ITALIE

Vivre sur un volcan actif, "c'est plutôt sympa !"

 Notre Observateur habite sur le versant sud-est du mont Etna, le volcan le plus actif du continent européen. Il a filmé les coulées de lave qui ont jailli de la bouche du volcan dans la nuit du 12 au 13 janvier. Il nous explique pourquoi, malgré le danger potentiel, il aime vivre dans cette zone à risque.

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Notre Observateur habite sur le versant sud-est du mont Etna, le volcan le plus actif du continent européen. Il a filmé les coulées de lave qui ont jailli de la bouche du volcan dans la nuit du 12 au 13 janvier. Il nous explique pourquoi, malgré le danger potentiel, il aime vivre dans cette zone à risque.

 

L’éruption du volcan a donné naissance à une colonne de cendres s'élevant à 7 000 mètres d'altitude, contraignant les autorités à fermer l’aéroport international de Catane dans la nuit de mercredi à jeudi. Le trafic aérien a repris normalement jeudi matin.

 

Vidéos tournées par notre Observateur, postées sur sa chaîne YouTube.

"J’apprécie de vivre dans un endroit où je peux voir de belles éruptions"

Boris Behncke est vulcanologue à l’Institut de géophysique et de vulcanologie d’Italie (INGV).

 

J’habite dans le bourg de Trecastagni, sur le versant sud-est de l’Etna, à environ 15 km de la bouche du volcan. C’est une petite ville de 10 000 habitants, mais le nombre total de personnes vivant dans la zone dite 'à risques' s'élève à un million de personnes.

 

Il y a très peu de chances pour que l’Etna connaisse à nouveau de violentes explosions, c’est un vieux volcan qui a dépassé son pic d’activité.

 

En revanche, les habitants du coin sont sûrs d’être témoins d’une éruption de faible à moyenne intensité - dite 'éruption strombolienne' - au moins une fois dans leur vie. Ces 15 dernières années, il y a eu environ 200 éruptions stromboliennes, dont 60 durant la seule année 2000 : on aurait dit que l’Etna voulait célébrer le nouveau millénaire à sa façon !

 

C’est donc relativement fréquent et ceux qui habitent ici de longue date y sont habitués. À vrai dire, on aime plutôt bien. Le grondement qu’on entend avant chaque coulée de lave, parfois suivi d’un léger tremblement, nous est  familier. Personnellement, je trouve les éruptions très belles, j’aime les regarder, les filmer. J’apprécie de vivre à un endroit où j’ai cette chance.

 

"Les éruptions latérales sont plus dangereuses, mais plus rares"

Ce qui est potentiellement plus dangereux, mais aussi beaucoup plus rare, ce sont les éruptions latérales. C’est ce qui arrive quand la montée de lave ne jaillit pas de l’un des quatre cratères situés au sommet du volcan, mais quand la pression souterraine est telle qu’elle provoque un déchirement du flanc de la montagne. Dans ce cas, la lave coule de façon imprévisible et a des chances de passer sur des zones habitées, voir densément peuplées. Il y a plus de 300 ans, en 1669, une éruption latérale a rasé 14 villages. La coulée de lave a atteint Catane cinq semaines plis tard, laissant aux habitants de la ville le temps de fuir. La dernière éruption de ce type s'est produite en 1981 : la coulée de lave est passée à moins d’un kilomètre de la ville de Randazzo. Heureusement, les habitants ont été évacués et il n’y a pas eu de victimes. En realité, en plus de 2,500 ans, l'Etna a tué moins de 100 personnes. C'est pour ça que les gens d'ici le surnomment le "volcan gentil"!

 

Au centre de vulcanologie, notre travail notre travail consiste à essayer de prévoir ces scénarios catastrophes. Nous créons des simulations numériques qui envisagent les différentes possibilités de coulées de lave, et transmettons ces données à la protection civile [service de gestion des catastrophes naturelles en Italie] pour qu’elle élabore des plans d’évacuation. L’idée est d’obtenir les plans d’évacuation les plus efficaces et précis possibles, pour que les gens ne soient pas déplacés pour rien, mais que leurs vies soient protégées."