EGYPTE

Attentat d’Alexandrie : "La police est toujours là pour réprimer, jamais pour protéger"

 Après l’attentat sanglant perpétré dans une église d’Alexandrie dans la nuit du 31 décembre 2010, les citoyens coptes d’Egypte se sentent plus vulnérables que jamais et dénoncent l’incurie des autorités.

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Policiers entourant un groupe de manifestants au Caire. Photo envoyée par notre observateur Mohamed D.

 

Après l’attentat sanglant perpétré dans une église d’Alexandrie dans la nuit du 31 décembre 2010, les citoyens coptes d’Egypte se sentent plus vulnérables que jamais et dénoncent l’incurie des autorités.

 

L’attentat à la voiture piégée a eu lieu à quelques jours du Noël orthodoxe prévu le 7 janvier. 23 personnes sont mortes et 79 autres ont été blessées dans l’explosion. Cette attaque ponctue une fin d’année sanglante pour les chrétiens d’Orient. Au-delà de l’émotion suscitée par cette violence, les familles des victimes expriment aujourd’hui leur colère puisqu'elles s'estiment mal protégées par les autorités égyptiennes. Pendant les funérailles des victimes, les remerciements adressés par l’Eglise orthodoxe au président Moubarak pour sa sollicitude ont d'ailleurs été hués par l’assistance.

 

La communauté copte d’Egypte est la plus importante communauté chrétienne d’Orient. Elle représente environs 10% de la population égyptienne (au total, près de 80 millions d’habitants).

 

Vidéo tournée juste après l'attentat d'Alexandrie.

"Les coptes ont le sentiment que leur vie n’a aucune valeur"

Deux choses expliquent la colère de la population contre le gouvernement. Il y a bien sûr le fait qu’en Egypte, les coptes ne se sentent pas du tout protégés par le gouvernement. En 2010, il y avait déjà eu un attentat le 6 janvier, à la veille de la fête de Noël orthodoxe [L’attaque perpétrée pendant la messe de minuit avait fait sept morts]. Et alors que cette plaie est encore ouverte, ils sont la cible d’une nouvelle attaque. Résultat, les coptes ont le sentiment que leur vie n’a aucune valeur. Ce sentiment est d’ailleurs partagé par d’autres Egyptiens. En 1992, le ministre de l’Intérieur a été limogé suite aux attentats de Louxor qui ont coûté la vie à des touristes. Jamais pareille sanction n’a été prise pour des incidents touchant les Egyptiens, quelle qu’en soit la gravité.

 

Parallèlement, cette police dont on déplore l’absence lors des attentats est en revanche massivement présente lors des manifestations au Caire. Dimanche soir, dans le quartier d’El Abassiya (quartier du Caire), une trentaine de manifestants ont été entourés pendant sept heures (de 18h30 jusqu’à une 1h30 du matin) par un cordon de sécurité d’une centaine de policiers. C’est du jamais vu !"

 

Manifestation du dimanche 2 janvier au Caire, entre le quartier Al Abassiya et Ramses. Photo publiée sur Twitter par Gsquare86

 

Accrochages avec les forces de l'ordre. Photo publiée sur Twitter par Gsquare86.

"La politique du gouvernement participe de la tension entre coptes et musulmans"

Ismail Alexandrani est militant pour les droits de l’homme à Alexandrie. Il a participé à une campagne de don du sang ainsi qu’à une manifestation pacifiste hier à Alexandrie en solidarité avec les victimes de l’attentat.

 

Nous avons choisi d’organiser cette campagne et cette marche avec des chrétiens et des musulmans en réponse aux médias qui se sont focalisés sur les accrochages entre ces deux communautés après l’attentat. Encore une fois, nos institutions mettent en avant la discorde entre les religions pour détourner l’attention du manque de protection de la minorité copte qui est pourtant la véritable cause de ce drame.

 

Les coptes sont convaincus d’être des citoyens de seconde zone. Et ce sentiment est entretenu par une politique de ségrégation officieuse. Même s’il n’existe aucune loi dirigée explicitement contre eux, ils ont des difficultés à accéder à certains postes. On trouvera toujours quelques responsables qui portent des noms coptes, comme par exemple les quelques députés qui siègent au Parlement, mais c’est de la poudre aux yeux et derrière il n’y a pas de véritable volonté de les intégrer. Et même quand le gouvernement cherche à résoudre le problème, c’est toujours dans une logique sécuritaire. Dimanche par exemple, les policiers ont laissé des jeunes musulmans et des jeunes chrétiens s’affronter pendant les manifestations pour ensuite les calmer à coup de bombes lacrymogènes. Les forces de l’ordre utilisent ensuite le fait que les musulmans sont plus nombreux comme un moyen de pression. Le message envoyé aux coptes est clair : vous êtes faibles et minoritaires et vous avez besoin de nous pour vous protéger. La police espère ainsi s’assurer que les coptes ne se révolteront jamais contre l’ordre établi. Mais les manifestations qui ont suivi l’attentat ont montré les limites de ce raisonnement : les slogans clamés visent désormais aussi bien le président que les ministres et, aujourd’hui, les appels à la démission se font de plus en plus pressants.

 

Notre police est toujours là pour mater les manifestants mais quand il faut assurer un minimum de sécurité dans une nuit comme le 31 décembre où les risques d’attentat sont très élevés, il n’y a plus personne. On voit bien quelles sont leurs priorités."

 

Manifestation pacifiste pour une solidarité entre coptes et musulmans égyptiens.

 

Don du sang pour les victimes de l'attentat devant la banque du sang d'Alexandrie.

 

"Musulmans et chrétiens, nous sommes tous égyptiens". Toutes les photos ont été prises par Nagui Daraz et publiées par Ismail Alexandrani sur son blog.