Les Guadeloupéens sont habitués aux fortes pluies tropicales, mais les précipitations torrentielles qui se sont abattues sur l'île le 4 janvier les ont pourtant pris par surprise. Cinq personnes ont été tuées, mardi, dans la ville des Abymes. Le pick-up tout terrain à bord duquel ils se trouvaient a été emporté par un torrent alors qu'ils essayaient de franchir un pont.
 
Selon le député maire de la commune, Eric Jalton, les victimes "ont fait preuve d'imprudence" en décidant de traverser le pont, recouvert par les eaux, "malgré les objurgations et les alertes de la plupart des personnes présentes".
 
Mais selon notre Observateur, les riverains auraient été plus prudents si des alertes météo sur les risques d'inondations avaient été émises à temps.

"Les gens auraient pris moins de risques s'il y avait eu des alertes météo"

Jérémy Edouard est directeur d’Antenne à Radio Martinique. Il est en vacances à Saint-François, ville balnéaire à l’est de la Guadeloupe, et a été témoin de la montée des eaux.
 
Il a commencé à pleuvoir dans la nuit de dimanche à lundi, puis ça ne s’est pas arrêté durant près de trois jours. C’était une très forte pluie diluvienne, comme on les connaît dans les îles : des gouttes énormes qui formaient un rideau à travers lequel on voyait à peine.
 
Météo France a eu tout faux pour les alertes, c’était n’importe quoi. Elle a annoncé un niveau d’alerte orange mercredi matin, alors qu’à l’heure où je vous parle [7h15, heure locale, GMT-4] le gros des pluies semble passé, et je vois même un peu de ciel bleu par ma fenêtre.
 
Leur principale erreur a été de ne pas annoncer une alerte jaune dès lundi. Eux-mêmes ont reconnu avoir sous-estimé la quantité de pluie qui est tombée de la nuit de lundi à mardi, et le risque de saturation des sols. Dans les îles, on est habitués à faire attention aux alertes – notre sécurité en période de cyclones et d’ouragans en dépend. Si Météo France avait prévenu de risques d’inondations, les gens auraient pris moins de risques, seraient moins sortis et auraient moins circulé.
 
"Jusqu’à mardi soir, on ne se rendait pas vraiment compte que la montée des eaux était si forte"

En fait, jusqu’à mardi soir, on ne se rendait pas vraiment compte que la montée des eaux était si forte. Saint-François n’était pas la ville la plus touchée, seule une route était fermée et on pouvait quand même circuler, très lentement. C’est seulement en entendant à la radio que des personnes étaient mortes noyées aux Abymes que je me suis rendu compte que les inondations devenaient dangereuses. Et effectivement, des résidents de l’hôtel ont commencé à arriver jusqu’à tard dans la nuit, expliquant qu’ils ont pris cinq ou six heures à parcourir des distances qui normalement se font en 45 minutes à cause des routes bloquées et des embouteillages.
 
Là aussi, si les gens avaient été prévenus et avaient prévu de rentrer plus tôt, la circulation aurait peut-être été plus fluide."
 
Le golf de Saint-François sous les eaux.
 
L'entrée de l'hôtel Manganao, d'où les touristes n'ont pas pu sortir durant plusieurs heures mardi. Photos: Jérémy Edouard.
 
 
Vidéo postée sur YouTube par ELIANE971.