MAROC

La fronde des jeunes diplômés marocains

Il n’y a pas qu’en France que la jeunesse bouillonne. Des jeunes diplômés au chômage se sont rassemblés le 16 octobre devant la mairie de Casablanca au Maroc. La police a reçu leur message… à coups de matraque.

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Il n’y a pas qu’en France que la jeunesse bouillonne. Des jeunes diplômés au chômage se sont rassemblés le 16 octobre devant la mairie de Casablanca au Maroc. La police a reçu leur message… à coups de matraque.

La question du chômage des jeunes est un sujet sensible au royaume alaouite. Des jeunes diplômés manifestent régulièrement devant le parlement de Rabat pour que le gouvernement s’intéresse à leur sort. C’est toutefois la première fois que la fronde touche Casablanca.

Toutes les photos ont été prises par notre observateur Najib Chaouki.

 

Ce billet a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à France 24.

"Ces étudiants refusent de s’adapter à la réalité"

Abdelkader Mekkaoui est commercial à Salé et militant au sein du parti "Istiqlal", au pouvoir au Maroc.

Pour moi, la responsabilité incombe autant à l’État qu’à ces jeunes diplômés. Au Maroc, il y a chaque année un déséquilibre évident entre le nombre de diplômés et les emplois disponibles, surtout pour les étudiants en lettres et/ ou en sciences humaines. Ces jeunes manifestants, titulaires de master, se retrouvent au chômage alors qu’un jeune qui a suivi une formation professionnelle de deux ans en économie ou dans une branche technique n’aura aucun problème à décrocher un travail. Pour essayer de pallier ce problème, le gouvernement a encouragé les départs anticipés à la retraite pour créer des postes. Une politique d’incitation à la création d’entreprise a aussi été mise en place pour encourager le secteur privé. Car le déficit du budget de l’État est tel, qu’il n’est pas possible d’assurer à ces jeunes diplômés un salaire qui corresponde à leur niveau d’études.

Mais malheureusement, ces étudiants ont refusé de s’adapter à la réalité et sont restés campés sur leurs positions, refusant de changer de spécialité ou de suivre une formation d’un an (licence professionnelle) pour se recycler dans un autre domaine. Au lieu de ça, ils continuent à manifester et à réclamer des postes dans la fonction publique. Je ne remets pas en cause la responsabilité de l’État dans cette situation, mais je pense qu’il vaut mieux essayer de s’en sortir en étant pragmatique plutôt que de continuer un mouvement de protestation qui dessert tout le monde."

 

"Ce qu’ils dénoncent, c’est surtout un manque d’équité dans le recrutement des fonctionnaires"

Najib Chaouki est un militant des droits de l’homme au Maroc. Il était sur place lors du rassemblement et de l’arrestation des jeunes manifestants par la police.

Les manifestants, une trentaine de personnes, font partie de l’Association nationale des chômeurs diplômés marocains (ANCDM). Comme le montrent les photos que j’ai prises, la police est rapidement intervenue pour mettre fin à cette action et a procédé à quelques arrestations. Tout le monde a été relâché en fin d’après-midi après un interrogatoire, violent, de la police.

La revendication de ces jeunes est simple : ils demandent du travail. Or au Maroc, la situation du marché de l’emploi est très mauvaise. Ces jeunes sont titulaires de diplômes en lettres ou en sciences humaines et, n’ayant pas accès à des postes d’enseignants, demandent à être intégrés dans la fonction publique pour travailler dans les mairies, les préfectures, etc. Mais la corruption et le népotisme minent à tel point ces secteurs que l’accès à ces emplois est impossible. Il y a trop d’emplois fictifs et les concours de la fonction publique manquent de transparence. Ce qu’ils dénoncent, c’est donc surtout un manque d’équité dans le recrutement des fonctionnaires. Car leurs profils n’intéressent de toutes façons pas le secteur privé... ".