LIBYE

Dans une ville de l’est de la Libye, la police se serait rangée du côté des manifestants

 Depuis trois jours, les villes libyennes de Benghazi, Derna et Ajdabia défient l’autorité de Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans. Notre Observateur affirme qu’à Al-Baïda, la police locale a rallié les manifestants pour chasser de la ville des forces envoyées par le régime.  

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Benghazi, la ville frondeuse, le 18 février 2011. Photo publiée sur libyafeb17.com

 

Depuis trois jours, les villes libyennes de Benghazi, Derna et Ajdabia défient l’autorité de Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans. Notre Observateur affirme qu’à Al-Baïda, la police locale a rallié les manifestants pour chasser de la ville des forces envoyées par le régime.

 

L’appel au "jour de la colère" lancé sur Facebook le 28 janvier dernier a d’abord fait écho le 16 février à Benghazi, bastion de la révolte libyenne. D’autres villes du nord-est du pays ont ensuite rejoint la fronde. Selon plusieurs sources, Derna, Ajdabia et Al-Baïda seraient passées, le 18 février, sous contrôle des manifestants anti-gouvernementaux. Le guide suprême a toutefois promis une "riposte foudroyante".

 

Les comités révolutionnaires, piliers du régime déployés dans tout le pays, ont déjà ouvert le feu sur les manifestants les 17 et 18 février. Selon un premier rapport de l’organisation Human Rights Watch, vingt-quatre personnes ont été tuées dans la seule journée du 17 février à travers le pays dans des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre.

 

Sur Twitter, les internautes libyens parlent de connexions Internet difficiles, de leur peur d’avoir leur ligne téléphonique surveillée et du manque de moyens médicaux dans les hôpitaux des villes frondeuses du nord-est. Nombreux espèrent que "l’effet domino de la liberté" emportera aussi Tripoli, la capitale.

"Les médias parlent d’une dizaine de morts à Al-Baïda, mais au moins trente manifestants ont été tués"

Hassan Al-Djahmi, Libyen exilé en Suisse depuis 10 ans, est le créateur de la première page Facebook qui a appelé à une "journée de colère" jeudi 17 février. Il publie des informations sur les manifestations grâce à son réseau de contacts dans différentes villes du pays.

 

Saif al Al-Islam Kadhafi [le fils de Mouammar Kadhafi] a donné l’ordre de réprimer les manifestations à Al-Baïda. Il a fait appel à ses forces les plus fidèles, qui ont tiré dans la foule pour la disperser. Je sais que les médias parlent d’une dizaine de morts, mais au moins trente manifestants ont été tués [les agences donnent un bilan d’au moins quatorze morts, NDLR]. Mais au cours de la journée [le 17 février], les policiers locaux se sont ralliés aux manifestants. Ils les ont protégés des hommes de Saif al-Islam et leur ont promis d’assurer leur sécurité.

 

Sur Twitter, des internautes se sont inquiétés du manque de moyens médicaux à l'hôpital d'Al-Baïda. Vidéo postée sur Facebook

 

"Des mercenaires africains ont été recrutés en renfort par le régime de Kadhafi"

 

Des mercenaires ont été recrutés en renfort par Saif al-Islam Kadhafi. Comme ils sont noirs, je pense qu’il pourrait s’agir d’Africains [Mohammed Ali, vice-président du Front national pour le salut de la Libye, basé à Londres, affirme que des mercenaires d’origine tchadiennes et mauritaniennes étaient présents à Al Baïda jeudi 17 février].

 

Mais les manifestants et les policiers étaient plus nombreux que les mercenaires et les forces pro-Kadhafi. Ils ont réussi à les faire fuir hors de la ville. On m’a dit qu’ils se seraient réfugiés dans la forêt [la forêt d’Alwasaitah se situe à moins de cinq kilomètres d'Al-Baïda].

 

"Les manifestants ont mis le feu à la piste de l’aéroport, pour empêcher que des avions envoyés en renfort par le gouvernement puissent atterrir"

 

Les manifestants anti-gouvernementaux ont pris le contrôle d’Al-Baïda [Gioumma el-Omami, de l'organisation Solidarité et défense des droits de l'homme et Fassi al Warfali, du Comité libyen pour la vérité et la justice, ont confirmé à l’agence de presse Reuters que le régime de Kadhafi avait perdu le contrôle de la ville]. En fin d’après-midi, les manifestants ont pénétré La-Abraq, l’aéroport d’Al-Baïda, qui sert de terrain d’atterrissage pour l’armée. Ils ont mis le feu à la piste pour empêcher que des avions envoyés en renfort par le gouvernement puissent atterrir. Aujourd’hui encore, l’aéroport est complètement hors service."

 

ATTENTION, CES IMAGES PEUVENT CHOQUER.

 

A l'hôpital d'Al-Baïda, les corps des victimes sont mis dans des frigidaires. Vidéo postée sur Facebook. 

 

Billet rédigé en collaboration avec Peggy Bruguière, journaliste à France 24.