LIBYE

Les insurgés de Benghazi reprennent une "vie normale"

 Voilà trois jours que Benghazi, ville de l’est libyen où la fronde anti-Kadhafi a commencé, est passée aux mains des insurgés. Tentant de reprendre une vie normale, les habitants retournent travailler, nettoient les rues et soignent leurs blessés.

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Des groupes de jeunes nettoient les rues de Benghazi. Photo publiée par a7fadhomar sur Flickr. 

 

Voilà trois jours que Benghazi, ville de l’est libyen où la fronde anti-Kadhafi a commencé, est passée aux mains des insurgés. Tentant de reprendre une vie normale, les habitants retournent travailler, nettoient les rues et soignent leurs blessés.

 

Alors que la répression meurtrière se poursuit à Tripoli, l’entraide et la sécurité semblent régner à Benghazi. Le discours haineux prononcé la veille par Mouammar Kadhafi n’a pas alarmé ses opposants de l’est. Une semaine après le soulèvement de la ville, les insurgés rassemblent les armes qui traînent dans la rue et crient leur victoire en agitant des drapeaux tricolores. Le drapeau rouge-vert-noir était celui de la Libye avant le coup d'état de Mouammar Kadhafi en 1969 contre le roi Idriss Ier. Pour les Libyens, il symbolise aujourd'hui l'indépendance. 

"Contrairement à ce qu’a dit Kadhafi dans son discours, nous voulons un pays démocratique, avec des droits et une constitution"

Fatima Agiela est inspectrice en charge des affaires scolaires.

 

Les jeunes font un travail extraordinaire. Des groupes de volontaires nettoient les rues, les agents de circulation organisent le trafic, les banques et les pharmacies rouvrent progressivement. Nous sommes en train de déblayer des bâtiments pour que nos enfants reprennent l’école au plus vite. Tous les habitants sont solidaires pour reprendre une vie normale. Mon boulanger distribue même son pain gratuitement !

 

Les agents de la ville régulent le trafic qui reprend progressivement à Benghazi. Photos publiées sur Klickr par a7fadhomar.

 

"Il y a encore beaucoup de blessés en attente de soins à l'hôpital"

 

L’hôpital de Benghazi, où travaille ma sœur en tant que médecin, est ravitaillé depuis trois jours en médicaments, en provenance de la frontière égyptienne. Des Libyens de l’étranger, grâce au soutien des Égyptiens, ont organisé le transfert. Cette aide nous est très précieuse, parce qu’il y a encore beaucoup de blessés en attente de soins à Benghazi.

 

Les médicaments, qui pourraient être arrivés par convois de ravitaillement par la frontière égyptienne, sont stockés. Photo publiée sur Flickr par a7fadhomar

 

"Des étudiants en médecine essayent depuis deux jours d'inciter les infirmiers étrangers à rester"

 

Beaucoup d’infirmiers et d’infirmières étrangers travaillent à l’hôpital. Ils viennent d’Inde ou du Pakistan [selon les autorités indiennes, près de 3000 Indiens vivent à Benghazi, où ils sont employés principalement dans le secteur hospitalier et dans l'automobile]. Mais la plupart ont prévu de quitter le pays par la mer et attendent au port que des navires viennent les chercher [de nombreux pays organisent des évacuations massives par mer, avec des ferries qui passent par le port de Benghazi. Près de 3000 Turcs ont embarqué à bord de ferries arrivés le 23 février au matin dans le port de Benghazi]. Je veux que l'on sache que Benghazi est en paix aujourd’hui. La ville s’est vidée des militaires, il n'y a plus de coups de feu, il n’y a plus rien à craindre ! Des étudiants en médecine essayent depuis deux jours d'inciter les infirmiers étrangers à rester. À l'hôpital, il y a du travail pour tout le monde !

 

Une ambulance qui, selon traduction, appartient à l'université. Elle est garée au port de Benghazi où patientent les étrangers qui attendent d'être évacués de Libye. Photo publiée par a7fadhomar sur Flickr

 

"Nous rejetons tout ce qu'a pu asséner Kadhafi dans son discours"

 

Aujourd’hui, ce qui préoccupe tous les habitants de Benghazi, c’est l’ouest de la Libye. Depuis ce matin, des centaines de volontaires sont rassemblés dans le centre-ville pour soutenir leurs frères et sœurs de Tripoli [selon un tweet de Richard Dengel, journaliste de NBC qui est en Libye, on parlait mardi après-midi de la "marche du million"]. Ils ont prévu d’aller marcher sur Tripoli. Mes deux frères sont prêts à mourir pour que la capitale tombe, comme le reste des villes de l’est [mercredi 23 février, l'est du pays n'est plus sous le contrôle du gouvernement selon le chef de la diplomatie italienne]. Nous rejetons tout ce qu’a pu asséner Kadhafi dans son discours : ni la guerre civile, ni les islamistes ne menacent la Libye. Nous voulons un pays démocratique, avec des droits et une constitution."

 

Au port de Benghazi, les étrangers attendent les ferries pour quitter le pays. Selon nos Observateurs, le manque de travail serait la principale motivation de leur départ. Photo publiée par a7fadhomar sur Flickr. 

 

Billet rédigé en collaboration avec Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24.