BIRMANIE

Quelle stratégie pour l’opposition birmane après les élections ? "L’union !"

 Alors que la junte birmane se félicite de la victoire écrasante de son parti, malgré des irrégularités flagrantes, l’opposition birmane tente de définir une nouvelle stratégie pour continuer la lutte. Et le mot d’ordre semble être l’union : entre les opposants politiques, jusque-là divisés, mais surtout avec les leaders de tous les groupes ethniques qui composent la mosaïque birmane.  

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Liste des candidats qui se sont présentés à Myitkyina, la capital de la province de Kachin. Photo: Kachin News Group.

 

Alors que la junte birmane se félicite de la victoire écrasante de son parti, malgré des irrégularités flagrantes, l’opposition birmane tente de définir une nouvelle stratégie pour continuer la lutte. Et le mot d’ordre semble être l’union : entre les opposants politiques, jusque-là divisés, mais surtout avec les leaders de tous les groupes ethniques qui composent la mosaïque birmane.

 

Officiellement, le taux de participation aux élections de dimanche fut de 70 % et l’USPD, le parti de la junte, a recueilli 80 % des suffrages.

 

Les élections ont pourtant été dénoncées comme irrégulières par la communauté internationale, à l’exception de la Chine et de certains pays de la région. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, parle d’élections "insuffisamment transparentes, ouvertes et pluralistes". L’opposante Aung San Suu Kyi qui avait remporté le scrutin de 1990, sans jamais pouvoir accéder au pouvoir, était d’ailleurs toujours en résidence surveillée au moment du scrutin. Son parti, la Ligue nationale démocratique (LND), ayant boycotté le scrutin, a été officiellement dissous par la junte. Une partie de ses membres avaient cependant décidé d’y participer sous la bannière d’un nouveau parti, la Force démocratique nationale (FDN).

 

La contestation a même dépassé le cadre politique. En début de semaine, dans l’est du pays, des combats ont éclaté entre rebelles karen et militaires de la junte, obligeant des dizaines de milliers de Birmans à fuir le pays vers la Thaïlande. 

"Les petits partis d’opposition qui ont participé au scrutin viennent aujourd’hui à notre rencontre"

Nyo Myint est l’un des porte-parole de la LND, en exil à Bangkok.

 

L’opposition s’était divisée entre ceux qui souhaitaient participer aux élections et ceux qui, comme nous, appelaient au boycott. Vu la tournure qu’a prise ce scrutin, entaché de fraudes et d’irrégularités flagrantes, il apparaît que nous avons pris la bonne décision.

 

Les petits partis d’opposition qui ont participé au scrutin viennent aujourd’hui à notre rencontre. Ils veulent que la LND unifie l’opposition et c’est ce que nous allons faire. Nous allons d’ailleurs aller au-delà en tendant la main à tous les leaders de groupes ethniques, armés ou non armés, dans le but de créer une plateforme politique commune. Car nous voulons défendre une égalité réelle entre les Birmans et les autres groupes ethniques.

 

La junte va certainement utiliser les élections pour se légitimer, mais rien n’est joué. Les principaux partis d’opposition qui ont participé au scrutin ne reconnaissent pas les résultats, en raison des fraudes. Par ailleurs, seuls 40 % des électeurs potentiels ont voté. Il est important que la communauté internationale nous soutienne et refuse de reconnaître ces résultats. Car nous allons demander à ce que de nouvelles élections soient organisées.

 

Aung San Suu Kyi devrait être libérée samedi. Cette fois, il n’y a aucune raison pour qu’ils la gardent en résidence surveillée : l’élection est passée et le LND, son parti, n’a plus d’existence officielle. Si elle sort, l’une de ses premières tâches sera de dialoguer avec les pays étrangers, notamment ceux, comme la Chine, qui soutiennent la junte. Elle reprendra également les discussions avec les différents groupes ethniques. Mais elle restera en Birmanie pour mener son combat."

 

Répétition du jour des élections organisées le 6 novembre 2010 par l'USPD. Photo : KNG.

 

 

"Je ne pense pas que les groupes ethniques armés puissent s’entendre avec les partis démocratiques pour lutter contre la junte"

Kio est l'un de nos Observateurs birman. Il vit en exil à Bangkok.

 

Des fraudes ont été observées dans plusieurs bureaux électoraux. La pratique la plus répandue a été l’utilisation abusive des 'votes par avance' par l’USPD. Au moment des décomptes, des bulletins sont arrivés d’on se sait où pour faire basculer le résultat. [C’est ce que rapporte une candidate du FDN dans la ville de Hpakant, province de Kachin  ainsi qu'un autre candidat ]La provenance de ces votes est très opaque. Ce qu’on sait c’est que les forces de l’ordre sont allées collecter des votes dans certaines entreprises avant la journée du scrutin et que les employés ont été forcés de voter pour les candidats soutenus par la junte.

Les partis de l’opposition ont choisi de ne pas signer la validation du décompte des voix. Ils demandent que les votes par avance soient annulés ou que de nouvelles élections soient organisées.

"Les rebelles karen ne veulent pas devenir des gardes-frontière"

Au même moment, la junte doit aussi faire face à la rupture du cessez-le-feu avec les rebelles de la minorité ethnique karen. Après 15 années de relations pacifiées avec la junte [ces groupes s’étaient ralliés à la junte en échange d’une large autonomie et de la jouissance des revenus du trafic de drogue ], les Karen ont très mal pris le fait que la nouvelle Constitution [votée en 2008 mais entrée en vigueur lundi 8 novembre] ordonne le désarmement des milices ethniques. Ils ne veulent  pas devenir des gardes-frontière intégrés à l’armée birmane et s’opposent de fait à ces élections. Mais je ne crois pas que le mouvement karen puisse vraiment fragiliser la junte à long terme. Il sera réprimé. Et je ne pense pas non plus que cette opposition armée puisse s’entendre avec les partis démocratiques pour lutter contre la junte. Ce sont des combats très différents.

"Certains militaires trouvent que les candidats l’USPD n’ont pas les compétences pour diriger le pays"

J’ai conscience que l’opposition politique est affaiblie. Mais je garde confiance dans les forces démocratiques du pays, d’autant que je sais qu’elles ont le soutien de la population.

Par ailleurs, il existe certaines divergences au sein même de la junte quant à ces élections. Certains militaires soutiennent les candidats de l’USPD, mais d’autres considèrent qu’ils n’ont pas les compétences pour diriger le pays. Cela pourrait à terme fragiliser le régime."