TUNISIE

À Tunis, "les gens paniquent et font des provisions"

 Hier soir et pour la première fois, les violentes émeutes qui secouaient le pays ont gagné la ville de Tunis, où un couvre-feu a été déclaré. Les habitants de la capitale commencent même à faire des provisions, au cas où ils devaient vivre cloîtrés.  

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Des rayons dans un magasin situé à la périphérie de Tunis. Photo envoyée par notre Observatrice Sofia L.

 

Hier soir et pour la première fois, les violentes émeutes qui secouaient le pays ont gagné la ville de Tunis, où un couvre-feu a été déclaré. Les habitants de la capitale commencent même à faire des provisions, au cas où ils devaient vivre cloîtrés.

Mardi soir, dans les cités d’Ettadhamoun et d’El-Intilaka, situées à la périphérie de Tunis, de violents affrontements ont éclaté entre les forces de l’ordre et les manifestants. Des commerces et une banque ont été saccagés à Ettadhamoun, et un autobus y a été brûlé. Aujourd’hui, des troupes militaires ont été pour la première fois déployées dans le centre-ville alors que les manifestants se rassemblaient sur la place Mohammed Ali. La radio privée Mosaïque FM a annoncé dans la soirée qu'un communiqué du ministère de l'Intérieur ordonnait un couvre feu sur le Grand Tunis de 20 heures à 5h30 du matin.

Ni le limogeage du ministre de l’Intérieur par le président Ben Ali, ni l’intervention du Premier ministre ne semblent calmer les esprits. A Sfax, la deuxième plus grande ville du pays, la grève générale organisée aujourd’hui a été massivement suivie.

La manifestation d'aujourd'hui dans le centre de Tunis

Captures d'écran de vidéos envoyées par notre Observateur.

"Ce matin, les gens se sont rués sur les rayons de produits alimentaires"

Sofia (pseudonyme), étudiante, vit dans un quartier du gouvernorat de l'Ariana qui fait parti du Grand Tunis (le Grand Tunis englobe quatre gouvernorats : Tunis, Ben Arous, l’Ariana et La Manouba).

 

Différents quartiers de Tunis ont été pris de panique ce matin. Hier, des rumeurs évoquaient l'imminence d'un couvre-feu. Du coup, les gens ont cherché à se préparer à rester cloîtrés chez eux.

 

Je suis sortie dans mon quartier pour faire quelques courses et j’ai été surprise de constater que les commerçants vidaient leurs vitrines et baissaient leurs stores. J’ai essayé de parler à quelques employés. Ils étaient confus, disaient qu’ils devaient fermer, mais sans me donner les vraies raisons.

 

J’ai vu des boutiques de vêtements vider leurs stocks dans des camions pour éviter que les marchandises ne soient volées. Et dans les grandes surfaces, les gens se sont rués vers les produits alimentaires, qui devaient être constamment réapprovisionnés.

Je voulais aller du côté du centre vers 14h, mais mes amis me l’ont fortement déconseillé. Tout le périmètre du centre-ville est bouclé par la police suite aux émeutes d’hier. Mais la sécurité a aussi été renforcée en prévision des manifestations organisées par le syndicat enseignant contre la suspension des cours par les autorités. La répression a été violente, l’armée a été déployée et on m'a dit qu'il y avait eu des tirs. "

 

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à France 24.