ÉTATS-UNIS

Au musée d’art contemporain de Los Angeles, on ne s’en prend pas aux soldats

 Les artistes et les défenseurs de la liberté d’expression sont vent debout contre la décision du musée d’art contemporain de Los Angeles (MOCA) de retirer une œuvre montrant des cercueils recouverts de dollars.

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Photo de Casey Caplowe. 

 

Les artistes et les défenseurs de la liberté d’expression sont  vent debout contre la décision du musée d’art contemporain de Los Angeles (MOCA) de retirer une œuvre montrant des cercueils recouverts de dollars.

 

L’artiste italien Blu avait été invité par le directeur du MOCA, Jeffrey Deitch, à peindre une œuvre murale dans le cadre d’une exposition "d’art de rue" début décembre. Mais lorsque Blu a dévoilé son œuvre, le directeur a vu rouge et l’a faite effacer immédiatement. Il a en effet considéré que l’image de cercueils recouverts de billets verts pourrait heurter les visiteurs des institutions voisines de son musée - le MOCA est situé à proximité d’un hôpital pour les vétérans de guerre et d’un mémorial en l’honneur des soldats américano-nippons.

 

L’artiste italien a dénoncé cette décision sur son blog, indiquant qu’il refusait de travailler sur une nouvelle œuvre, comme cela lui a été demandé par le MOCA. Selon lui, la question n’est pas de savoir si c’est un choix du commissaire de l’exposition ou une censure : "c’est un choix du commissaire de l’exposition qui aboutit à une censure".

 

Jeffrey Deitch s’est défendu en expliquant que l’artiste ne l’avait pas informé à l’avance du choix de son sujet. Il a par ailleurs rétorqué au LA Times qu’il "soutenait les arts contestataires au moins autant que les autres musées du pays", mais en tant que responsable d’une institution publique, il devait trouver "un équilibre entre défendre les artistes et prendre en compte les sensibilités de la communauté".

 

Video postée sur YouTube par JetSetGraffiti.

 

Billet rédigé en collaboration avec Lorena Galliot, journaliste à FRANCE 24. 

"Des musées comme le MOCA doivent séduire de puissants donateurs et organiser des expositions rentables"

Marc Schiller est un artiste de New York. Avec sa femme, il a fondé le Wooster Collective, un site internet qui expose les œuvres de nouveaux artistes.

 

Pour nous, le débat autour de cette peinture murale, ce n’est pas simplement se ranger du côté de Jeffrey Deitch ou de Blu.

 

Il est évident que plus le temps passe et moins nos musées parviennent à être à la hauteur de nos idéaux. Nous voulons et  espérons que les musées défendent notre liberté d’expression, qu'ils soient des lieux où une pensée provocatrice est possible. Nous voulons et  espérons également que les musées provoquent et inspirent le débat, et qu'ils ne soient  pas uniquement réduits à une finalité commerciale, qui n’apporte rien au débat public.

 

De moins en moins de musées sont à la hauteur de nos idéaux. Pour exister, des institutions comme le MOCA doivent séduire de puissants donateurs et organiser des expositions rentables, qui attirent les foules. Il devient vraiment rare que des musées proposent des expositions provocatrices qui font réfléchir et qui changent la société.

 

Le fait que le MOCA ait décidé de retirer l’œuvre de Blu ne laisse pas présager des choix audacieux pour les prochaines expositions.

 

Nous espérons que le débat autour de Blu, Deitch, du MOCA et de cette censure aidera les commissaires d’expositions et les artistes à être plus audacieux à l’avenir, dans le cadre d’expositions privées, puisque les institutions publiques ne le permettent plus. "

 

Lire l'intégralité du commentaire de Marc sur Wooster Collective blog.

 

 

Photo de Casey Caplowe.

 

 

Un artiste anonyme de L.A. a peint sur un mur le directeur du MOCA Jeffrey Deich habillé comme un ayatollah avec un rouleau de peinture blanche. Derrière lui est représenté un morceau du mur de Blu. Photo publiée sur Flickr by Joey Z1.

 

 

Image extraite du blog de Blu, où il réagit à la décision du musée de retirer son œuvre. 

 

 

Image extraite du blog de Blu avant la peinture murale. Il représente le MOCA par une cafetière, avec une légende en italien : "La première fois que j'ai entendu la mention MOCA, j'ai évidemment pensé à ça".