France

Violences entre lycéens et policiers à Lyon : "Il y avait du sang sur le trottoir"

Jeune manifestant lyonnais blessé arrêté par les forces de l'ordre. Photo publiée sur le fil Twitter de @Manoz.
Jeune manifestant lyonnais blessé arrêté par les forces de l'ordre. Photo publiée sur le fil Twitter de @Manoz.

Suite de notre série de témoignages sur le mouvement de contestation concernant la réforme des retraites en France : deux de nos Observateurs reviennent sur les violences d'hier, lundi 18 octobre, dans le centre ville de Lyon.

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Suite de notre série de témoignages sur le mouvement de contestation concernant la réforme des retraites en France : deux de nos Observateurs reviennent sur les violences d'hier, lundi 18 octobre, dans le centre ville de Lyon.

À la suite de ces violences et en prévision des nouveaux défilés de jeunes manifestants prévus cet après-midi, le maire de la ville, Gérard Collomb, a abrégé son séjour en Asie pour rentrer à Lyon.

Que vous soyez syndicaliste, lycéen, étudiant, retraité, militant et pour ou contre ces grèves, vous avez peut-être des photos, des vidéos ou un témoignage à faire passer... Contactez-nous par mail : plarrouturou@france24.com.

"Il y avait du sang sur le trottoir"

Louis-Marie Charpentier est blogueur. Il a assisté aux violences entre les jeunes et les policiers place Jean-Macé, à Lyon.

 

Je suis arrivé dans la manifestation au milieu du parcours. Le gros camion et les drapeaux de la CGT étaient en tête du cortège. De nombreux jeunes, visiblement des lycéens, suivaient. Nous avons descendu la rue de Marseille sans problème. C'était bon enfant. Nous sommes ensuite arrivés place Jean-Macé, où de très nombreux fourgons nous attendaient. Les CRS étaient en grande tenue, casqués, prêts au combat.

La CGT a annoncé que c'était la fin de la manifestation. Mais, comme le tribunal de grande instance voisin était en train de juger des jeunes arrêtés lors des manifestations de la semaine dernière, nous avons été invités à nous y rendre, en petits groupes. Après quoi, la CGT est partie et les jeunes sont restés seuls face aux policiers. Évidemment, les choses ont dégénéré.

J'ai vu des pierres et des bouteilles voler et des jeunes casser des abribus. Les manifestants n'ont pas vraiment de slogan. Celui qui revient le plus souvent est :  'Sarko, on t'enc***** !'.

J'ai été choqué par la grande violence des interpellations. Un jeune homme a été blessé lors d'une intervention particulièrement musclée contre une voiture. Les policiers lui écrasaient leurs genoux sur la tête et les jambes. Avec ce qu'il a pris, il ne risquait pas de bouger... Il a été évacué vers le camion de pompiers, porté par les policiers, je ne sais pas s'il arrivait à marcher. Il a disparu derrière le cordon de CRS.

Un peu plus tard, à l'autre bout de la place Jean-Macé, j'ai pu constater sans la voir la violence d'une autre interpellation. Tout ce que je sais, c'est qu'après que les policiers ont arrêté un manifestant, il y avait du sang sur le trottoir. Les CRS reculaient et avançaient. Un jeune a été attrapé puis relâché. Puis il y a eu un grand moment de calme, de face à face silencieux entre les forces de l'ordre et les jeunes. Tout le monde se regardait.

Enfin, sous le pont de la ligne ferroviaire, un jeune a été renversé par une voiture. Le bruit du choc est parvenu jusqu'à moi. À priori, c'est un accident. C'est un particulier, pas un policier qui était au volant. On ne sait pas si le conducteur a paniqué, entouré par les jeunes, ou s'il n'a pas vu le jeune se jeter sous ses roues. Il y a eu un mouvement de foule. Puis, les jeunes ont reculé pour le laisser respirer. Quelques personnes de la CGT étaient encore là. L'une d'entre elles, qui portait un brassard de secouriste, lui a porté secours. Puis, une ambulance est venue le chercher. C'est la troisième intervention des pompiers que j'ai vu dans cette seule après-midi.

"Tout ce que que les jeunes savent dire c'est 'Sarko t'es foutu, la jeunesse est dans la rue'"

Nicolas (pseudonyme), 23 ans, est étudiant à l'université Lyon II. Il est militant anti-grève à l'UNI.

Lâcher 400 lycéens sur les pentes de la Croix-Rousse, forcément, ça dégénère. Ils sont montés sur les véhicules, ont cassé des pare-brise. Au moins une voiture et de nombreuses poubelles ont été incendiées. Ils sont ensuite descendus vers l'hôtel-de-ville en jettant des pierres aux forces de l'ordre, qui ont commencé à procéder à des interpellations.

En début d'après-midi, 700 lycéens, selon la police, ont rejoint les 400 cheminots syndiqués, auxquels il faut ajouter 200 étudiants. Une fois arrivés à l'hôtel-de-ville, les syndicats ont été complètement débordés par les casseurs et ont abandonné toute idée d'encadrement. Les nombreuses charges policières ont abouti à 28 interpellations. Au total, 10 véhicules ont été brûlés. Il y a aussi eu des problèmes à Vénissieux. Et deux policiers ont été très légèrement blessés.

Les lycéens n'ont aucun vrai mot d'ordre sur les retraites. Tout ce qu'ils savent dire, c'est 'Sarko t'es foutu, la jeunesse est dans la rue'.

De plus, l'université Lyon II a voté en assemblée générale le principe de la suspension des cours les mardis et jeudis. Dès aujourd'hui, il y aura donc un piquet de grêve devant la fac.

Nouvelle voiture brûlée ce matin, 19 octobre. Photo envoyée par notre Observateur Joe Broadhurst.

Abribus cassé à Lyon après les manifestations du 18 octobre. Photo publiée sur le fil Twitter de @louis_marie_c.

Lycéens lyonnais et CRS se font face avant les échauffourées. Photo publiée sur le fil Twitter de @louis_marie_c.

Incendies de voitures et de poubelles lundi 18 octobre dans le quartier de la Croix-Rousse, à Lyon. Photo publiée sur le fil Twitter de @Monnet.

Ce billet a été rédigé en collaboration avec Paul Larrouturou, journaliste.