Le racisme à l’encontre des employées de maison noires et asiatiques au Liban est de notoriété publique. Pour essayer de changer les mentalités, notre Observateur diffuse sur Internet des courts-métrages amateurs drôles et décalés.
 
La scène n’a rien d’exceptionnel : une maîtresse de maison assise devant sa télé se fait servir du café par son employée de maison avant de lui crier dessus, lui ordonnant de retourner à la cuisine. Rien d’exceptionnel, à un détail près : la maîtresse de maison est sri-lankaise et l’employée, elle, est libanaise !
 
C’est grâce à cette inversion des rôles que Wissam Al-Saliby, réalisateur du court-métrage « Sirlankiyti lebnaniyeh » ("Ma Sri-Lankaise est libanaise", ndlr) a choisi d’aborder le racisme au Liban. Blogueur et militant au sein du mouvement de lutte contre le racisme, Wissam a réalisé ce film il y a deux mois dans le cadre d’un atelier organisé par Shankaboot, un site interactif qui diffuse des vidéos et des courts-métrages amateurs tournés au Liban. Son court-métrage été diffusée sur le site de Shankaboot, sur YouTube ainsi que sur le blog de l’"Anti Racism Movement".
 
Au Liban, on recense plus de 200 000 travailleurs étrangers venus principalement du Sri-Lanka, mais aussi des Philippines ou d’Ethiopie. De nombreuses associations se mobilisent toutefois contre ce fléau à travers des campagnes ou des pétitions en ligne.

Le court-métrage "Ma Sri-Lankaise est libanaise"

 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à France 24.

L’humour est une arme qui peut s’avérer très efficace dans ce genre de causes

Ali Fakhry est militant au sein du Mouvement antiraciste.
 
Nous étions dix à participer à l’atelier, dont le jeune Soudanais que l’on voit sur la vidéo, ainsi que la Sri-Lankaise qui joue le rôle de la maîtresse de maison. Il s’agit en fait d’une employée de maison qui travaille au Liban depuis 10 ans. Elle s’appelle Dolika. Nous avons filmé avec des téléphones portables, car nous voulions montrer que n’importe qui peut agir pour cette cause, avec les moyens qui sont à sa disposition. Dans la même logique, ces films ne sont diffusés que sur le Net pour montrer comment on peut mettre cet outil au service de causes importantes.
 
Le renversement des rôles auquel le réalisateur a procédé vise, de manière humouristique, à pointer du doigt la manière dont les employées de maison sont traitées. Mais il y a aussi, dans le titre et les dialogues, une condamnation du regard stéréotypé des Libanais envers les Noirs et les Asiatiques. Pour beaucoup de Libanais, sri-lankais est synonyme d’employé de maison. De même, chaque employée de maison est, par extension, une Sri-Lankaise. Le mot ne fait plus du coup référence à la nationalité, mais il est devenu synonyme de femme de ménage. D’où le titre du court-métrage « Ma Sri-Lankaise est libanaise » ou la réplique d’une des protagonistes : « Ta Sri-Lankaise, elle est de quelle nationalité ? » [1’16].
 
Human Rights Watch a déjà produit des courts-métrages sarcastiques pour des campagnes sur le racisme. Nos vidéos sont simplement drôles. L’humour est une arme qui peut s’avérer bien plus efficace pour ce genre de cause car il permet de souligner l’absurdité et le ridicule des comportements racistes."