Les femmes occidentales auraient chacune environ 22 vêtements qu’elles n’ont jamais portés dans leur garde-robe. Pourtant, elles se plaignent sûrement de "n’avoir rien à se mettre". Pour ne plus se retrouver dans cette situation ridicule, l‘Américaine Kirsty Powell a pris une mesure drastique : porter la même robe noire pendant un an.
 
Kirsty a commencé son "sevrage de la mode" le 3 janvier dernier. Plus qu’un simple choix esthétique, cette "protestation de la robe unique" est pour elle un acte de militantisme citoyen. Sur son blog, Kirsty explique que c’est une façon de "défier la manière dont l’identité des gens est construite à travers leurs vêtements" et de dénoncer le consumérisme occidental qui porte atteinte au développement durable.

"Même si nos vêtements sont vendus partout dans le monde, nous pensons qu’ils sont une expression de notre personnalité…"

Kirsty Powell est thérapeute, elle vit dans le Connecticut. Elle tient le blog One Dress Protest
 
Ma robe a été dessinée par les femmes du Uniform Project, une association qui crée une mode à but non-lucratif et qui fabrique des vêtements "élégants, durables et socialement responsables". C’est une création simple, polyvalente et multifonctionnelle. Le devant de cette petite robe noire peut également être porté à l’arrière. En fonction de la météo ou des circonstances, je l’accessoirise de différentes façons. Parce qu’il existe peu d’usines respectueuses de l’environnement aux États-Unis, le Uniform Project a utilisé de la fibre venue d’Inde. J’étais déçue de ne pas trouver une robe fabriquée dans un rayon de moins de 250 kilomètres, ici, dans le Connecticut. Mais je suis très contente de celle-ci. Quand je ne la porte pas - par exemple lorsque je me change pour mes exercices physiques - elle me manque très vite.
L’une des conséquences inattendues de ma démarche a été de développer ma confiance en moi en public. Et ce en grande partie parce que, chaque jour, je choisis de me satisfaire de moi-même et non pas de ce que je porte.
 
 
“J’essaie d’attirer l’attention sur le fait que notre façon de consommer est nuisible à la conscience de soi et porte atteinte à l’environnement”
 
 
La première fois que j’ai fait part de ce projet à mes amis et à ma famille, la plupart ont été choqués et très troublés. Mais une fois que j’ai expliqué mon objectif, à ma grande surprise, ils m’ont soutenue. Certaines personnes qui me connaissent moins bien ont réagi plus durement. Ils semblaient penser que je faisais cela uniquement pour attirer l’attention sur moi. Mais à travers cette protestation, j’essaie d’attirer l’attention sur le fait que notre façon de consommer est nuisible à notre conscience de nous-mêmes et qu’elle porte atteinte à l’environnement.
 
L'un des aspects les plus intéressants de cette expérience a été de découvrir la réaction des personnes que je rencontre chaque jour (collègues, connaissances), mais qui ne connaissent pas encore mon projet. Quand j’en parle pour la première fois avec eux, ils sont visiblement soulagés. Ils avouent qu’ils avaient remarqué que je portais la même robe chaque jour, mais qu’ils n’avaient pas osé faire de remarques à ce sujet…
 
 
 
 
 
Nous, les Américains, nous croyons que nous nous sommes faits nous-mêmes, que nous sommes de véritables individus. Il semble qu’il existe un accord implicite sur le fait que notre garde-robe est une extension de nous-mêmes. Et même si nos vêtements sont vendus partout dans le monde, nous pensons qu’ils sont une expression de notre personnalité. C’est ce type de sujet que je soumets à la réflexion.”
 
 
  Toutes les photos ont été postées par Kirsty Powell.