RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Un accident de la route enflamme la poudrière congolaise

Des émeutes meurtrières ont éclaté la semaine dernière à Likasi au sud de la RDC. À l’origine de ces violences, un simple accident de la route.  

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Des émeutes meurtrières ont éclaté la semaine dernière à Likasi, au sud de la République Démocratique du Congo. À l’origine de ces violences, un banal accident de la route.

La ville de Likasi est située à 120 km de Lubumbashi dans la province du Katanga. Jadotville (pseudonyme) a suivi le soulèvement étudiant et nous a fait parvenir ces images. Voici son récit.

 

Ce billet a été redigé en collaboration avec Ségolène Malterre, journaliste à France 24 et avec l'aide de notre Observateur Trésor Kibangula.

"Les jeunes ont voulu parler au maire, mais ils ont été très mal accueillis"

Le mardi 12 octobre, à la sortie des cours, un jeune écolier s’est fait "tamponner" par un chauffard. L’automobiliste a blessé deux autres élèves dans sa fuite. Rien de très grave, mais le problème c’est que ça arrive souvent. Trois jours avant un autre jeune avait déjà été renversé par un minibus. 

Photo prise par notre Observateur.

Un groupe d’élèves révoltés (essentiellement des mineurs) s’est posté sur la route pour caillasser les voitures qui passaient. Les jeunes sont ensuite allés voir le maire, Denis Kalondji Ngoy, pour lui exposer leur indignation face à la passivité des autorités. Mais ils ont été très mal reçus. Le maire, pas très diplomate, leur a dit "Si vous êtes éduqués, rentrez chez vous, si vous êtes des chiens, vous pouvez rester là." Ce langage a contribué à mettre le feu aux poudres. Par ailleurs, lorsque le maire s'est rendu compte qu’il y avait quelques adultes dans l’assistance, certainement des personnes venues chercher les enfants, il a demandé à ses gardes de les arrêter.

Photo prise par notre Observateur.

Les jeunes ont ensuite quitté les lieux, mais échaudés par les arrestations, ils sont revenus à la charge quelques minutes plus tard. C’est à cet instant que la situation a dégénéré. Après avoir épuisé leurs munitions en tirant en l’air pour disperser la foule, les policiers ont fui et abandonné les locaux. La mairie a été saccagée et pillée. Ils ont tout cassé et brûlé les drapeaux.

"Seuls les symboles de l’État ont été saccagés, car le grand magasin qui se trouve sur la même place n’a pas été détérioré par les émeutiers."

Puis la situation s’est aussi envenimée à Kikula, une commune voisine très sensible. Pris dans des échauffourées, un garçons âgé de 10 ans a pris une balle en pleine tête [Un autre jeune garçon serait mort à Likasi]. Il est mort sur le coup.

Photo prise par notre Observateur.

Résultat, sur la place principale, tous les bureaux administratifs ont été pris d’assaut, le tribunal de paix a été incendié, tous les dossiers sont partis en fumée. Les armes du commissariat ont été dérobées. Seuls les symboles de l’État ont été saccagés, car le grand magasin qui se trouve sur la même place n’a pas été détérioré par les émeutiers.

"Le corps d’un jeune garçon tué par un policier est resté sur la chaussée de 14 h à 2 h du matin."

Le calme est revenu dans la nuit. Le corps du jeune garçon est resté sur la chaussée de 14 h à 2 h du matin. La famille attendait en pleurant que des représentants de l’ordre viennent constater son décès, mais ils ne sont jamais venus. Le vice-gouverneur s’est déplacé pour calmer les choses. Il était accompagné d’un cortège de militaires non armés, mais la délégation a dû rebrousser chemin devant les jets de pierre.

Photo prise par notre Observateur.

Les zones sinistrées ont été barricadées pendant quelques jours puis le calme est revenu. Les représentants de l’ordre sont réapparus peu à peu.

"Il y a énormément de frustration et les gens se défoulent dès qu’il le peuvent"

Ce dérapage est le symptôme d’un véritable malaise social. Les gens n’ont pas de travail, ils sont frustrés et se défoulent dès qu’ils le peuvent. Les autorités ne les respectent pas et ne les consultent pas.

Photo postée sur le site Afrique Redaction.

Il y a quelques semaines le maire a interdit aux minibus de faire le trajet Likasi-Lubumbashi suite à un accident, laissant ainsi deux cents chauffeurs sans gagne-pain. Par ailleurs, les "marché pirates" (installations de vendeurs non autorisés) ont été interdits. Je comprends cette démarche, mais il faut que le gouvernement nous propose d’autres choses, nous encadrent.

Photo postée sur le site Afrique Redaction.

"On manque aussi de policiers et certains endroits deviennent des zones de non-droit"

Il y a un véritable problème d’effectif de policiers qui s’explique par le fait que c’est beaucoup plus intéressant financièrement de travailler à la sécurité minière ou routière, car on peut se faire de l’argent, par exemple en monnayant le passage, alors que les policiers d’intervention d’urgence ne peuvent pas faire ça.

Le manque d’effectif se traduit sur le terrain par le développement de zones de non-droit où les forces de l’ordre ne peuvent quasiment plus s’aventurer sans risquer leur vie, comme dans la commune de Kikula."

Photo postée sur le site Afrique Redaction.