SWAZILAND

Ciel, le roi arrive, cache-toi dans le matelas !

Soupçonné d'avoir une liaison avec la douzième épouse du roi, le ministre de la Justice du Swaziland a dû quitter ses fonctions début août. L'affaire avait été étouffée par la monarchie jusqu'à ce que des photos compromettantes, et drôles, émergent sur le Net.

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Soupçonné d'avoir une liaison avec la douzième épouse du roi, le ministre de la Justice du Swaziland a dû quitter ses fonctions, début août. L'affaire avait été étouffée par la monarchie jusqu'à ce que des photos compromettantes, et drôles, émergent sur le Net.

Ces photos ont été postées par le site City Press le 8 août. Elles ont été reprises par plusieurs site et blogs ces derniers jours. Selon City Press, il s'agit de l'arrestation de Ndumiso Mamba, ministre et sénateur, au Royal Villas, un luxueux hôtel à la périphérie de la capitale swazilandaise Mbabane, où il avait l'habitude de retrouver l'une des 14 épouses du roi, Nothando Dube. L'arrestation aurait eu lieu le 27 juillet, sur ordre du monarque, lors d'un raid organisé par les forces militaires du royaume. Acculé, le ministre aurait fait un trou dans le matelas du lit de la chambre d'hôtel pour s'y cacher.

Selon plusieurs médias sud-africains, le ministre est aujourd'hui en prison et la femme du roi, mère de deux enfants, en résidence surveillée.

À 42 ans, Mswati III est célèbre, entre autres, pour sa polygamie. Il choisit chaque année une nouvelle femme lors d'une cérémonie rassemblant toutes les jeunes vierges du royaume. Le vigoureux monarque est ainsi le père de 23 enfants. Il exerce par ailleurs un pouvoir absolu dans son petit royaume enclavé entre l'Afrique du Sud, le Zimbabwe et le Mozambique, où il mène une vie luxueuse malgré la pauvreté de ses sujets, dont 40% sont touchés par le virus du sida. Aucun parti politique n'est autorisé au Swaziland.

Billet réalisé avec la collaboration de Ségolène Malterre, journaliste à France 24.

"Aucun média du Swaziland n'a eu l'autorisation de parler du scandale"

Richard Rooney est un ancien professeur en journalisme et en communication à l'université de Swaziland. Actuellement en Chypre du Nord, il écrit le blog Swazi Media Commentary.

Je suis cette histoire sur mon blog depuis que le ministre a ‘démissionné' au mois d'août dernier. Au début, je me suis vraiment demandé s'il avait été limogé ou s'il avait démissionné. Officiellement, Mamba a donné sa démission. Mais tout le monde savait - sauf les personnes qui habitent au Swaziland et qui n'ont pas accès aux médias internationaux - que Mamba et la douzième femme du roi avait été pris en flagrant délit d'adultère alors que le roi était à l'étranger

C'est le quotidien 'City Press'[basé en Afrique du Sud mais autorisé au Swaziland]  qui a sorti en premier l'affaire de l'adultère. Très vite, il y a eu des rumeurs selon lesquelles le quotidien avait été interdit dans le royaume et que les autorités essayaient de racheter tous les exemplaires.

Le 11 août, 'The Times of Swaziland', le seul journal indépendant du royaume rapportait qu'un habitant, Sibusiso Mhlanga, avait été arrêté alors qu'il essayait de photocopier l'article de 'City Press' [cet homme faisait partie du Mouvement démocratique populaire uni (Pudemo), considéré comme un groupe terroriste par les autorités].

Aucun média du Swaziland n'a eu l'autorisation de parler du scandale, seuls les médias sud-africains ont pu aborder le sujet. Et c'est d'ailleurs le même quotidien sud-africain, 'City Press', qui a réussi à se procurer les photos du ministre lors de son arrestation.

Devant toutes ces fuites, des sénateurs zélés ont demandé au gouvernement de 's'occuper' de tous les reporters locaux qui divulguaient des 'informations sensibles'. Ils ont dit qu'ils chercheraient aussi un moyen de réguler l'accès aux réseaux sociaux afin de 'protéger l'image du pays'. Je suis très flatté de faire partie des 'coupables' dont ils parlent. Et au nom de la liberté des médias, j'invite tout les sénateurs du Swaziland à venir défendre leur position sur ma page Facebook "Swazi Media Commentary". 

L'État a eu beau essayer, il n'a pas réussi à étouffer le scandale qui a éclaboussé la famille royale."