CAMEROUN

La débrouille pour faire face à l’épidémie de choléra

Depuis le mois de mai, le Cameroun est en proie à la pire épidémie de choléra que le pays ait connue en dix ans.  À Yaoundé, la capitale, les habitants tentent d'endiguer la contagion avec du savon et un peu d'eau de Javel. Lire la suite ...

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À Essos, un quartier de la capitale camerounaise Yaoundé, un habitant nettoie les canalisations à la main. Photos : Otric Ngon.

Depuis le mois de mai, le Cameroun est en proie à la pire épidémie de choléra que le pays ait connue en dix ans.  À Yaoundé, la capitale, les habitants tentent d'endiguer la contagion avec du savon et un peu d'eau de Javel.

Le dernier bilan officiel fait état de 421 décès depuis le début de l'épidémie, il y a cinq mois. Concentrée au départ au nord du pays, la maladie gagne aujourd'hui du terrain puisque plusieurs cas ont été enregistrés dans les deux plus grandes villes du Sud, Douala et Yaoundé.

Les autorités camerounaises ont reconnu que l'accès à l'eau, ainsi que son assainissement, faisaient partie des facteurs de propagation de la maladie. Lors d'une réunion de crise organisée le mardi 16 septembre, le Premier ministre, Philémon Yang, a donc demandé le "renforcement de la veille sanitaire dans toutes les régions" et la mise en place d'un "plan média" de prévention.

Le choléra est une maladie diarrhéique aiguë qui, sans traitement idoine, peut provoquer la mort en quelques heures. La contamination se fait par contact direct avec des personnes infectées (mains, linges, cadavres, etc.) et par l'ingestion d'eau ou d'aliments souillés ; la maladie provoque des diarrhées brutales et une forte déshydratation. Selon les estimations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il y a chaque année 3 à 5 millions de cas de choléra dans le monde avec 100 000 à 120 000 décès. 

"Beaucoup de gens n'ont pas les moyens de se payer du savon ou de la Javel"

Mohamadou Houmfa est blogueur et journaliste à Yaoundé.

Le discours officiel est mensonger. Depuis le premier cas déclaré en mai dernier, le gouvernement dit que la situation est sous contrôle. Quand il y a eu des dizaines de morts, la situation était toujours 'sous contrôle'. Alors pourquoi en sommes-nous aujourd'hui a plus de 400 morts.

Le gouvernement affirme qu'il a besoin de 2,5 milliards de francs CFA [environ 4 millions d'euros] pour lancer son plan d'urgence contre l'épidémie. Il a toutefois annoncé qu'il n'avait rassemblé que 685 millions de francs CFA [un peu plus de 1 million d'euros] pour le moment. Mais quand on sait que le précédent ministre de la Santé, Urbain Olanguena Awono, est en prison pour détournement de fonds, ça n'inspire pas confiance... Car pour un grands pays comme le Cameroun, 2,5 milliards de francs CFA ne devraient pas être si difficiles à trouver.

Ici, nous réglons les problèmes uniquement au jour le jour. L'accès à l'eau potable n'est pas généralisé. Pour cela, il faudrait construire des forages. Les politiques en parlent, mais rien n'est fait. La semaine dernière, les habitants de la capitale Yaoundé n'ont pas eu d'eau pendant trois jours !

Les conseils donnés par le gouvernement ne peuvent pas être suivis par tout le monde. Dans le Nord, comme à Yaoundé d'ailleurs, il y a des gens tellement pauvres qu'ils ne peuvent pas se payer du savon ou une bouteille d'eau de Javel et ces personnes qui se lavent avec une eau insalubre seront les premières infectées. 

Ce qui est insupportable, c'est que le gouvernement s'est mobilisé dès qu'il y a eu un cas à Yaoundé alors que depuis le mois de mai, rien n'est fait dans les régions du Nord qui sont les plus touchées. Ces régions pauvres ont été négligées et c'est ce qui explique aussi aujourd'hui la propagation du virus."

"Certains s'improvisent maître des sources et monnayent l'accès à l'eau"

Otric Ngon est blogueur à Yaoundé. Il a écrit pour la plateforme camerounaise Mboa Blog une série de billets sur la gestion de l'épidémie de choléra.

Une grande campagne de sensibilisation a été lancée dans les médias et les écoles. Régulièrement des spots de prévention sont diffusés à la télévision, listant les précautions à prendre comme, par exemple, se laver les mains au savon, faire bouillir l'eau avant de la consommer, laver minutieusement les fruits, mettre une goutte d'eau de Javel tous les 10 litres d'eau pour nettoyer les bactéries.

 

 

J'ai pris en photos une personne dans le quartier d'Essos qui applique ces conseils et javellise l'eau de son puits avant de la boire (ci-dessus). À très petite dose, ça ne pose aucun problème.

Les initiatives de ce genre se multiplient. J'ai aussi photographié une bande de jeunes qui nettoyait une source d'eau au lieu-dit "Madison", la source la plus utilisée de la ville pendant les périodes de pénuries d'eau. Ils ont javellisé les canalisations et débouché les rigoles avec les mains.

Pour le moment, ils n'ont aucune aide matérielle et doivent se débrouiller tous seuls. Mais ce genre d'interventions spontanées peut entraîner quelques dérives puisque certains s'improvisent maître des lieux et monnayent l'accès à l'eau. Une adolescente venue s'approvisionner en eau dans des bouteilles nous a avoué avoir déboursé 100 francs CFA [0,14 euros] pour remplir six bouteilles de 1,5 litre chacune."