Des lycéens bloquent l'entrée du lycée Buffon avec des poubelles, dans le 15e arrondissement de Paris.

Nous constituons une équipe d’Observateurs pour couvrir les mobilisations contre le projet de réforme des retraites. Premiers témoignages aujourd’hui, un jeune militant qui se réjouit que les jeunes soient "à fond contre cette réforme" et un vidéaste qui a trouvé les manifs d’hier "bucoliques".
 
Que vous soyez syndicalistes, lycéens étudiants, retraités, militants pour ou contre ces grèves ; vous avez des photos, vidéos et témoignages à faire passer ? Contactez-nous par mail plarrouturou@france24.com

Ce billet a été rédigé en collaboration avec Paul Larrouturou, journaliste.

"On va faire comme avec le CPE et faire plier Sarkozy même si la loi a déjà été votée"

Hugo Baillet, 23 ans, étudiant à Paris-I, militant au sein du Mouvement des jeunes socialistes (MJS).

Cette mobilisation a mis du temps à démarrer. Il a fallu faire de la pédagogie dans les lycées. Et dans les facultés, question toute bête, ils viennent à peine de faire leur rentrée. Le gouvernement avait pourtant tout prévu : le Sénat a dû voter l’article 5 de la loi avant les autres articles pour faire passer la réforme avant la rentrée étudiante. Heureusement, que l’opposition a ralenti le processus. Nous pouvons maintenant prendre le relais. On va faire comme avec le CPE et faire plier le président Sarkozy et le gouvernement même si la loi a déjà été votée.

Depuis jeudi, c’est parti. Les jeunes sont à fond, partout en France. Moi qui suis de Paris : 50 lycées sont bloqués rien que dans la capitale. J’ai aidé les lycéns à préparer une action de blocus dans le 15e arrondissement. Le lendemain, le lycée en face a fermé aussi par contagion. Dans les universités, ça prend lentement, les assemblées générales se dirigent de plus en plus sûrement vers des blocus.

La droite nous dit : 'mais vous êtes jeunes, pourquoi pensez-vous déjà à votre retraite?' Nous, on considère que c’est une affaire de jeunes. À chaque fois que je tracte devant les lycées, je leur explique la même chose. Un calcul simple et imparable. Aujourd’hui, un jeune décroche son premier CDI en moyenne à 27 ans. Si vous comptez 41 années et demie d’annuités, cela veut donc dire qu’il faudra attendre minimum 68 ans pour partir avec une retraite pleine pour toute ma génération ! Nous sommes une génération sacrifiée, humiliée. Le gouvernement nous prend vraiment pour des cons. D’ailleurs, Éric Woerth [ministre du Travail] nous l’a dit : il a fait cette réforme pour les jeunes. On lui répond : 'arrangez vous déjà pour faire bosser les jeunes avant 27 ans plutôt que de forcer les vieux à travailler après 65 ans'.

Le collectif  "Retraites : une affaire de jeunes" à la manifestation du 12 octobre 2010 à Paris. Photos prises et publiées avec l'aimable autorisation de Hugo Baillet.

Nous prévenons Éric Woerth et Nicolas Sarkozy qu’on leur prépare un mix des grandes grèves de 1995 et du CPE. Chose suffisamment rare pour être signalée, tous les jeunes de l’opposition sont réunis dans le collectif “Retraites : une affaire de jeunes”. Nous sommes tous ensemble depuis cet été : l’UNL et la FIDL, les syndicats lycéens, les étudiants de l’UNEF, nous au MJS,  les jeunes verts, les communistes. Nous sommes unis.

Attention à ce qui va se passer dans les jours qui arrivent. Les raffineries ferment et le gouvernement certifie que la France dispose de deux semaines de réserves. Mais ils oublient de dire que les chauffeurs routiers sont en grève avec nous.

Une vidéo "bucolique" sur la manifestation du 12 octobre à Paris

Sami Battikh est journaliste reporter d'image free-lance.

 
Dans le cortège, je trouvais l'ambiance visuelle très agréable. La lumière ambiante, les couleurs des drapeaux, les banderoles... L'ensemble donnait un aspect très bucolique, assez éloigné du côté "démonstration de force" d'une manif. J'ai donc décidé de capturer quelques instants de cette manif pour en faire un petit clip sur une musique qui restituait la façon dont je l’avais vécue."