BIÉLORUSSIE

L'opposition muselée à la matraque après la réélection controversée de Loukachenko

 Des centaines de manifestants ont été arrêtés par la police anti-émeutes, dimanche, à Minsk, lors d’une manifestation contre la réélection controversée d’Alexandre Loukachenko. Notre Observateur manifestait avec eux.

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Des centaines de manifestants ont été arrêtés  par la police anti-émeutes, dimanche, à Minsk, lors d’une manifestation contre la réélection controversée d’Alexandre Loukachenko. Notre Observateur manifestait avec eux.

 

Loukachenko, surnommé par l’administration Bush “le dernier dictateur d’Europe”, est sorti vainqueur du scrutin de dimanche avec 79,6 % des suffrages. Il préside d’une main de fer  l’ancienne république soviétique depuis 16 ans.

 

Au moment de glisser son bulletin dans l’urne, le président a été interrogé sur son estimation de l’ampleur des manifestations s’il était réélu pour un quatrième mandat. Sa réponse fut limpide et menaçante : "Vous savez ce qui attend ceux qui comptent manifester… Lisez nos lois". Avant d’ajouter : "Ne vous inquiétez pas, il n’y a aura personne sur la place de l’Indépendance ce soir".

 

Pourtant, quelques heures plus tard, des dizaines de milliers de manifestants ont bravé les menaces en descendant dans le centre de Minsk à l’annonce des résultats. Des milliers de policiers les ont alors encerclés, frappés avec des matraques et embarqués dans des cars de police. Cette violence, condamnée par la communauté internationale, a fait des dizaines de blessés. Un nombre indéterminé de personnes se trouve encore dans les geôles biélorusses.

 

Lundi, le président Loukachenko a félicité les forces de l’ordre pour leur fermeté face à "la barbarie et la destruction". Il a également assuré avoir remporté l’élection "de manière digne".

 

 

 

Les bataillons de la police anti-émeutes se rapprochent de manifestants sur la place de l'Indépendance en tapant avec leurs matraques sur leurs boucliers. Vidéo postée sur YouTube par WhiteTiger032. 

 

Intervention de la police alors que les manifestants cassent les fenêtres du bâtiment du gouvernement. Vidéo postée sur YouTube parmefimus.

 

 

Billet rédigé en collaboration avec Ostap Karmodi, journaliste.

Les manifestations avant la répression policière

Vidéo postée sur YouTube par EnemyBelOps.

Vidéo postée sur YouTube par mustangstudio.

Vidéo postée sur YouTube par MrRPOFFICIAL.

"Nous pensions, à tort, que les récents signes de progrès étaient au moins partiellement vrais"

Olga Stuzhinskaya, responsable de l’ONG Office for a Democratic Belarus, se trouvait parmi les manifestants dimanche.

 

 

Il est évident que le résultat du scrutin a été taillé sur mesure. Le taux de participation est nettement plus faible que le chiffre annoncé par le pouvoir [plus de 90 %, selon la Commission électorale centrale]. Nos Observateurs électoraux étaient présents dans de nombreux bureaux de vote pratiquement vides. Les résultats officiels ne sont pas fiables. Tous les organismes de sondages sont affiliés au gouvernement. Selon des enquêtes indépendantes, les électeurs de Loukachenko sont, en réalité, minoritaires.

 

Alors, pour protester contre cette fraude manifeste, nous nous sommes réunis sur la place Oktyabrskaya, à Minsk. Au début, il n'y avait pas grand monde. Peut-être 200 personnes. Je pensais qu’il y aurait beaucoup moins de courageux qu’en 2006. A l'époque, une manifestation massive contre la réélection de Loukachenko avait été dispersée par la force et les principaux responsables de l’opposition condamnés à des peines de prison.

 

Mais, progressivement, en prenant la direction de la place de l’Indépendance, nous avons été rejoints par une véritable foule. Nous sommes montés sur les lampadaires pour essayer d’évaluer les effectifs. Je dirais qu’entre 20 000 et 30 000 personnes étaient sur cette place, pleine à craquer.

 

“ Des dizaines de manifestants se sont précipités dans les hôpitaux, couverts de sang”

 

Je n'ai pas vu clairement quand et pourquoi la répression policière a commencé. J’étais assez loin du siège du gouvernement contre lequel les manifestants se sont acharnés. C’est à ce moment que des centaines de policiers anti-émeutes sont arrivés et ont commencé à disperser la foule violemment. Nous nous sommes enfuis et avons réussi à nous cacher dans l'Hôtel Minsk [un hôtel de luxe dans le centre-ville] avec quelques journalistes et quelques observateurs membres de l'OSCE [Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, NDLR]. Nous avons croisé beaucoup de gens apeurés et blessés qui étaient aussi cachés dans l'hôtel. J’en ai accompagné un à l’hôpital avec un observateur de l'OSCE.

 

Aux urgences, nous avons rencontré l'un des candidats à la présidentielle, Vitaly Rymashevsky. Sa tête était bandée, il semblait avoir été battu. Nous avons entendu que Vladimir Nekliayev, un autre leader de l'opposition, était également blessé mais nous n'avons pas pu le voir car on nous a dit qu'il était dans une salle de réanimation. J’ai vu se précipiter dans l’hôpital des dizaines de manifestants couverts de sang.

 

Plus tard, nous avons appris que la police était venue arrêter Nekliayev à l'hôpital. Comme sept des neuf candidats, il a été emmené. Personne ne sait où il est. Il y a une autre manifestation prévue aujourd'hui, mais je doute que beaucoup de gens osent y aller. Ils ont trop peur. Nous avons pensé que les récents petits signes de progrès libéraux [Loukachenko a sollicité un rapprochement avec l'Union européenne et assoupli les contrôles sur l'opposition pendant la campagne] étaient au moins partiellement vrais. Mais nous nous sommes trompés."