Le bidonville d'Agbogbloshie, dans la banlieue d'Accra, est considéré comme une véritable décharge mondiale de produits électriques en tout genre. Notre Observateur a suivi un groupe de Togolais immigrés qui vivotent dans le quartier en retapant des réfrigérateurs.

La déchetterie d’Agbogbloshie en images

Postée sur YouTube par jackcaravanos.

"Avec un frigo, ils fabriquent entre 8 et 10 plats"

Jean-Michel Rousset a effectué de nombreux courts séjours au Ghana depuis 1985 et vit actuellement en France. Il a pris ces photos en août, alors qu'il était dans la banlieue d'Accra pour son travail.

En marchant dans le bidonville d'Agbogbloshie, j'ai entendu un véritable vacarme au détour d'une ruelle. C'était comme un orchestre de coups de marteau. Je me suis approché et je suis tombé sur cet atelier. Une quinzaine de personnes étaient en train de retaper de la vieille tôle et je suis allé leur poser des questions.

C'est comme ça que j'ai appris qu'ils étaient tous originaires de la région de Fazao, au Togo. Ils ont fui leur pays puis se sont implantés dans le bidonville d'Agbogbloshie : un endroit connu par les activités qui s'y déroulent autour des déchets électroniques et électriques venus d'Europe et/ou d'Afrique. On parle beaucoup des récupérations d'ordinateurs, mais eux se sont spécialisés dans les réfrigérateurs.

Le circuit est le suivant. De jeunes ferrailleurs, qu'on appelle les "scrap boys",  passent leurs journées à sillonner les rues d'Accra, à la recherche de produits électroniques. Ils les transportent ensuite, le plus souvent à pied, jusqu'au bidonville. Ils gardent les compresseurs qui contiennent du cuivre - c'est le métal le plus cher - puis revendent le reste environ 15 cedis ghanéens [8 euros] par frigo."

C'est à partir de ces carcasses que les Togolais travaillent. Ils transportent tout cela vers leur atelier, décortiquent les appareils, arrachent la mousse isotherme puis découpent la tôle en disque qu'ils martèlent pendant des heures. Ils en font soit des plats pour cuisiner, soit des bassines que les ouvriers des chantiers mettent sur la tête pour transporter du béton et que l'on appelle "head pans" (casserole de tête). Avec un frigo, ils font entre 8 et 10 plats et les revendent 5 à 6 cedis chacun (environs 3 euros). Ils arrivent à vivre très chichement avec ça.

Ils m'ont expliqué qu'ils sont les seuls à Accra à fabriquer ces produits."

Toutes ces photos ont été prises par Jean-Michel Rousset, en aout 2010.