ITALIE

Machisme d'État en Italie : "Le modèle proposé aux petites filles, c'est celui de la call-girl!"

 Dimanche, des milliers de femmes italiennes sont descendues dans les rues pour crier "L’Italie n’est pas un bordel". Derrière la polémique sur un énième scandale sexuel impliquant Silvio Berlusconi, nos Observatrices nous parlent d’une Italie assez machiste.

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Dimanche 13 fevrier à Florence, une manifestante porte un photo-montage reprenant la formule de Marthin Luther King "I have a dream" ( "j'ai fait un rêve", NDLR) en imaginant le chef du gouvernement italien recevant un coup de botte dans l'entrejambe. Photo publiée sur le profil Flickr de Adrianobonc.

 

Dimanche, des milliers de femmes italiennes sont descendues dans la rue pour crier "L’Italie n’est pas un bordel". Derrière la polémique sur un énième scandale sexuel impliquant Silvio Berlusconi, nos Observatrices nous parlent d’une Italie assez machiste.

 

Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi sera jugé à partir du 6 avril à Milan pour le "Rubygate". Il est accusé d'avoir payé une prostituée mineure et d'avoir abusé de sa fonction en sa faveur. Il risque jusqu’à trois ans de prison et le récit détaillé de ses soirées fines supposées font les gros titres de la presse mondiale depuis des semaines.  

 

Slogans anti-Berlusconi à Francfort appelant à sa démission. Vidéo publiée sur le profil YouTube de Kleineaple.

 

Dimanche des centaines de milliers de femmes sont descendues dans les rues à Rome, Milan, Palerme, Gênes et devant certaines ambassades italiennes à l’étranger - comme ci-dessus, en Allemagne - pour dénoncer une « dictature des gros seins » selon l’expression de Lorella Zanardo, auteur de "Il Corpo Delle Donne", un essai sur l'image des femmes dans les médias. Au-delà de ses frasques personnelles et de la piètre image de la femme véhiculée par son empire médiatique, Silvio Berlusconi est pour nos Observatrices l’homme qui personnifie le mieux et maintient le plus gravement un machisme latent en Italie.

Billet écrit en collaboration avec Paul Larrouturou, journaliste.

Un orchestre de manifestants installé Piazza del Popolo à Rome interprète le requiem de Mozart "Dies Irae". Vidéo publiée sur le profil YouTube de Sissi3164.

 

 

 

"Ni sainte, ni pute, je suis une femme libre."

 

 

"L'italie n'est pas un bordel".

 

 

"Je suis une femme sujet" revendique cette femme en réaction au matraquage télévisuel de femmes-objets en Italie.  Photos publiées sur le profil Flickr de g_u evaporato.

 

 

"Le modèle proposé par la télé aux petites filles n’est plus la princesse mais la call-girl! "

 

Raf' est styliste à Milan et Paris.

 

Si les femmes sont descendues dans la rue aussi nombreuses dimanche, ce n’est pas seulement car elles sont horrifiées par ces révélations sur les coucheries d’un vieux pervers puissant avec des mineurs perdues. Les manifestantes ont déroulé des pelotes de laine pour symboliser le réseau des femmes qui se dressent face à tout un système pourri. Mais les problèmes : c’est à dire la mafia, les hommes politiques corrompus et la vulgarité ambiante forment aussi un énorme noeud inextricable. En s’accrochant au pouvoir depuis tant d’années, Berlusconi est parvenu à combiner tous les maux pour le pays.

 

Le moteur de ce sexe tarifé, c’est également la misère sociale.

 

En période de crise comme en période de guerre, les femmes sont les premières exposées à la crise pour soutenir leurs hommes dans tous les sens du terme.

 

De plus, comme le montrent les conversations téléphoniques entre les jeunes filles ayant participé aux orgies supposées de Berlusconi et leurs parents, le moteur de ce sexe tarifé, c’est également la misère sociale.

 

Sous l’influence de Mediaset, le groupe audiovisuel de Berlusconi, la télévision italienne est devenue la pire du monde. Pourtant, tous les Italiens la regardent. Elle est omniprésente. Or le message qu’elle véhicule est dangereux. En pleine journée, des femmes quasiment nues qu’on appelle des “Veline” se tortillent sous les yeux d’enfants particulièrement exposés. Le modèle proposée aux petites filles n’est plus la princesse mais la call-girl ! Berlusconi a contaminé l’imagination collective. Et je n’ai plus qu’un seul mot à dire à son système : démission !

 

 

"En Italie, il est encore acceptable de dire certaines choses impossibles dans d’autre pays."

Cynthia Martens vit à Milan depuis quatre ans.

 

Attentions aux généralisations excessives, tous les hommes italiens ne sont pas machos. Beaucoup sont vraiment galants et attentifs aux femmes. Ils tiennent plus de portes et offrent plus de fleurs aux femmes que dans bien des pays.

 

Là où cela commence à devenir gênant, c’est que dans dans la vie de tous les jours, il y a une importance extrême accordée à la beauté.En Italie, le premier qualificatif pour évoquer une femme est toujours lié à son physique. Cela peut paraître anodin mais c’est un premier pas vers une mentalité selon laquelle une femme est un corps et non pas un cerveau.

 

Certains hommes sont condescendants avec les femmes.

 

Dans toute l'Italie, certains hommes sont condescendants par rapport aux femmes mais le machisme concerne beaucoup plus le Sud que le Nord du pays. En Sicile par exemple, je connais quelqu’un dont l’amie a été très sévèrement battue par son frère pour une broutille. Personne n’a rien fait car pour beaucoup, il est normal qu’un frère mette une raclée à sa petite soeur.

 

En Italie, il est encore acceptable de dire certaines choses impossibles dans d’autre pays. Berlusconi est le plus triste des représentants de ce sexisme. Je pense notamment à cette incroyable tirade du président du Conseil concernant le viol des femmes. Comme si tous les hommes italiens étaient des bêtes !

 

Dimanche, il y avait vraiment beaucoup de femmes dans la rue pour dire bien fort "Basta" à Berlusconi et son entourage. Je doute un peu qu'ils partent vraiment mais il y a de l’espoir.

 

 

 

A Milan, les manifestantes (accompagnées de manifestants) ont déroulé des pelotes de laines de toutes les couleurs pour symboliser l'union de leurs forces contre le système Berlusconi (mêlant vulgarité, paternalisme et machisme) auxquelles elles sont confrontées. Photo publiée sur le prolif Flickr de Metella Merlo.