HAÏTI

Entre espoir et résignation, les Haïtiens partagés sur la campagne présidentielle

 Les Haïtiens iront voter dimanche pour élire leur président et leurs parlementaires, sur fond d’épidémie de choléra et d’insécurité. Dans ce climat tendu, les candidats s’accrochent à leur campagne. Une campagne, à coup de slogans musicaux et d’affiches aux couleurs criardes, que les Haïtiens jugent déplacée.

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Affiches électorales sur un mur de Pétionville. Photo publiée par ClancyNolan sur Flickr

 

Les Haïtiens iront voter dimanche pour élire leur président et leurs parlementaires, sur fond d’épidémie de choléra et d’insécurité. Dans ce climat tendu, les candidats s’accrochent à leur campagne. Une campagne, à coup de slogans musicaux et d’affiches aux couleurs criardes, que les Haïtiens jugent déplacée.

 

L’épidémie de choléra a tué plus de 1500 personnes, les émeutes anti-casques bleus ont fait trois morts et plusieurs blessés à Cap-Haïtien (nord, deuxième ville du pays) et deux hommes sont également décédés lors d’affrontements entre partisans dans le sud-ouest de l’île. Lundi soir, le cortège de Jude Célestin, le candidat soutenu par le président sortant René Préval, a été la cible d’une attaque lors d’un déplacement à Beaumont (sud-ouest).

 

Un climat tendu règne dans le pays alors que les candidats se préparent au scrutin de dimanche. Cinq d’entre eux ont demandé le report des élections, redoutant des fraudes massives et la propagation de l’épidémie au moment des rassemblements.

 

Ils sont dix-neuf à briguer le fauteuil présidentiel, et plus de 1000 à concourir pour une place au Sénat ou à la Chambre des députés. Leurs affiches sont placardées sur tous les murs de l’île et jusque dans les camps de sans-abri. Le coût de cette campagne et de ces élections est estimé à environ 22 millions d’euros, des dépenses essentiellement financées par les pays donateurs.

 

Et tous les moyens sont bons pour séduire les foules. Jude Célestin, le candidat officiel de l’INITE, a choisi les couleurs de l’équipe brésilienne pour sa campagne, une équipe particulièrement appréciée par les Haïtiens. Michel Martelly, candidat du parti "Repons Peyizan" et chanteur de profession sous le nom de "Sweet Micky", appelle au vote sur un air de kompas, une musique locale aux mélodies africaines et latinos.

 

 

 

"Avant d'aller voter, je m'assurerai que ce ne soit pas trop dangereux dehors"

Junior Sampin étudie le journalisme à Port-au-Prince et vit dans le quartier de Canapé-Vert. À 23 ans, il votera dimanche pour la première fois.

 

C’est l’une des plus belles élections que Haïti peut connaître. Quand j’étais jeune, on me parlait de dictature. Aujourd’hui, Haïti est une démocratie. J’irai voter dimanche parce que j’ai de l’espoir, on peut changer le système. Mais avant de sortir, je m’assurerai que ce ne soit pas trop dangereux dehors."

 

 

Photo publiée par melindaiti sur Flickr.

"Jude Célestin a fait une campagne monstre et agressive alors qu’il aurait pu nourrir plusieurs familles"

Carel Pedre est journaliste radio à Port-au-Prince. Il s’est fait connaître des médias du monde entier grâce à ses photos envoyées via Twitter dès les premières heures du séisme.

 

C’est normal de dépenser de l’argent pour une élection, mais Jude Célestin en a trop fait. Il a lancé une campagne monstre et agressive. On voit son visage partout, sur des grosses affiches en couleur, des spots radio et télé sont diffusés en permanence. Avec tout cet argent, il aurait pu nourrir plusieurs familles et donner de l’eau aux sans-abri. Durant les dernières manifestations contre la Minustah, des jeunes déchiraient même ses affiches.

 

Je ne suis pas très optimiste pour dimanche. Beaucoup d’Haïtiens, qui ont voté auparavant, pensent que cette élection ne va rien changer. Les dirigeants n’ont pas l’air de vouloir prouver au monde qu’ils sont capables d’organiser un scrutin démocratique dans ce chaos. D’un point de vue des infrastructures et du personnel, les moyens ne sont pas suffisants. Il suffit de constater les files d’attente devant les offices chargés de délivrer les cartes d’identité pour s'en rendre compte. "

 

 

Un Haïtien déchire une affiche de campagne du candidat Jude Célestin lors d'une manifestation contre la Minustah. Photo publiée par gaetanguevara sur Flickr. 

"Les candidats n’ont pas débattu de sujets qui intéressent les Haïtiens"

Stanlay Jean-Mary est un militant de gauche très actif de Cap-Haïtien. Il n’est satisfait par aucun candidat.

 

Les candidats n’ont pas débattu de sujets qui intéressent les Haïtiens, comme la décentralisation, la relance de la croissance, les inégalités sociales, la sécurité. La campagne électorale s’est traduite principalement par des affichages et des distributions d’enveloppes.

 

Des militants qui travaillent pour les candidats sont venus au Cap-Haïtien cette semaine pour donner de l’argent aux électeurs. Sauf que certains, au lieu de le distribuer, se le gardent dans les poches. Au final, les militants d’un même camp finissent par se taper dessus. Ça se passe comme ça, les élections en Haïti."

 

Affiches électorales du candidat Michel Martelly, alias "Sweet Micky". Photo publiée par ClancyNolan sur Flickr.