Manifestation vendredi 24 septembre devant le commissariat central de police de Salé pour dénoncer la mort de Fodail Aberkane et demander que ses tortionnaires soient poursuivis devant la justice.

Le 11 septembre dernier, Fodail Aberkane, 37 ans, est arrêté pour consommation de cannabis. Il est relâché, mais quelques jours plus tard, il retourne au commissariat pour tenter de récupérer sa moto et son téléphone portable saisis par la police.

Les officiers auraient refusé de les lui rendre et, selon ses proches, Fodail Aberkane aurait alors perdu son sang-froid et haussé le ton contre les fonctionnaires. Son frère, qui l’accompagne, est alors expulsé du commissariat central de Hay Salam, mais pas Fodail.

Le 15 septembre, il est déféré, déjà mal en point, devant le procureur du roi pour "outrage à un agent dans l’exercice de ses fonctions". Il est ensuite renvoyé en détention. Deux jours plus tard, le 17 septembre, Fodail Aberkane quitte la prison de Salé pour l’hôpital de Rabat. Il bouge à peine, mais serait parvenu, avant de mourir, à donner les noms des deux agents de police qui l'auraient torturé.

Les obsèques de Fodail ABrkane ont donné lieu à une manifestation improvisée pour demander que les responsables de sa mort soient punis et que soit mis fin à la "hogra", terme qui désigne le mépris des "forts" contre les "faibles".

"Nous demandons un procès pour les assassins du martyr Fodail Aberkane"

Un homme harangue la foule réunie spontanément lors des funérailles de Fodail Aberkane.

Deux mères de Hay al-Inbiaat avec une pancarte : "Protégez nos enfants de la mort dans les commissariats de police."

Les manifestants crient "l'impunité est la loi de la jungle."

"(la matraque) = Nouvelle (et ancienne) définition du pouvoir ".

Vidéos extraites de la chaîne YouTube de Apousto et de la galerie Flickr de Nizar Bennamate. Merci à Larbi Eh.

"Un citoyen marocain vient de mourir pour avoir fumé un joint sur sa moto"

Nizar Bennamate est étudiant en journalisme. Il a participé à la manifestation du 24 septembre à Salé.

Un citoyen marocain vient de mourir pour avoir fumé un joint sur sa moto ! Et c'est malheureusement loin d'être le premier. Selon le rapport de l'Association marocaine des droits humains (AMDH), Fodail Aberkane est la neuvième personne torturée à mort par la police depuis 2001 dans la seule ville de Salé.

Le problème, c'est que les lois marocaines sont tellement floues qu'on peut leur faire dire ce que l'on veut. La bureaucratie a dû faire des tours de passe-passe pour ne pas lui rendre sa moto et son portable. Fodail a donc perdu son calme. Le rapport du médecin légiste atteste noir sur blanc qu'il a bien été torturé et qu'il est mort de plusieurs coups à la tête.

Le vrai problème, c'est que nous ne pouvons pas à le dire tout haut dans les médias marocains. Nous le pouvons un peu dans la presse écrite, mais les médias audiovisuels privés et publics qui parlent au plus grand nombre ne nous laissent pas la parole afin de dénoncer ce crime. On parle souvent de la liberté qu'a retrouvée le Maroc avec l'avènement du roi Mohammed VI. Or cette liberté, si tant est qu'elle existe, avait déjà commencé dans les dernières années du règne de Hassan II. Et cette liberté est relative : la Constitution du pays n'a, par exemple, pas évolué d'une virgule.

Dans le cas de Fodail Aberkane, ce qui fait chaud au cœur, c'est que la population est venue manifester en nombre et spontanément. On attend maintenant la réaction du procureur du roi. Va-t-il engager des poursuites contre les tortionnaires ? Pour l'instant, c'est silence radio."

Ce billet a été écrit en collaboration avec Paul Larrouturou, journaliste.