Des violences ont éclaté, lundi, à Laayoune, chef lieu du Sahara occidental, le jour de la reprise des négociations entre l’État marocain et le Front Polisario à New York, sous l’égide de l’ONU. Notre Observatrice sur place nous explique ce qui a mis le feu aux poudres.
 
De source officielle, les affrontements entre la police et des manifestants sahraouis se sont soldés par six morts et une soixantaine de blessés dans les rangs des forces de l’ordre et "4 blessés" et un mort " dans un accident de la circulation" du côté des civils. Le Front Polisario parle quant à lui de "11 morts et de 723 blessés" parmi les manifestants.
 
Le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, est depuis 1976 l’objet d’un conflit entre les indépendantistes sahraouis et la monarchie marocaine qui revendique sa souveraineté sur l’ensemble du territoire. Les négociations qui ont actuellement lieu à New York ont pour objet l’octroi du statut d’autonomie et le partage de l’administration du territoire entre le Polisario et l’État marocain.
 
Les Observateurs de FRANCE 24 tient à remercier Naoufal Chaara, Youssef Hamdaoui, Haiba Elhairech et Hammoudi Grid pour leur participation à l’élaboration de cet article. Vous étiez sur place ? Contactez-nous à Observers@france24.com
 
Il n’existe que des images amateur des incidents de lundi. Quelques vidéos sélectionnées par nos Observateurs :
 
 
 
 
 
Une banderole dressée par les Sahraouis du campement pour revendiquer leurs droits sociaux. Photo prise le 21 octobre et postée sur Facebook par Lyali Sanadi.
Ces photos nous ont été envoyées par notre observateur El Filali.

"Après le discours du roi, on s’attendait à une intervention des forces marocaines"

Fatma Mbarki est une Sahraouie de 24 ans qui habite à Laayoune.
 
Les affrontements ont commencé dans les campements qui se situent à une vingtaine de kilomètres à l’est de Laayoune, avant de se propager en ville. Ce campement de plusieurs milliers de tentes avait été installé le 19 octobre par des Sahraouis de Laayoune en signe de protestation contre la discrimination dont ils s’estiment victimes par rapport aux Marocains. Leur geste revêt une dimension sociale et économique (contre la marginalisation, le chômage, etc.), mais aussi politique, car c’est une façon de demander l’indépendance du Sahara occidental. En plantant ces tentes, les Sahraouis rappellent aux Marocains leurs origines bédouines. Le camp était interdit aux Marocains, mais très surveillé par les autorités.
 
Après le discours du roi samedi [à l’occasion des 35 ans de la "marche verte" menée par Hassan II qui avait abouti au départ des Espagnols du Sahara occidental], on s’attendait à une intervention des forces marocaines. Ce n’est pas la première fois que de pareils incidents se produisent à Laayoune [des émeutes ont déjà éclaté en 1999 et 2005].
 
Dimanche soir, sur le coup de 20 heures, les forces de l’ordre ont encerclé le camp, empêchant qui que ce soit d’entrer ou de sortir. On ne pouvait donc plus apporter des vivres à nos proches. Cela a provoqué la colère des habitants des camps et a déjà donné lieu à quelques accrochages.
 
Le lendemain, à 6 heures, un hélicoptère a survolé le camp pour sommer les habitants de quitter les lieux. On leur a dit qu’ils avaient une demi-heure pour plier bagage. Peu après, ils sont entrés : ils ont utilisé des gaz lacrymogènes, des lances à eau et ont mis le feu à quelques tentes.
 
Quand ils ont appris cette intervention, les habitants de Laayoune sont entrés dans une rage noire. Des manifestants sont sortis dans la rue en brandissant le drapeau du Polisario, qu’ils sont allés accrocher sur la devanture de tous les bâtiments officiels où flottait jusque-là le drapeau marocain. Ils ont ensuite mis le feu à des banques et à plusieurs bâtiments de l’administration marocaine. Cette vague a déferlé sur tous les quartiers de la ville : sur l’avenue de Smara, Skikima, Kairaouan, dans le quartier de Maatallah, l’avenue Al Qods, etc.
 
Ces émeutes se sont prolongées jusqu’à l’intervention des forces de l’ordre. La répression a été très violente. Beaucoup de maisons de Sahraouis ont été saccagées."
 
Ce billet a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à FRANCE 24.