TUNISIE

Les rues contrôlées par des "citoyens soldats"

4 mn

 Des pilleurs ont profité de la période de transition ouverte par le départ du président Ben Ali pour s’attaquer à des maisons et à des supermarchés. Par ailleurs, des rumeurs sur de prétendues milices à la solde du pouvoir déchu prêtes à terroriser la population se propagent. Dans ce climat de peur, des comités de quartier ont érigé des barricades dans plusieurs villes de Tunisie pour fouiller les véhicules.  

Publicité

 

Des pilleurs ont profité de la période de transition ouverte par le départ du président Ben Ali pour s’attaquer à des maisons et à des supermarchés. Par ailleurs, des rumeurs sur de prétendues milices à la solde du pouvoir déchu prêtes à terroriser la population se propagent. Dans ce climat de peur, des comités de quartier ont érigé des barricades dans plusieurs villes de Tunisie pour fouiller les véhicules.

 

Une rumeur impute les pillages aux milices du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti au pouvoir, et à la police présidentielle. Ces groupes auraient intérêt à semer le chaos pour favoriser le retour du président Ben Ali. Des bruits renforcés par l’arrestation, le 15 janvier, de l'ex-directeur de la sécurité présidentielle, Ali Seriati, que la rue a interprété comme le signe qu'il était le responsable des pillages.

 

En réaction, des comités de quartier ont été créés. Des initiatives citoyennes soutenues par l’armée, qui a mis en place des numéros d’appel pour prévenir lorsque des voitures suspectes ou des individus armés sont repérés.

 

Pourtant, à l'exception de quelques incidents isolés, il n’a pas été établi que les pillages sont le fait de forces restées fidèles au président Ben Ali. En revanche, les contrôles de voitures organisés par les comités de quartier peuvent mal tourner. Dimanche, un groupe de chasseurs suédois a été passé à tabac à un barrage improvisé. Ils étaient accusés par la foule d’être des "terroristes étrangers" parce que des fusils avaient été trouvés dans leur véhicule...

 

La camionette d'un comité de quartier. Photo envoyée par l'un de nos Observateurs.

 

Fourgon de police stationé devant un supermarché, à Sousse (140 km au sud de Tunis). Deux pilleurs sortent du supermarché avec des sacs remplis. Rien ne prouve cependant qu'il s'agit de policiers.

"Ils n’ont que des armes de fortune : barres de fer, bâtons..."

Rym.BS, lycéenne, habite dans la banlieue nord de Tunis. Elle a filmé l’un de ces comités de quartier en action.

 

Ces comités se sont formés spontanément. Il y a des hommes et des femmes, mais ce sont surtout les jeunes qui se mobilisent. Les gens se relayent tout au long de la journée sur les barricades. Il peut y avoir jusqu’à une centaine de personnes. Dans ma rue, ils sont à peu près trente.

 

Ils fouillent minutieusement toutes les voitures qui passent. L’ambiance est bon enfant : il y a des vidéos où on les voit chanter et danser ! Reconnaissants, les habitants leur apportent parfois de quoi manger ou du tabac. On passe aussi pas mal de temps à discuter avec eux depuis nos fenêtres. Ils n’ont que des armes de fortune : barres de fer, bâtons, etc.

 

L’armée est toujours derrière nous. Ses hélicoptères sillonnent le ciel et rassurent la population. Elle coordonne ses actions avec les membres des comités de quartier. Un code vestimentaire a été instauré pour qu'ils puissent être reconnus. Certains portent des brassards 'citoyen-soldat', comme à Sousse.

 

Certes, ce n’est pas encore le retour à l’état normal ici, mais on constate tous un formidable élan de solidarité. Même les divergences politiques n’arrivent pas à nous scinder. Et c’est en continuant à être solidaires que nous nous en sortirons."

 

Une voiture passée au peigne fin à l'entrée d'un quartier. Vidéo filmée par notre Observatrice.