République Dominicaine

Epidémie de choléra : les Haïtiens non grata sur les marchés dominicains

Alors que le premier cas de choléra vient d'être détecté en République dominicaine, les tensions se font de plus en plus vives entre Haïtiens et Dominicains. C'est le cas sur les marchés dominicains où les Haïtiens faisaient commerce en produits frais, avant d'être cloués au pilori par les autorités. 

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Vue du marché de Dajabon. Photo publiée par coggia le 17 septembre 2007.

 

Alors que le premier cas de choléra vient d'être détecté en République dominicaine, les tensions se font de plus en plus  vives entre Haïtiens et Dominicains. C'est le cas sur les marchés dominicains où les Haïtiens faisaient commerce en produits frais, avant d'être cloués au pilori par les autorités. 

 

Fin octobre, des affrontements ont eu lieu près de la frontière entre des manifestants haïtiens réclamant la réouverture des marchés et des membres de la mission de l'ONU en Haïti (Minustah) ainsi que de la police nationale haïtienne.

 

Après un mois de fermeture, certains marchés ont fini par ouvrir de nouveau leurs portes aux commerçants haïtiens. C’était le cas vendredi 12 novembre du marché de Dajabon, dans le nord du pays. Mais plus question pour les commerçants haïtiens de s’installer à leurs places habituelles. Ils devaient emménager dans une nouvelle structure qui, selon les autorités dominicaines, devrait empêcher la propagation du choléra grâce aux contrôles sanitaires. Mais "ce nouvel espace est réellement trop petit pour accueillir tout le monde", a déclaré le consul d'Haïti à Dajabon, Jean Baptiste Bien-Aime, interrogé par France 24.

 

Des bousculades ont fait trois blessés légers. "Des commerçants haïtiens voulaient entrer dans la ville de Dajabon pour récupérer des marchandises laissées sur place. Mais ils n’ont pas été autorisés par le ministère de la Santé à traverser le territoire, ce qui a provoqué la colère de dizaines de personnes", a indiqué Jean Baptiste Bien-Aime. Les autorités dominicaines ont menacé de fermer, à nouveau, le marché de Dajabon en cas de débordements. Les ONG craignent qu’en cas d’exécution de cette menace, de nouveaux incidents éclatent alors que les tensions sont déjà vives dans le pays.

 

Lundi, des manifestants haïtiens en colère contre la mission de l'ONU en Haïti (Minustah) et mécontents de la gestion de l’épidémie du choléra par les autorités ont incendié un commissariat se trouvant à Cap-Haïtien, ville située à quelques dizaines de kilomètres de Dajabon. Les affrontements avec les Casques bleus ont fait deux morts et une quinzaine de blessés. D’autres villes du pays ont été le théâtre de violents affrontements. Le bilan de l’épidémie de choléra qui sévit en Haïti s’élève déjà à 917 décès et plus de 14 000 personnes hospitalisées.

 

 

Réouverture du marché de Dajabon, le 12 novembre 2010

Le marché de Dajabon s’est tenu sur son nouvel emplacement, le vendredi 12 novembre, au milieu des cris et des insultes contre les forces de sécurité du Centre spécialisé dans la sécurité frontalière (CESFRONT), chargé de la surveillance et du maintien de l’ordre. Vidéo publiée par Cifronsa, le 12 novembre 2010.

 

Cet article a été rédigé en collaboration avec Cécile Loïal, journaliste à France 24.

"Quelles que soient les mesures mises en place, le choléra ne s’arrêtera pas aux portes de la République dominicaine"

Arcadio Sosa est le directeur du Centro Puente, une ONG travaillant à la frontière dominico-haïtienne. Il s’est rendu lundi 16 novembre au marché de Dajabon.

 

Le marché binational de Dajabon a réouvert sur le nouveau pont financé par l’Union Européenne car les haïtiens n’ont plus accès au centre-ville de Dajabon. Les autorités sanitaires ont expliqué que cette mesure permettrait d’éviter la propagation du choléra. Par ailleurs, des contrôles sanitaires ont été prévus : toute personne entrant sur le territoire doit se laver les mains à la frontière et les véhicules doivent aussi être lavés. A l’intérieur, une dizaine des robinets ont été installés ainsi qu’une dizaine de toilettes publiques. C’est largement insuffisant pour un marché qui rassemble jusqu’à 15 000 personnes.

 

Après la réouverture du vendredi 12 novembre, il était prévu que le marché soit de nouveau accessible ce lundi aux Haïtiens. Mais à l’ouverture du marché, les Haïtiens étaient toujours bloqués de l’autre côté de la frontière. Du côté dominicain, les contrôles aux frontières se sont renforcés. Je n’ai même pas pu m’approcher du poste frontière.

 

Ce n’est qu’à la mi-journée que les Haïtiens ont été autorisés à entrer sur le marché de Dajabon. Mais toutes les places avaient déjà été prises par les commerçants dominicains. La nouvelle structure est déjà saturée. La dizaine d’Haïtiens présents sur le marché lundi matin avait traversé la frontière dès le dimanche soir. Ils n’ont pas vraiment réagi à la situation, car le plus important pour eux était de réussir à vendre leurs marchandises.

 

"Si le marché ferme, beaucoup de personnes mourront de faim."

 

Les commerçants haïtiens sont soumis à l’interdiction de rapporter de la nourriture ou des produits cuisinés. Depuis lundi 15 novembre, cette interdiction concerne également les articles de deuxième main - comme les vêtements, les chaussures... Or, c’est précisément le type d’article vendu par les Haïtiens.

 

Les Dominicains sont partagés sur les mesures mises en place par leurs autorités. Certains voudraient qu’on laisse les Haïtiens traverser la frontière sans difficultés - en particulier les commerçants qui veulent continuer à écouler leurs produits. D’autres Dominicains soutiennent ces mesures, car ils veulent se protéger à tout prix du choléra. Les plus obsessionnels pensent même que chaque Haïtien est porteur du choléra. Je pense que c’est une réaction de repli devant l’inconnu car si ils savaient comment se transmet le choléra, ils réagiraient différemment.

 

Je pense que quelles que soient les mesures prises par les autorités, le choléra ne s’arrêtera pas aux portes de la République dominicaine. Car les immigrés illégaux ou encore les trafiquants qui traversent quotidiennement la frontière à travers la montagne ne sont pas soumis à des contrôles sanitaires.

 

Il faudrait ouvrir un deuxième marché côté haïtien pour accueillir les milliers de personnes qui viennent s’approvisionner sur le marché de Dajabon. Il faut faire vite, car le marché de Dajabon est une source de revenus pour de nombreuses familles vivant de part et d’autre de la frontière. Si le marché ferme, beaucoup de personnes mourront de faim car on y vend des produits de première nécessité que l’on ne trouve pas sur le territoire haïtien.

 

La pression est forte côté haïtien pour que le marché ouvre à nouveau de manière normale.

Il y a eu des manifestations d’Haïtiens à la frontière ces dernières semaines, mais ce sont des manifestations de la faim."

 

Des milliers d’haïtiens empruntaient chaque vendredi et lundi le pont menant à l’ancien emplacement du marché de Dajabon. Photo publiée par drmissiontrip10 sur Flickr le 13 septembre 2010.

 

Photo publiée par drmissiontrip10 sur Flickr le 13 septembre 2010.

 

Le marché de Dajabon permet aux Haïtiens de se réapprovisioner en produits frais. Photo publiée par coggia le 17 septembre 2007.

 On y trouve aussi des articles d'occasion. Photo publiée par Luishelena le 27 février 2007.