Ces photos ont été prises au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Treichville, un des principaux hôpitaux publics d’Abidjan, la capitale ivoirienne.

L’hôpital de Treichville a été créé en 1938. D’abord annexe de l’hôpital central du Plateau à Abidjan, il devient centre hospitalier universitaire en 1976. Le CHU est composé de plusieurs services d’urgence et d’examens. Selon son site Internet, il aurait une capacité de 658 lits. En 2007, l’hôpital affirme avoir donné plus 55 000 consultations et pratiqué près de 3 000 interventions chirurgicales.

Un tableau moins flatteur a été dressé par un média local, l’été dernier, au terme d’une enquête sur le service de maladie infectieuse (SMI) du CHU. Le journal rapporte que le CHU ne dispose que d’une seule ambulance sans gyrophare et d’un seul brancard en état de fonctionner. Sur place, tout le monde s’accorde à dire que les infrastructures sont désuètes et le matériel médical insuffisant.

Le 24 juin, Alassane Ouattara, président du Rassemblement des républicains (RDR), aujourd’hui en lice pour le second tour de l’élection présidentielle, déplorait, au cours d’une visite de l’hôpital, la vétusté des équipements et des infrastructures : "Pour une salle de 14 personnes, il y en a parfois plus de 25".

Mais face aux accusations de négligence, les médecins de l’hôpital rétorquent que les familles amènent souvent les malades trop tard, après avoir fait appel à des tradipraticiens ou à l’automédication, ce qui complique les soins. "On fait ce qu’on peut et on ne parvient pas toujours à redresser la situation. De grâce, qu’on ne vienne pas nous accabler à tort", déclarait en juin un médecin du SMI.

Nous avons contacté les responsables du CHU de Treichville, nous attendons leurs réactions.
 
Billet écrit avec la collaboration de Ségolène Malterre, journaliste à France 24.

"Il y a un seul médecin pour tout le service d’urgence pédiatrique"

 
Yves Kabo (Howan deparis) est technico-commercial à Abidjan. Il a pris ces photos du service d'urgence pédiatrique du CHU de Treichville.
 
Je suis allé au CHU pour la première fois en août lorsque mon neveu a eu une méningite. Nous sommes arrivés au service des urgences pédiatriques. Cela a pris du temps avant de trouver quelqu’un en blouse blanche. En fait, il n’y  avait qu’un seul médecin pour tout le service. À l’entrée, personne n’était là pour trier les patients, entre les blessés graves et les autres. Tout le monde est logé à la même enseigne, de la personne qui a une crise aiguë de paludisme  à l’enfant qui a fait un malaise. La seule chose qu’on nous ait dite c’était : 'C’est deux heures d’attente ou vous allez en clinique'.
 
Le seul médecin du service est assisté de trois personnes. Le manque de personnel est flagrant. Parce qu’il n’y a pas d’argent. Après leur internat, les jeunes médecins préfèrent aller dans des cliniques privées où ils sont bien mieux payés.
Mais ces cliniques sont inabordables pour l’Ivoirien moyen. Pour vous donner une petite idée, il aurait fallu 3 millions de francs CFA (4 570 euros) pour soigner mon neveu dans une clinique, contre 90 000 francs CFA (137 euros) au CHU de Treichville [Voir la fiche des tarifs]. Je ne veux pas mettre tout le personnel dans le même sac, il y a des médecins qui font tout leur possible pour nous aider.
 
 "Si les parents ne payent pas, l’enfant doit rendre son lit et il n’est plus soigné"
 
En Côte d’Ivoire, ce n’est pas comme en France, il n’y a aucun système de sécurité sociale. Vous êtes remboursé si vous avez les moyens de vous payer une mutuelle, ou si vous êtes fonctionnaire. Mais pour tous les autres, tout est payant. Le moindre matériel utilisé est facturé, que ce soit les lits, les seringues, les poches de sang. En France, si un enfant est malade, le personnel fait tout pour le soigner et les parents sont assurés d’être remboursés. Ici, si les parents ne payent pas, l’enfant doit rendre son lit, il est installé dans le couloir et il n’est plus soigné.
 
 
"Aucun candidat à l’élection présidentielle n’a vraiment fait de la santé publique son cheval de bataille"
 
Comme on le voit sur ces images, les patients sont entassés dans les couloirs. Et les poches de sang sont accrochées au mur. Aucun candidat à l’élection présidentielle n’a vraiment fait de la santé publique son cheval de bataille. Électoralement, ça ne rapporte pas beaucoup, ils préfèrent promettre du travail aux électeurs. Pourtant, il est primordial de permettre aux médecins de faire leur travail dans des infrastructures dignes de ce nom et avec un matériel décent.
 
Malgré tout, mon neveu a eu de la chance, il va mieux et a pu sortir de l’hôpital."