véhicule de la garde républicaine nous suivait.
 
Photo prise par notre Observateur AldoLaClass, jeudi 24 février. 
 
"On leur criait : 'Tirez-nous dessus, qu’on en finisse !' Et puis, nous nous sommes déshabillées…"
 
Assez rapidement, une dizaine de fourgons de policiers nous ont encerclées. Nous étions arrivées sur l’avenue principale du quartier, celle qui mène au quartier général de la garde républicaine, que nous avions décidé de rejoindre. Des hommes armés jusqu’aux dents bloquaient le cortège des deux côtés. Alors, nous nous sommes assises par terre. On leur criait : "Tirez-nous dessus, qu’on en finisse !". Nous n’avions pas peur, c’était notre mort ou la libération de nos proches. Et puis nous nous sommes déshabillées. Chacune de nous, les vieilles et les jeunes, a soulevé son pagne pour montrer son sexe ! En Afrique, la nudité de la femme est signe de malédiction. Nous avons pris le pouvoir parce que les hommes de Laurent Gbagbo partaient en courant en nous voyant nues.
 
Photo prise par notre Observateur AldoLaClass, jeudi 24 février.
 
"Le sang a tellement coulé que nous n’avons plus rien à perdre"
 
Le commissaire de police de Treichville a accepté d’entamer un dialogue avec nous. Notre représentante a expliqué que nous ne bougerions pas tant que nos proches n’auraient pas été libérés. Après un long moment de tergiversations, toutes les personnes arrêtées la veille ont été libérées vers 16 heures, jeudi après-midi. Ce vendredi, nous sommes retournées dans la rue et nous sommes en train de réfléchir à une marche qui rassemblerait les femmes des onze communes d’Abidjan. Le sang a tellement coulé que nous n’avons plus rien à perdre. Nous n’avons plus peur. Ce sont les femmes qui libèreront la Côte d’Ivoire."
 
Photo prise par notre Observateur AldoLaClass, jeudi 24 février.
 
 
Billet rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24.