Image extraite de la vidéo de notre Observateur, Francioly Timbo, postée sur YouTube
 
La communauté internationale suit jour après jour les rebondissements de la crise politique en Côte d’Ivoire. Les Abidjanais ont quant à eux à faire face à des problèmes très concrets : une ville jonchée d’ordures.
 
Cinq semaines après l’élection présidentielle, le traitement des déchets n’est plus une priorité dans un pays où deux présidents se disputent le pouvoir. Le problème n’est pas récent, mais l’impasse politique actuelle aggrave la situation. Dans certains quartiers, le ramassage des ordures est au point mort depuis deux semaines et la décharge d’Akouédo est fermée deux jours sur trois.
 
La décharge d’Akouédo, située dans le village du même nom à l’est de la ville, est depuis 1945 l’unique site de déversement d’ordures des treize communes d’Abidjan. Déjà en juillet dernier, les habitants d’Akouédo avaient exigé la fermeture de la décharge, estimant que l’Etat n’avait pas tenu ses engagements de dépollution, pris notamment après la catastrophe environnementale du cargo Probo Koala en août 2006. Laurent Gbagbo avait promis de réhabiliter le village, de dédommager les victimes des déchets toxiques et d’installer deux nouvelles décharges au nord et au sud d’Abidjan.
Billet rédigé en collaboration avec Peggy Bruguière, journaliste à France 24. 

"L’impasse politique dans laquelle on se trouve n’arrange pas les choses"

GilCIV est président d’une entreprise de collecte de déchets à Abidjan.
 
L’Etat sous-traite à des entreprises privées la collecte des ordures, mais la situation est aujourd’hui bloquée. La décharge d’Akouédo, dont dépendent les treize communes d’Abidjan, est fermée deux jours sur trois.
 
Le traitement des ordures à Abidjan est un problème compliqué qui ne date pas de l’élection présidentielle. Mais il est certain que l’impasse politique dans laquelle on se trouve n’arrange pas les choses, et les rues de certains quartiers ici en témoignent.
 
Concernant ma propre entreprise, mes activités sont financées à hauteur de 60% par l’Anasur (Agence nationale de la salubrité urbaine), un établissement public chargé du traitement et de la transformation des déchets. La Banque mondiale prend en charge les 40% restant. Mais cela fait un an que les autorités publiques ne payent plus leur part et le contrat avec la Banque mondiale a pris fin le 31 décembre 2010.
 
"Les réseaux, le lobbying et les conflits d’intérêts ont toujours dicté la gestion des déchets à Abidjan"
 
Nous ne voulons pas travailler gratuitement, sans contrat, sachant que l’Anasur nous doit des arriérés de paiement de près d’un milliard de francs CFA [1,5 million d’euros]. Les réseaux, le lobbying et les conflits d’intérêts ont toujours dicté la gestion des déchets à Abidjan. Il faut que ça change.

"Les enfants jouent au milieu des déchets, il y a un vrai danger sanitaire"

Francioly Timbo est étudiant à Abidjan.
 
Pendant que les pro-Ouattara et les pro-Gbagbo se disputent, Abidjan continue de ressembler à une poubelle. J’appelle les autorités de tous bords à réagir !
 
 
J’ai filmé cette vidéo le 2 décembre vers 16h. Ce centre de collecte d’ordures se situe en face de la fourrière de Yopougon, à côté de l’autoroute du nord. Il y a une odeur de pourriture sur un rayon de 200 mètres autour. Ce coin est très fréquenté, surtout par les jeunes parce qu’il y a un terrain de football pas très loin. Les enfants jouent au milieu des déchets, il y a un vrai danger sanitaire.
 
"Les tas d’ordures créent des embouteillages monstrueux"
 
Dans ce quartier, les ordures barrent un des accès à l’autoroute du nord. A Adjamé et à Treichville, les routes sont coupées en deux, où la circulation y est vraiment réduite, à cause des tas de déchets qui s’entassent ici et là. Les conducteurs sont obligés d’emprunter des sens interdits. La circulation est déjà difficile à Abidjan, mais tout ça crée des embouteillages monstrueux.
 
Normalement, des camions viennent deux fois par semaine chercher les ordures de la fourrière de Yopougon pour les amener à la déchetterie. Le ramassage des ordures a été arrêté il y a environ deux semaines, je ne sais pas tellement à quoi cela est dû. Il y a ce que j’appelle des collecteurs informels, qui passent avec des petits véhicules chez les particuliers pour ramasser leurs poubelles en échange d’un peu d’argent. Mais ils ne peuvent pas s’occuper de toutes les ordures de la ville.