CHINE

Un homme met le feu à ses vêtements pour protester contre son expulsion

 Conséquence de l’urbanisation ultra-rapide du pays, les expulsions se multiplient en Chine et donnent régulièrement lieu à des tragédies humaines. Fin octobre, un homme s'est aspergé d'essence et à mis le feu à ses vêtements pour attirer l’attention sur son sort. 

Publicité

 

Conséquence de l’urbanisation ultra-rapide du pays, les expulsions se multiplient en Chine et donnent régulièrement lieu à des tragédies humaines. Fin octobre, un homme s'est aspergé d'essence et à mis le feu à ses vêtements pour attirer l’attention sur son sort.

 

La scène s’est déroulée à Mishan, dans la province de Heilongjiang (nord-est). L’homme qui tente de s'immoler, Cui Dexi, proteste contre un projet de démolition, dans son quartier de Ping An Jia Yuan, qui touche 45 foyers. Il s’asperge d’essence au moment où les responsables du projet immobilier, accompagnés de policiers, viennent négocier avec les habitants sur le montant des compensations. Il n'est pas mort, mais a été grièvement brûlé au visage et aux mains.

 

Attention, ces images peuvent choquer.

 

Images récupérées par une chaîne locale et postées sur sina.com.

 

Manifestations, affrontements avec les policiers, suicides : les incidents liés à des expulsions sont monnaie courante en Chine. Un internaute a mis en place une "carte du sang" de l’immobilier chinois où sont répertoriés les incidents liés à ces procédures d’expropriation.

"Tout ce qu’on peut faire, c’est accepter ce qu’on veut bien nous donner et partir"

Li Xun, 32 ans, représentant de commerce pour une société de vins à Pékin. Sa famille a été victime d’une procédure d’expulsion.

Jusqu’en 2006, mes parents étaient propriétaires d’un appartement à Pékin, dans le quartier de Beishatan, à quelques kilomètres du Parc olympique. Nous vivions là depuis plus de 16 ans. Et puis un matin, nous avons reçu la visite d’employés du gouvernement qui nous annonçaient que le quartier allait être détruit pour ‘préparer la venue des Jeux olympiques’. Ils voulaient faire du beau et du neuf.

Les employés nous ont simplement demandé la surface de notre appartement. On ne nous a pas vraiment demandé notre accord, ni notre avis. Quelques jours plus tard, on apprenait par une affiche placardée sur les murs de notre résidence que nous recevrions 10 000 yuan [1000 euros] par mètre carré si nous déménagions dans les deux semaines. Ils viennent mettre ces affiches pendant la nuit pour éviter d’avoir à gérer les mécontents.

 

"Nous savions que devant les tribunaux on aurait perdu le peu d’argent qu’on nous proposait"

 

En passant par le comité de quartier, mes parents ont tenté d’obtenir plus d’argent, mais le bureau du gouvernement n’a rien voulu entendre. Nous aurions pu continuer à nous battre, essayer de discuter avec les autorités, mais nous savions que l’affaire aurait fini devant les tribunaux et qu’on aurait perdu le peu d’argent qu’on nous proposait. Et puis en Chine, ce n’est pas très bon d’attirer l’attention ces sujets-là, cela peut devenir dangereux. Nous avons donc décidé de partir.

 

Notre appartement mesurait seulement 70 m2. Avec l’argent que nous avons reçu, il nous était impossible de rester dans le quartier, et encore moins dans le centre-ville. Le prix de l’immobilier a fortement augmenté depuis quelques années et il est impossible aujourd’hui d’acheter un appartement pour 700 000 yuan [75 000 euros] à l’intérieur du 5e périphérique. Nous avons finalement trouvé un appartement à Huilongguan, entre le 5eet le 6e périphérique, le quartier la plus au nord de la ville.

 

Je suis passé dans notre ancien quartier il y a quelques mois. Tout a été rasé pour bâtir des immeubles d’appartements et des bureaux modernes. Ils sont réservés aux riches parce que les gens comme nous n’auront jamais les moyens de se payer un appartement ici. C’est très frustrant de n’avoir aucun recours. Tout ce qu’on peut faire, c’est accepter ce qu’on veut bien nous donner et partir."

"Les autorités de Pékin approuvent cette politique"

"Xigua" est étudiant à Nanchang, province de Jiangxi (est).

J’ai assisté à des manifestations anti-expulsions en mai. L’université voulait se débarrasser des restaurants et des boutiques aux alentours, car tout le terrain lui appartient. Les locaux ont voulu protester, mais on ne les a même pas laissé rencontrer les responsables de l’université et ils ont dû partir.

 

Cordon de sécurité devant l’université en mai 2010.

 

Ces incidents sont réguliers dans tout le pays, même dans les petites villes. Je me rappelle par exemple de cet homme qui avait résisté aux engins de démolitions avec des feux d’artifice.

 

Ou cette femme, Tang Fuzhen, qui s’est immolée par le feu en novembre 2009.

 

 

Les médias nationaux en parlent assez peu, car c’est un sujet sensible [certaines publications libérales chinoises ont toutefois publié des articles très critiques envers cette politique d’expropriation, notamment le 'NanfangDaily'. Ici un article où sont vivement dénoncés les abus de pouvoir et la violence des autorités locales]. Et en général les médias officiels disent que les responsables de ces expulsions sont les pouvoirs locaux et que le gouvernement central y est opposé. Pourtant, on sait bien que les autorités de Pékin approuvent cette politique. La preuve, c’est que lorsque les personnes expulsées se rendent à Pékin pour réclamer justice, ils sont renvoyés chez eux.

 

Le développement de l’économie chinoise repose en grande partie sur l’immobilier. L’État, propriétaire, a intérêt à récupérer des terrains pour y lancer des projets immobiliers. Il est clair que des officiels locaux s’en mettent plein les poches à cette occasion. Le principal problème est que les compensations financières proposées aux habitants sont souvent beaucoup trop faibles.

 

J’ai de la compassion pour cet homme [sur la vidéo ci-dessus] qui s’est immolé par le feu. Je pense que s’il a fait ça, c’est qu’il pensait que c’était le seul moyen de se faire entendre.