MAROC

Le côté obscur de Fès la magnifique

La ville de Fès est connue dans le monde entier pour sa splendide médina classée au patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO. Mais derrière le vernis touristique, se cache une réalité plus sombre. La ville serait très dangereuse selon ses habitants qui exigent aujourd’hui que la police fasse son travail. Lire la suite…

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La ville de Fès est connue dans le monde entier pour sa splendide médina classée au patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO. Mais derrière le vernis touristique, se cache une réalité plus sombre. La ville serait très dangereuse selon ses habitants qui exigent aujourd’hui que la police fasse son travail.

Vendredi dernier, les résidents du quartier populaire de Moulay Abdallah ont manifesté leur colère après le meurtre sauvage d’un des leurs, chez lui et sous les yeux de sa propre mère, par trois ivrognes. Les circonstances de ce crime sont encore peu claires, mais le meurtre a été particulièrement barbare. Les assassins ont coupé une main et un pied à la victime, puis extrait son œil gauche. Sa mère, parce qu’elle tentait d’intervenir pour sauver son fils, s’est fait couper un doigt. Les voisins, effrayés par les cris, ne sont pas intervenus. Les meurtriers ont pris la fuite et n’ont, à ce jour, pas été retrouvés.

Hamid Chabat, maire de Fès depuis 2003, a déclaré en août dernier qu’il allait faire installer 265 caméras de surveillance pour sécuriser la ville.

Les habitants manifestent contre l'insécurité

 

Photo de la manifestation des habitants de  Moulay Abdallah. Le vendredi 17 septembre. Photo de Yasser El Makhtoum

 

 

 

La maison du jeune Mohammed Abou Sabr. Les traces du crime sont toujours visibles. Photo de Yasser El Makhtoum

 

 

Un poste de police deserté par les policiers. Quartier "Labeta" à Fes. Photo prise le 22/09/2010 par Yasser El Makhtoum

 

 

Vidéo de la manifestation de vendredi dernier

Vidéo postée sur Youtube par ELMAKHTOUM1982

"Dans certains quartiers il n’y a plus de postes de police. Les bâtiments sont là mais il n’y a personne dedans "

Yasser El Makhtoum, originaire de Fès, est étudiant en journalisme à Casablanca. Il s’est rendu sur les lieux du crime.

Après l’enterrement du jeune Mohammed Abou Sabr, vendredi dernier, les gens sont sortis dans la rue pour montrer qu’ils étaient révoltés par l’atrocité du crime et pour demander une réaction de la police.

Les criminels sont partis tranquillement et ont même eu le temps d’effacer les traces de leur crime. Une témoin m’a dit qu’elle a entendu un des trois jeunes dire à son ami : "Lave bien tes mains…lave les sabres". Selon les voisins, ce jour-là, un seul policier s’est déplacé sur les lieux du crime. Il a fait un petit tour et est reparti. Il n’y a même pas eu d’intervention de la police scientifique.

Deux manifestations se sont déroulées vendredi dernier. La première a commencé au cimetière situé à côté du quartier Moulay Abdellah. Les gens voulaient se diriger vers le centre-ville, mais la police les a bloqués. Il y a donc eu des affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre. Certains ont jeté des pierres, mais les manifestants n’ont pas pu accéder au centre-ville et ils se sont finalement dispersés.

L’autre manifestation a longé les quartiers "Sidi Boujida" et "Labeta" - ce dernier est connu pour abriter des dealers. Les habitants ont même fait circuler une pétition, qui mentionne les noms et les adresses des dealers et qui a été adressée au ministre de l’Intérieur marocain, au procureur du roi et au maire de la ville de Fès.

Je pense que l’insécurité à Fès est principalement liée à la consommation d’alcool et de drogues. Dans la majorité des crimes, les auteurs étaient consommateurs [Nous avons contacté la préfecture de Fès afin d’obtenir les dernières statistiques sur le taux de criminalité dans la ville. Nous n’avons pas obtenu de réponse]. Le maire de la ville a d’ailleurs voulu interdire l’alcool dans les cafés, mais le ministère de l’Intérieur lui a fait comprendre que cela n’entrait pas dans ses attributions. Le maire a également annoncé l’installation de caméras de surveillance dans les quartiers chauds de la ville, mais les gens pensent que les voyous vont de toute façon les arracher très rapidement.

La vraie solution serait de renforcer la présence de la police. Dans certains quartiers, il n’y a plus de postes de police. Parfois les bâtiments sont là, mais il n’y a plus personne dedans.