ROYAUME-UNI

Occuper la fac en tricotant : la leçon zen et magistrale des étudiants de Cambridge

 Loin des images de violences des dernières manifestations, une nouvelle vague de protestation plus flegmatique s'installe dans les prestigieuses universités anglaises. Notre Observatrice participe à l'occupation de Cambridge.

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Séance matinale de yoga pour les étudiants qui occupent depuis vendredi l'Université de Cambridge. Photographie de Sophie Smith.

 

Loin des images de violences des dernières manifestations des étudiants britanniques, une nouvelle vague de protestation plus flegmatique s'installe dans les prestigieuses universités anglaises. Notre Observatrice participe à l'occupation de Cambridge.

 

La bibliothèque d'Oxford, l'UCL à Londres, Brighton, Bristol, Cardiff, Plymouth : de nombreuses autres universités sont ou ont également été occupées par les étudiants en colère. Et le mouvement est en pleine expansion. Les étudiants protestent contre le projet du nouveau Premier ministre conservateur David Cameron de fixer à 6 000 livres sterling [plus de 7000 euros, ndlr], et dans "des circonstances exceptionnelles" à 9 000 livres [plus de 10 000 euros, ndlr] le plafond des frais universitaires. Actuellement, les frais d'inscription pour les étudiants britanniques et européens dans les universités anglaises ne peuvent pas dépasser 3 290 livres [soit environ 3 700 euros, ndlr] par étudiant et par an.

 

 

Flegme, échanges courtois et thé pour tout le monde : même en plein bras de fer social, les étudiants de Cambridge ne perdent pas leur bonne éducation. Vidéo réalisée par notre Observatrice Joanna Beaufoy et publiée sur le site de Varsity, le journal étudiant de Cambridge.  

Cet article a été rédigé en collaboration avec Paul Larrouturou, journaliste.

 

Slogans aux fenêtres de la cour de la vénérable Université de Cambridge, considérée comme la meilleure du monde.

 

Assemblée générale très calme (certaines tricotent) mais déterminée.

 

Sur les 200 étudiants qui occupent la salle dans la journée, une cinquantaine y passe aussi la nuit.

 

Petite séance de yoga pour garder son calme.

 

Les étudiants se relaient sous la neige pour faire un barrage filtrant à l'entrée du bâtiment. Photos prises et publiées avec l'aimable autorisation de Sophie Smith.

 

La protestation en chanson

 

 

Pour faire parler d'eux , se défouler en évitant les violences et faire passer leur message différemment, les étudiants en grève se filment en train de danser. Oxford a lancé la mode dans une vidéo qui a depuis été supprimée. La vidéo ci-dessus met en scène les étudiants de l'UCL à Londres.

 

 

 

 

Chanson adressée à Nick Clegg, chef des Libéraux-démocrates et Vice-Premier ministre du Royaume-Uni. Beaucoup de ses jeunes élécteurs se sentent aujourd'hui trahis après ses promesses de campagne sur l'enseignement, avant les mesures d'austerité décidés par son allié conservateur, le premier ministre David Cameron. Vidéos postées sur le profil YouTube des occupants de l'UCL.

“C’est en restant calmes et organisés que nous allons faire plier le gouvernement.”

Joanna Beaufoy, 21 ans, est étudiante en littérature française et espagnole à Cambridge. Elle milite contre le projet d’austérité et occupe les locaux de son université depuis vendredi.

 

Depuis vingt ans, les prestigieuses universités britanniques ont consenti à de gros efforts pour permettre aux enfants des familles populaires de faire de belles études. Mais aujourd’hui, on a vraiment peur, avec le retour au pouvoir des conservateurs. A terme, nous craignons un retour aux privatisations, comme à l'époque de Margaret Thatcher. Mais pour l’instant, nous sommes justes révoltés contre une explosion des frais d’inscriptions qui va accentuer les inégalités.

 

On en a marre, qu’ils [les hommes politiques proches de David Cameron] nous rabachent que l’austerité est indispensable. Ils sont prêts à dépenser des millions de livres dans l’arsenal nucléaire ou les guerres en Irak et en Afghanistan. Donc c’est une question de priorité. Et l’éducation devrait en être une, comme la santé. Nous sommes d’autant plus en colère que les libéraux-démocrates que nous avons aidé à arriver au pouvoir nous ont trahis. Pendant leur campagne éléctorale, ils avaient promis l’enseignement gratuit !

 

Nous sommes très en colère mais nous voulons être efficaces pour que l’université de Cambridge s’oppose clairement aux hausses des frais de scolarité. Les images des casseurs lors des dernières manifestations nous ont servis de leçon. On n'arrivera à rien par la violence. Pour être pris au sérieux, il faut se comporter comme des adultes, pas comme des casseurs. Alors tous les soirs, on met au point un programme chargé pour le lendemain afin de canaliser intelligemment la colère.

 

Tout le monde bosse beaucoup. On n'est pas des glandeurs !

 

C’est en restant calmes et organisés que nous allons faire plier le gouvernement. C'est aussi à nous d’empêcher la minorité violente de tout gâcher. Alors nous nous levons très tôt. Nous faisons des ateliers de bien-être, comme le yoga. Nous installons des tables dehors pour convaincre les passants de venir manifester. Les portes sont surveillées 24h/24 par quatre  personnes. Malgré la neige, nous maintenons un barrage filtrant seulement pour la police et la direction. Chaque soir, un groupe vient donner un concert. Et à minuit, nous descendons dans la cour pour jouer au football. En plus à Cambridge, tout le monde bosse beaucoup. On n’est pas des glandeurs ! Enfin on travaille aussi notre plan média. Avec nos journaux étudiants en ligne, nos téléphones portables, les réseaux sociaux, le "live blogging", nous rendons compte en direct des évènements. Et nous parlons avec toutes les autres universités en grève grâce à Skype.

 

Notre pétition a été signée par plus de 200 professeurs. Et je pense que si nous occupons encore les lieux malgré l’ordre légal d’expulsion, c’est dû à la médiatisastion qui nous protège mais aussi au soutien aussi actif que discret de certains enseignants qui nous défendent. Quand à la nourriture, le marché de Cambridge vient nous ravitailler gratuitement tous les jours.

 

Quand j’étais étudiante en France, j’admirais la façon dont vous, les Français, agissiez. J’ai fait cette vidéo pour combattre le mythe de l’Anglais forcément mou et centriste. Alors certes nous ne sommes pas aussi syndiqués que vous, mais nous aussi, on se bouge ! On se considére comme un symbole et on est prêt à tenir longtemps.