ÉTATS-UNIS

Maltraitance : l'aide-soignante ne se pensait pas filmée...

Quand Crescencia Obaldo a installé Skype sur son ordinateur, elle ne se doutait pas que sa webcam allait enregistrer une aide-soignante en train de maltraiter sa mère. Lire la suite...

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Quand Crescencia Obaldo a installé Skype sur son ordinateur, elle ne se doutait pas que sa webcam allait filmer une aide-soignante en train de maltraiter sa mère.

La vieille femme que l'on voit s'appelle Calatina Obaldo. Elle a 91 ans, vit dans le New Jersey avec sa fille et souffre d'Alzheimer, de diabète et de problèmes cardiaques. Sur ces images, on voit l'aide-soignante qui s'occupe d'elle depuis 11 ans en train de la gifler et de la forcer à avaler de la nourriture.

Video postée sur YouTube le 15 septembre par slynan74.

La famille Obaldo avait initialement installé cette petite caméra pour pouvoir discuter en vidéo avec des membres de sa famille vivant outre-Atlantique. Un jour, en remarquant de mystérieuses traces de coups sur sa belle-mère, son gendre suggéra de laisser la webcam allumée en leur absence et de tout enregistrer dans l'ordinateur. Ce qu'ils découvrirent les choqua profondément.

Confrontée aux images accablantes, l'aide-soignante, Carmen Pereira, a fondu en sanglots et nié farouchement tout traitement abusif, prétendant "aimer" sa patiente.

L'aide-soignante a été licenciée par son agence d'assistants à domicile "Soigner dans l'amour" et va être poursuivie pour voies de fait graves sur une personne handicapée - des infractions de troisième degré qui ne peuvent pas entraîner de prison ferme aux États-Unis. Le site judiciaire Juris.com fait même remarquer que légalement rien n'empêche Carmen Pereira d'être engagée par une autre famille.

La police du New Jersey espère quant à elle que ce scandale servira de leçon aux familles de personnes âgées. Le chef de la police, Thomas Comey, donne désormais ce conseil à quiconque est sur le point d'employer un aide-soignant : "Achetez une webcam et dites bien à la personne qui s'occupe de votre proche qu'elle filme tout, et vous verrez qu'elle travaillera bien."

"Je ne pense pas que les vidéos de contrôle soient la bonne solution"

Patrice Chicherie est le président de l'association des aides-soignants du département français d'Indre-et-Loire. Il travaille avec des personnes âgées depuis 15 ans et se spécialise désormais dans le soin des patients autistes.

J'ai été consterné en découvrant cette vidéo. C'est extrêmement violent. De toute ma carrière, je n'ai jamais, au grand jamais, vu quelque chose comme cela. Clairement, cette personne n'a rien à faire en tant qu'aide soignante.

Il faut cependant bien garder en tête que s'occuper d'une très vieille personne atteinte d'Alzheimer est épuisant aussi bien physiquement qu'émotionnellement. En prendre soin, la laver, gérer l'agressivité qui peut être due à la maladie demande une mobilisation permanente du soignant. Je pense donc qu'il est indispensable de ménager une porte de sortie pour permettre aux aides-soignants qui s'y sont consacrés de longues années de pouvoir évoluer vers d'autres types de handicaps - dans mon cas, les patients autistes qui demandent un type de soin différent, moins physique. Sinon, il peut y avoir une saturation nerveuse de la part de l'aide-soignant. Ce qui peut mener, dans le pire des cas, à des comportements inappropriés. Parler clairement des problèmes, organiser des campagnes de prévention et de sensibilisation régulièrement peut aussi aider.

Pour toutes ces raisons, je ne pense pas du tout que l'installation de caméras pour enregistrer le travail des aides-soignants soit la bonne solution. Cela ne fait que rajouter de la pression à un métier qui n'en a vraiment pas besoin, et cela pourrait envenimer les relations entre le soignant et la famille du patient. Cette relation doit être basée sur la confiance et une bonne communication, et non sur la méfiance et la surveillance".