EGYPTE

Élections en Egypte : une vidéo amateur d'un bourrage d’urne postée sur YouTube

 Les élections législatives égyptiennes se sont déroulées dimanche, mais l’opposition a unanimement dénoncé ce scrutin comme étant frauduleux. Pour les opposants, cette vidéo montre que le parti au pouvoir s’est adonné sans vergogne au bourrage d’urnes.

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Un fonctionnaire au visage flouté remplit des bulletins un à un dans un bureau de vote. Image extraite d'une vidéo amateur postée sur YouTube

 

Les élections législatives égyptiennes se sont déroulées dimanche, mais l’opposition a unanimement dénoncé ce scrutin comme étant frauduleux. Pour les opposants, cette vidéo montre que le parti au pouvoir s’est adonné sans vergogne au bourrage d’urnes.

 

Le gouvernement égyptien avait qualifié ces élections de "fête démocratique". Au regard du taux de participation - 25% - il semble que la fête n’a pas attiré beaucoup de convives. Les différents partis d’opposition, qui avaient boycotté ce scrutin, n’y ont vu qu’une "mascarade". Les Frères musulmans, qui avaient décidé de participer aux élections en tant que candidats indépendants, ont quant à eux demandé l’annulation du scrutin.

 

Cette vidéo circule sur YouTube depuis dimanche soir, elle a depuis été reprise par de nombreux sites d’opposition, notamment ceux des Frères musulmans. Selon la personne qui a posté ces images, on y voit un fonctionnaire en train de remplir à la chaîne des bulletins de vote que son collègue va ensuite déposer dans l’urne. On entend même une personne hors champ (entre 1’49 et 2’00 de la vidéo) recommander à l’homme "d'équilibrer les bulletins". Chaque électeur vote en effet à la fois sur un bulletin blanc, où se trouvent des hommes et des femmes, et sur un bulletin bleu, où ne figurent que des candidates femmes. Le pouvoir a ainsi  voulu réserver 64 sièges à des femmes dans le cadre d'une politique de quotas.  Sur cette vidéo, ce sont les bulletins bleus qui sont remplis par l'homme en premier plan. La personne hors champ demande donc au fonctionnaire de s'assurer que le nombre de bulletins blancs est identique à celui des bleus, faute de quoi la fraude serait évidente.

 

 Cette vidéo a apparemment été tournée en caméra cachée, mais nous ne pouvons en confirmer l’authenticité. Nous avons toutefois montré ces images à plusieurs de nos Observateurs égyptiens, aucun ne s’est montré étonné par la scène...

"Cela reflète le sentiment de malaise et d’injustice chez des fonctionnaires obligés de collaborer avec le pouvoir"

Ismail Alexandrani est un militant des Droits de l'Homme en Alexandrie.

 

Ce n’est pas la seule vidéo qui circule sur le net concernant la fraude électorale en Egypte. Ce qui la distingue en revanche c’est que la personne qui l’a filmée semble faire elle-même partie du comité chargé de surveiller les élections. Il est fort probable que cette personne ait fait semblant de participer à la fraude en recommandant à ses collègues de vérifier le nombre de bulletins pour mieux les dénoncer.

 

En tant que militant pour les Droits de l’Homme, il arrive souvent que de jeunes cadres du parti ou des institutions gouvernementales viennent me voir pour me proposer de collaborer avec nous. Ils profitent du fait d’être au cœur du système pour mieux le dénoncer. Je suis sûr que beaucoup d’autres rêvent de faire la même chose mais n’osent pas sauter le pas. Cela reflète le sentiment de malaise et d’injustice chez des fonctionnaires obligés de collaborer avec le pouvoir."

Cet article a été rédigé en collboration avec Sarra Grira, journaliste à France 24.

Cette vidéo traduit le sentiment d’impunité qui prévaut chez les fonctionnaires de l’Etat

Abdul Monem Mahmoud est  journaliste au Caire. Il est sympathisant du mouvement des Frères musulmans. Il a publié cette vidéo sur son blog

 

Cette vidéo a été tournée dans un bureau de vote de la ville de Bilbeis, au sud du Delta du Nil. Les personnes qu’on y voit sont des fonctionnaires de l’État supposés veiller au bon déroulement des élections. Mais au lieu de cela, ils trafiquent les bulletins de vote. Les urnes doivent ensuite être examinées par un juge. C’est pourquoi on entend une voix hors champ qui recommande de bien faire attention au nombre de votants. Son attitude est extrêmement cynique.

 

Ce que l’on voit sur cette vidéo est le résultat direct de la réforme constitutionnelle qui a réduit le nombre de juges supervisant les bureaux de votes [un amendement constitutionnel de 2007 a substitué au juge, censé surveiller les urnes, un comité électoral dont les membres sont nommés par des institutions acquises au pouvoir].

 

Cette vidéo traduit le sentiment d’impunité qui prévaut chez les fonctionnaires de l’État. Les noms des personnes qui figurent sur cette vidéo circulent sur le Net sans que personne ne s’en émeuve. Ils savent qu’ils ne risquent rien car ce genre de pratique ne choque plus personne ici en Egypte".