FRANCE

L'opération "coup de poing" dans la cité du Clos la Rose : coup médiatique ? Témoignage

 Après la fusillade de vendredi au Clos la Rose, au nord de Marseille, les autorités ont organisé une opération "coup de poing" mercredi matin dans la cité. Notre Observatrice y vit depuis 30 ans. Elle déplore un "coup médiatique" sans aucune efficacité sur le terrain.

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Barre principale, Le Clos la Rose. Photo postée ici.

 

Après la fusillade de vendredi au Clos la Rose, au nord de Marseille, les autorités ont organisé une opération "coup de poing" mercredi matin dans la cité. Notre Observatrice y vit depuis 30 ans. Elle déplore un "coup médiatique" sans aucune efficacité sur le terrain.

Vendredi soir, plusieurs individus munis de kalachnikovs ont ouvert le feu, dans la cité du Clos la Rose située dans le 13ème arrondissement de Marseille. Le mobile de la fusillade n’a pour l’heure pas été précisé mais l’endroit est connu pour abriter un réseau organisé de trafiquants de drogue. Un adolescent de 16 ans a été tué et deux autres personnes blessées, dont un garçon de 11 ans qui, selon le procureur, se trouvait là par hasard. 

 

Mercredi matin à l’aube, une opération policière "coup de poing" a été organisée sous la houlette du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, en déplacement à Marseille. Au cours de l'intervention, deux jeunes ont été interpellés. L’un d’eux détenait une petite dose de cannabis. Trois motos, trois scooters et un quad ont par ailleurs été saisis par les forces de l’ordre.

"Cette opération ne change rien, la police a toujours peur de se retrouver face aux fauteurs de troubles"

Sonia (pseudonyme) a 30 ans, elle vit dans la cité du Clos la Rose depuis sa naissance.

 

J’ai grandi ici mais quand j’avais 15 ans, il n’y avait pas ce genre de trafic. Ça fait une dizaine d’années que la police laisse les jeunes faire ce qu’ils veulent dans toutes les cités de Marseille. Il n’y avait donc aucune raison pour que les trafiquants ne viennent pas aussi s’installer au Clos la Rose.

 

Ce que je regrette c’est que les autorités ont attendu la mort d'un jeune pour lancer leur opération alors qu’ils savent depuis longtemps que des trafics ont lieu dans la cité. On les voit souvent patrouiller dans le coin mais ils n’interpellent jamais les dealers ou les guetteurs. Quand ils contrôlent les gens, ce sont des personnes lambda comme moi au motif que nous n’avons pas mis notre casque de scooter ou que nous sommes mal garés. L’impression que j’ai, c’est qu’ils ont peur de se retrouver face aux vrais fauteurs de troubles. D’une part, parce qu’ils ont compris que ces jeunes n’avaient plus aucune limite et ne respectent pas la vie humaine, et d’autre part, parce qu’ils manquent d’effectifs. Résultat, les jeunes se sentent invulnérables. C’est un cercle vicieux.

 

"Il aurait fallu venir à partir de midi, quand le trafic reprend"

 

L’opération de mercredi matin a été un coup d’épée dans l’eau. L’intervention a eu lieu vers 6h du matin, au moment où il n’y avait plus aucun trafiquant dans les rues. En bas de chez moi, il y avait quatre camions de police, deux camions de CRS et une dizaine de voitures banalisées. Ils ont surtout fouillé les caves et sont ressortis avec quelques scooters volés. Si vraiment ils voulaient être efficaces, il aurait fallu venir à partir de midi, quand le trafic reprend. Tous les jours à midi des guetteurs viennent tranquillement s’installer sur des chaises et des canapés à l’entrée de la cité. Et les allers-retours dans les immeubles durent jusqu’à minuit. Alors quel intérêt de venir à 6h du matin ?

 

"À part les bouquets de fleurs devant l’endroit où le gamin a été tué, rien n’a changé"

 

Pour moi, c’était un gros coup médiatique. Il y avait plein de journalistes. Alors forcément ça fait bien pour les journaux de poser devant une grosse patrouille, mais la police est repartie aussitôt et le trafic a repris, comme tous les jours, dans la soirée. À part les bouquets de fleurs devant l’endroit où le gamin a été tué, rien n’a changé. Ce que je regrette aussi c’est que Brice Hortefeux, malgré tous ses grands discours, ne soit pas venu nous voir.

 

"Au Clos la Rose, la situation n’est pas aussi grave que ce qu’on dit"

 

La description qui a été faite du Clos la Rose est, selon moi, erronée. La situation n’y est pas aussi grave que dans les cités du 14ème ou du 15ème. Ici, il y a simplement un groupe d’une vingtaine de jeunes qui fait la loi mais le reste des habitants sont des gens très bien. Ordinairement, il n’y a pas particulièrement d’agressions aux personnes. Les jeunes nous laissent tranquilles tant qu’on ne s’intéresse pas à ce qu’ils font. En fait, ce qu’on risque c’est une balle perdue en sortant de sa voiture un soir où ça dérape entre trafiquants. Mais la majorité des gens ici veut en finir avec ces trafics. Il suffirait que la police s’organise mieux pour pouvoir enrayer cette escalade de violence."